Retrouvez cet article sur en-marche.fr

Interview de Philippe Grangeon au Monde : « il faut rassembler, apaiser. »

30 novembre 2018 - Après 6 semaines comme Délégué général par intérim et à la veille de l’élection de son successeur, Philippe Grangeon a accordé au Monde une interview sur le rôle du mouvement, notamment à la lumière du contexte politique que connaît notre pays.




  • LaREM après la conquête du pouvoir
« Au fond, notre mouvement s’est construit à toute vitesse, à la manière d’une start-up, propulsé au milieu de partis déjà installés et structurés. Mais à la différence de ceux-ci, nous n’avons pas d’histoire, au sens d’une famille politique enracinée depuis des années, qui aurait connu des périodes au pouvoir et dans l’opposition, des débats internes… Nous sommes nés du dépassement de la droite et de la gauche. Il faut donc faire preuve d’humilité et continuer à garder l’esprit d’un challenger qui doit surprendre. »

Il l'admet, en toute lucidité mais bienveillance : « qu’après seulement trente mois d’existence, LaREM est un mouvement qui se cherche encore, qui a encore de nombreux progrès à réaliser. »

  • Les prochains défis

Premier défi : instaurer des espaces de débats dans le pays : « LaREM veut y contribuer et devenir un think tank citoyen à ciel ouvert, associant de nombreux acteurs (associations, syndicats, intellectuels, experts…). Avec l’ambition de régénérer le concept de progrès au XXIe siècle, qui doit être résolument humaniste. »

Deuxième mission : « être une machine électorale efficace, qui favorise aussi le renouvellement de ceux qui s’engagent. Aux européennes comme aux municipales, nous devons continuer à élargir la majorité à gauche et à droite. »

Troisième défi : s’enraciner au niveau local de manière pérenne : « Le fondateur du mouvement est désormais président de la République, nos parlementaires forment la majorité à l’Assemblée nationale, mais nous disposons d’un très faible maillage d’élus locaux. C’est sans doute une explication au procès injuste qui nous est fait d’être ignorants des territoires. »

  • Miser sur les adhérents
« Nous avons une force politique réelle, avec plus de 400 000 adhérents répartis sur l’ensemble du territoire et plus de 130 référents départementaux. Chaque jour depuis la création du mouvement, en dehors du moment où Nicolas Hulot a démissionné, nous avons toujours compté plus d’adhésions que de désadhésions, y compris ces deux dernières semaines. »

Mais cette base, nombreuse et fidèle, peut encore grandir et se diversifier : « Aujourd’hui, 60 % de nos adhérents militent essentiellement sur le numérique ; 40 % agissent sur le terrain, soit près de 160 000. Nous devons augmenter la part de ces derniers et fidéliser le socle de nos adhérents souvent jeunes, diplômés, cadres… Mais cette base sociologique est trop étroite. Il est impératif de l’élargir en allant convaincre les milieux plus populaires de nous rejoindre. »

C’est en misant sur ses adhérents, présents sur le terrain, que le mouvement réussit à « être une vigie du réel » : « Être l’aiguillon, cela correspond aux aspirations de nos militants, qui sont très attachés à la promesse formulée lors de notre création d’avoir une approche horizontale, participative et collective de la pratique politique. Face au mouvement des « gilets jaunes », LaREM a d’ailleurs pesé dans la décision du gouvernement de renouer avec une méthode de concertation, au plus près du terrain. »

  • La question des gilets jaunes

Si Philippe Grangeon reconnaît que nous n'avons pas encore « trouvé la bonne méthode » pour s’adresser aux « gilets jaunes », il croit au débat pour sortir de l’impasse : « C’est un mouvement large et populaire qui dit beaucoup. C’est l’expression d’un appel à l’aide, presque un cri de désespoir. Nous devons l’entendre comme tel et y répondre, non par de la compassion mais par de la considération. Cette initiative du débat public doit permettre de sortir de l’incompréhension entre l’exécutif et cette expression de colère. » Il reconnaît que « les transformations à venir seront sans doute plus difficiles » si le dialogue ne se renoue pas.

  • Transformer en rassemblant
Philippe Grangeon explique : « Certains estiment que le président s’est trop exposé lui-même. C’est à lui, dans sa manière d’exercer sa fonction, de créer les conditions pour que chacun joue son rôle et soit à sa juste place dans l’écosystème de la majorité. » Il ajoute « Pour transformer durablement, il faut rassembler, apaiser, créer de la confiance et de l’empathie. »

À propos de la campagne pour l’élection de nouveau Délégué général, il évoque aussi ce rassemblement : « Pierre Person a fait preuve de responsabilité en se retirant, après avoir fait le constat que sa vision du mouvement n’était pas contradictoire avec celle de Stanislas Guerini. Le souci du rassemblement et de l’unité a primé. Je ne crois pas que l’affrontement pour l’affrontement soit la bonne recette dans une même famille, quand il n’y a pas de divergences fondamentales. »

  • Le macronisme après 18 mois d'exercice du pouvoir
« Il n’y a pas eu de modification génétique politique : le clivage gauche-droite existe toujours, y compris au sein de LaREM. Sur les questions sociales et sociétales, sur l’Europe, nos sympathisants entretiennent une proximité avec la gauche de gouvernement. Sur les questions économiques, sur le rapport à l’entreprise et au travail, ils sont plus proches du centre et de la droite modérée. Mais au fond, quelque chose nous unit tous fondamentalement : le combat contre les inégalités des chances et de destin ; la prise de risque contre la rente. »

Philippe Grangeon comprend cependant que la politique du gouvernement soit plutôt étiquetée à droite : « Le début du quinquennat, avec ses mesures favorables à l’investissement et donc ayant profité aux plus aisés, a sans aucun doute alimenté cette perception. » Il fait le même constat que le président sur le fait que nous n'avons pas encore su réconcilier les Français avec leurs dirigeants : « L’autocritique lucide n’est pas une faiblesse. C’est même une preuve de force. »

  • L'avenir de l'Europe
« L’heure est grave pour l’avenir de l’Europe, c’est un choix civilisationnel. C’est pourquoi nous croyons qu’il est plus pertinent de mettre en avant le clivage entre pro et anti-européens ; c’est une notion qui rassemble davantage. »
L’objectif pour LaREM aux élections européennes ? « Faire le plus haut score possible, en arrivant en tête. »

Je lis l'interview du Monde en entier

Cliquez ici !