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Europe : 3 questions à ... Anne Macey

28 novembre 2019 - Anne Macey est spécialiste de l'Europe, enseignante à l'Essec, ancienne déléguée générale du think tank européen Confrontations Europe. Elle a accepté de répondre à nos questions à la suite de l'approbation de la nouvelle Commission von der Leyen.

La nouvelle Commission européenne présidée par Ursula von der Leyen a été approuvée hier par le Parlement européen (461 voix pour, 157 contre, 89 absentions). Une majorité plus large qu’attendue, plus large que celle de son prédécesseur Jean-Claude Juncker, et …plus large que celle obtenue pour elle-même en juillet, où elle n’avait été élue qu’avec 9 voix d’avance.

1- Quels défis attendent la nouvelle Commission européenne ?

New Green Deal européen, souveraineté technologique européenne, une économie, une finance au service des citoyens, une Europe qui assume son rôle dans le monde, un nouvel agenda pour les migrations, etc. : les défis communs ne manquent pas.
Mais le principal défi de la nouvelle Commission sera de forger les coalitions nécessaires à la mise en œuvre de son ambitieux programme. La nouvelle Commission a été soutenue par trois groupes politiques : les partis de droite traditionnelle et de gauche traditionnelle, qui n’ont plus à eux-seuls la majorité, mais aussi Renew Europe, le groupe central au Parlement européen (qui comprend la délégation française de députés européens Renaissance) et même des eurosceptiques du PiS polonais. Mais alors qu’il s’agit de la Commission la plus écologique et la plus féminine de l’histoire de l’Europe, surprise : les Verts se sont abstenus ! Bien sûr qu’il faut exiger plus, mais sans prendre le risque que rien ne se réalise concrètement quand il y a urgence. Heureusement que l’écologie n’est plus le monopole des Verts et que certains d’entre eux sont constructifs ! S’y sont enfin opposés, sans surprise, l’extrême gauche et l’extrême droite, qui n’ont évidemment aucun intérêt à ce que l’Europe progresse. Si l’Europe a la taille d’un continent, ce qui fait notre force, rassembler 28 pays aux traditions et cultures différentes implique d’être parfois capable de forger des coalitions ad hoc, donc de veiller à ne pas se mettre définitivement à dos certaines sensibilités politiques ou nationalités. Dégager les moyens d’agir suppose au contraire de rechercher les terrains communs, y compris avec de plus petits pays, parce que nos sociétés sont de plus en plus polarisées et qu’on ne sera jamais d’accord sur tout. Ce qui est en jeu est de retrouver une capacité d’action tout en préservant l’unité de l’Europe.

2- Quels changements les citoyens attendent-ils de l’Europe ?

Les citoyens attendent une Europe ambitieuse et efficace qui nous permette de reprendre notre destin en main. Une Europe qui prépare notre avenir et celui de nos enfants. Ils attendent que la priorité absolue, le Green Deal européen, se concrétise dans les temps. Que l’urgence écologique et environnementale soit déclarée comme vient de le voter le Parlement Européen à la demande notamment de Renew Europe. Et que cet ambitieux programme embarque avec lui toute la société, mette autour de la table les industriels et les agriculteurs, accompagne tous ceux qui en besoin. C’est la santé de la planète qui est en jeu et la nôtre. Ils veulent que l’Europe puisse compter dans le monde de demain. Plutôt que d’être distancés, pris en tenailles entre les géants du numérique et la montée en puissance chinoise, les citoyens voudraient une Europe forte qui défende et promeuve nos intérêts, crée des emplois de qualité sur le sol européen, et se donne les moyens de se faire respecter et de façonner le monde dans un sens plus positif. Ils exigent enfin que ces mutations soient justes et permettent à chacun de saisir ces opportunités, sans être assignés par son origine quelle qu’elle soit à un sort déterminé d’avance. Ils veulent surtout que l’Europe ne bénéficie pas à quelques-uns, mais que chacun puisse y trouver sa place.

3- Qu’attendez-vous de la future conférence pour l’Europe annoncée par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne ?

L’Europe avait perdu le lien avec les citoyens. Elle leur semble lointaine, hautaine. Ils ne contestent pas, dans leur grande majorité, qu’elle soit opportune, mais déplorent son inefficacité. Elle ne doit plus être la chose aimée ou décriée des seuls politiques ou des élites. La conférence pour l’avenir de l’Europe, voulue par le Président Macron et reprise par la Présidente von der Leyen, devra être une opportunité pour que les citoyens dans leur diversité puissent se réapproprier les enjeux européens, aient leur mot à dire. Pour être réussie, il faudra aussi qu’ils écoutent ce que les autres Européens ont à dire, qu’elle soit enfin un moment où les Européens apprennent à se connaître. Bien sûr, la conférence elle-même, même organisée chaque année en même temps dans les villes et les villages d’Europe n’y suffira pas. Elle devra être complétée par des projets dans chaque établissement scolaire, par une mobilisation des sociétés civiles. Commissaires, fonctionnaires, devront aussi mouiller la chemise pour faire connaître ce qui existe et les combats encore à mener. Qu’ils aillent écouter et débattre avec les citoyens des lieux les plus reculés, là où l’Europe apparaît la plus lointaine, pour qu’elle puisse enfin faire valoir son potentiel aussi là-bas. Et permettre à chacun, surtout ceux qui en sont le plus éloignés, de faire l’expérience de l’Europe. Pour que chacun comprenne enfin que nous pouvons reprendre la main si nous ne nous recroquevillons pas. Mais que l’Europe n’avance que quand nous faisons l’effort de rapprocher les peuples et les nations. Et là, il y a encore tellement à faire pour se projeter ensemble et forger ce beau projet de civilisation qu’est en puissance l’Europe !