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Élections au Royaume-Uni : 3 questions à ... Jean-Dominique Giuliani

11 décembre 2019 - Jean-Dominique Giuliani, président la Fondation Robert Schuman, a accepté de répondre à nos questions liées aux élections législatives anticipées qui se tiennent le 12 décembre 2019.

1- 2020 sera-t-elle l’année du Brexit ?

Ce sera plus que cela. Le Brexit est un évènement important, négatif pour le Royaume-Uni comme pour l'Union européenne (UE) à laquelle il enlève du poids. Il doit être géré avec bon sens. Ce sera un dossier difficile au même titre que d'autres. Mais il ne saurait éclipser les enjeux européens globaux.

En effet, de nouvelles institutions sont entrées en fonction après les élections européennes de juin 2018. Leur agenda doit s'adapter à de nouvelles priorités. Jusqu'ici l’UE s'était concentrée sur l'achèvement du marché intérieur, c'est-à-dire la suppression des obstacles à la libre circulation au sein du continent. L'essentiel est fait même s'il reste encore du travail : l’union bancaire et des marchés de capitaux par exemple. Désormais, sa priorité est de compter sur la scène internationale à la mesure de son importance économique, de son message démocratique et de l'attirance de son modèle de société, solidaire, libre et sociale. C'est le mérite d'Emmanuel Macron de l'avoir mise à l'ordre du jour des débats entre les nations européennes. Sa vision est juste. Il faut maintenant la partager avec nos partenaires, ne pas hésiter à l'amender pour qu'ils y adhèrent et décider d'en faire un axe de travail fondamental de l'Union pour les années qui viennent. La nouvelle Commission européenne a repris à son compte cette nouvelle frontière et les esprits évoluent vite en Europe dans le même sens. C'est d'abord cela que doivent accomplir les Européens. S'ils avancent vite, le Brexit n'en sera que plus doux et plus relatif.

2- En quoi les résultats des élections législatives anticipées peuvent-ils influencer la relation future avec le vieux continent ?

Une victoire des Conservateurs accélérera le départ des Britanniques. Formellement, ils ne seraient plus membres de l'Union le 31 janvier prochain. Mais il restera à négocier les relations que les deux parties voudront ensuite entretenir. Et cela sera long et difficile.

Dans le cas d'une absence de majorité, il est à craindre que s'éternise le piteux spectacle auquel nous avons assisté : des britanniques incapables de se mettre d'accord sur la traduction du référendum de 2016, de profondes divisions dans la société outre-Manche ou encore une incertitude pour les ressortissants français et européens qui y résident et pour les acteurs d'une relation économique étroite.

Enfin, l'hypothèse d'une victoire des Travaillistes, qui paraît moins probable, ne doit quand même pas être ignorée. Ma conviction c'est qu'on parlera longtemps encore de Brexit ! Peut-être en avons-nous pour une dizaine d'années ! Les citoyens britanniques sont, à juste titre, las d'une situation qui démontre une réelle incapacité à décider d'un système politique jusqu'ici considéré comme efficace. Ils en font porter la responsabilité sur les deux grands partis traditionnels. Comme ailleurs en Europe, ce sont tous les ressorts de la politique qui sont bouleversés et remis en cause. Le Brexit n'est qu'une version anglaise de la crise de gouvernance qui agite tous les systèmes politiques, comme si les sciences, les techniques, les pratiques, allaient beaucoup trop vite pour que suivent les gouvernements. Ces derniers apparaissent davantage comme les jouets de circonstances sur lesquels les citoyens estiment qu'ils n'ont plus prise. Les Européens doivent garder leur calme. Les traités qui les unissent sont autant de garanties contre les excès, les écarts et les débordements. Leurs États sont stables et solides et les liens qu'ils ont tissés entre eux sont à l'épreuve des crises. On l'a vu lors de la crise des dettes publiques, on le constate face à la montée des populismes. Ce qu'ils ont construit est solide et cela devrait être davantage un motif de fierté : 70 ans de paix et de stabilité sur le continent, c'est un exploit remarquable, envié et copié dans le monde. Pour autant, cela n'exonère pas les partis politiques nationaux et chacun d'entre nous d'un effort d'engagement pour préparer au mieux l'avenir de nos enfants. L'heure est à la participation de chacun à une nouvelle politique, plus respectueuse de l'environnement, plus participative, plus ouverte. Il faut s'engager.

3- Quel avenir pour l'Écosse ?

Les Écossais refusent le Brexit et menacent de prendre leur indépendance. Ils ne sont pas seuls et le Brexit est un vrai défi pour l'unité du Royaume-Uni. L'Union européenne s'est toujours refusée à interférer dans les questions constitutionnelles internes des États membres et c'est heureux.

Si l'Ecosse devenait indépendante et demandait son adhésion à l'Union, elle devrait remplir toutes les conditions posées à n'importe quel État qui souhaite y adhérer (État de droit, reprise de "l'acquis", viabilité démontrée, etc.). Il n'en demeure pas moins que cette question, après d'autres, renforce ceux qui pensent que le cadre national n'est plus suffisant pour satisfaire les attentes des citoyens. La question est légitime. Elle doit être maniée avec précaution car il ne s'agit pas d'ajouter des problèmes à des difficultés déjà bien inextricables ! L'Union européenne montre qu'il est possible de préserver les identités nationales tout en additionnant les forces de nos États. D'ailleurs la forme de l'État fait-elle vraiment partie de l'identité d'un peuple ? Poser cette question en France peut paraître insolent et inflammable, mais dans les autres pays de l'Union ce n'est pas le cas.

Poursuivons donc en la renforçant la coopération de nos États dans les domaines où s'exprime une urgence d'action : la sécurité, la défense, l'environnement. Oui, la dimension européenne le permet : elle est plus adaptée et mieux que jamais aux circonstances et aux défis importants qui nous sont lancés. Appelons nos partenaires à être ambitieux en matière de coopérations européennes. Je crois que c'est le cas de la France d'Emmanuel Macron. Et nous n'avons pas à en rougir ! Au contraire.