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Agriculture : prendre le virage du qualitatif

24 janvier 2017 - Rencontre avec André Nédellec, exploitant laitier à Ploeven dans le Finistère.

André Nédellec, exploitant laitier à Ploeven dans le Finistère, a la passion de son métier chevillée au corps. Quand l'équipe d'En Marche lui a proposé une rencontre avec Emmanuel Macron, il n'a pas hésité longtemps avant d'accepter, voyant la possibilité d'échanger non seulement sur son métier mais surtout sur l'avenir de l'agriculture française et sa place sur l'échiquier européen.

Fils d'exploitants agricoles, André a 31 ans quand il décide de s'associer à ses beaux-parents : "Je suis né, j'ai grandi dans une exploitation. Après différents boulots, retourner dans une exploitation s'est imposé à moi." Quelques années plus tard, c'est tout naturellement qu'il reprend, avec son épouse, l'exploitation de 80 hectares et de 55 vaches laitières.

"J'étais mon propre patron. Je savais que cela n'allait pas être facile tous les jours, être agriculteur c'est un challenge, il faut savoir s'adapter, se renouveler en permanence. Moi, par exemple, je suis connecté à mes vaches 24h/24. Je peux les suivre, je reçois une alerte sur mon portable si une de mes vaches a un problème. Être agriculteur aujourd'hui, ça n'a rien à voir avec l'époque de mes parents."

De cette époque, il garde des souvenirs heureux, où il était encore possible de bien vivre du fruit de son travail :

« Aujourd'hui je vends mon lait au prix d'il y a 30 ans, voire moins. »

La course à l’échalote, André n'y croit plus : "On n'arrête pas d'augmenter les volumes, mais à long terme ce n'est plus jouable. Il faut prendre le virage du qualitatif sur le quantitatif." Ce virage, il ne l’a pas pris seul : son fils Samuel, 27 ans, est là pour l'accompagner. C'est même lui qui a donné l'impulsion. "Depuis toujours, il est avec moi. Il a l'envie de reprendre l'exploitation." Avant de rejoindre son père, Samuel est parti à la découverte d'autres modèles d'exploitation : "Il a passé quatre années en Océanie, deux en Australie et deux en Nouvelle-Zélande. Les vaches là-bas sont toujours au pâturage. Samuel est revenu avec la conviction qu'on devait se mettre au bio." Cette transition vers une production bio, ils l'ont entamée le 31 août 2016. "La période de transition est de 2 ans, notre lait sera considéré comme bio en 2018."

Est-ce que ce changement de modèle d'exploitation sera suffisant pour relancer la production ? En réponse à cette question, André pointe le rôle déterminant de l'Europe : "Je suis profondément européen, sans l'Europe on ne pèse rien, mais elle doit jouer sa partition. Il faut des normes communes. Si des normes existent en France, on doit les retrouver dans les autres Etats européens. Emmanuel Macron me rejoint d'ailleurs" constate-t-il, taquin, avant d'ajouter : "J'étais présent au meeting à Quimper le soir, j'ai eu l'impression d'avoir été entendu. Dans les mesures qu'Emmanuel Macron égrenait, il répondait à mes problématiques."

André ne supporte plus que la politique ne traite pas les causes du problème : "Les paysans ne sont pas des mendiants. Les aides, c'est un constat que la politique menée n'est pas la bonne." A quelques années de la retraite, il souhaite accompagner son fils du mieux possible : "C'est un métier complexe, à la partie technique il faut ajouter l'administratif et le comptable. Je serai là pour lui, même à la retraite... sauf s'il ne veut pas de moi !"

Quand on lui demande comment il envisage l'avenir, André nous parle aussi de ses envies de voyages : "Avec mon épouse, décédée brutalement il y a quelques mois, nous avions la possibilité de partir un mois l'été. Nous avons découvert des pays magnifiques. Les voyages, c'est une ouverture à l'autre, au monde. Je suis curieux de la vie, partir au Mexique, pourquoi pas !"