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Comment les “cars Macron” se sont imposés

18 août 2017 - En France, ce sont 6,2 millions de passagers qui ont voyagé en autocars l’an dernier et les prévisions tablent sur 7,5 à 8,5 millions de tickets vendus cette année.

Promulguée en 2015, la loi permettant la libéralisation du voyage en autocars sur moyenne et longue distance, a généré 6,2 millions de passagers un an plus tard et les hypothèses tablent sur 15 à 25 millions de passagers en 2030.

Parti de zéro, ou presque, voici un marché qui en dit long sur les besoins modernes en matière de mobilité.

La « loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques » de 2015, dite « loi Macron » a donc tapé juste. Elle proposait entre autres la libéralisation des transports interurbains par car sur les trajets supérieurs à 100 kilomètres. C’était jusque là le quasi-monopole du train et de la SNCF, via les TGV, les TER et les trains Intercités.

Mais la dérégulation mondiale des transports et du tourisme, et l’offre tarifaire attractive des nouvelles offres de co-voiturage et d’autocars ont permis à cette innovation sur le territoire français de trouver son public et son marché.

Au “low-cost” de l’aérien a succédé le “low-cost” routier, permettant lui aussi à de nouvelles populations de voyager. L’un des aspects fondamentaux de cette loi est qu’elle a permis à une large part de la population, qui ne voyageait pas ou peu jusqu’à présent, d’accéder aux transports de longue distance. Le directeur général de Ouibus, filiale de la SNCF, estime ainsi que ces “néo-voyageurs” représentent déjà 20% de sa clientèle. Cela s’explique principalement par des tarifs très compétitifs par rapport au train, même en cas de réservation à la dernière minute. 90% des usagers déclarent d’ailleurs utiliser ce moyen de transport en premier lieu pour ses tarifs abordables.

La clientèle, au départ assez jeune, se diversifie trimestre après trimestre. Les familles et les seniors se laissent en effet de plus en plus séduire par le concept, tout comme une part grandissante de professionnels travaillant dans des TPE/PME et pour qui le train ou l’avion représentaient des budgets trop importants. Deux clients sur trois sont par ailleurs des clientes, qui plébiscitent ce moyen de transport plus sûr aux dépens du covoiturage, considéré par nombre d’entre elles comme trop aléatoire.

Le maillage territorial s’est également largement développé. L’Arafer, l’autorité de régulation des activités ferroviaires et routières, déclare dans un rapport que le nombre de villes desservies par les compagnies de bus dépasse désormais les 200, contre seulement 68 avant la promulgation de la loi. Ainsi, 90% des villes de 100 000 à 400 000 possèdent désormais au moins une ligne de bus longue distance.

Cette démocratisation du transport en bus génère également des retombées économiques positives. Le nombre d’emplois dans les entreprises du secteur est ainsi passé de 1 420 à 2 082 depuis l’ouverture du marché en 2015, toujours selon l’Arafer, soit une hausse de 47% de l’emploi salarié. Et selon France Stratégie, ce chiffre pourrait atteindre 5 000 emplois en 2030.

Cette croissance rapide a eu deux conséquences immédiates. Elle a bousculé la SNCF, désormais présente dans le co-voiturage et les autocars comme actionnaire de Ouibus et Blablacar). Elle a également révélé la faiblesse de nos infrastructures d’accueil et de gares routières, désormais sujet prioritaire pour les prochaines années.

France Stratégie a publié en juillet un premier bilan des « cars Macron » et posé trois hypothèses à horizon 2030 sur le nombre de passagers transportés à cette date : 15, 20 ou 25 millions ?

En Allemagne, où la libéralisation du transport par autocar a eu lieu deux ans avant, en 2013, les chiffres sont frappants : 8,2 millions de passagers la première année et 24 millions en 2016.
En France, ce sont 6,2 millions de passagers qui ont voyagé en autocars l’an dernier et les prévisions tablent sur 7,5 à 8,5 millions de tickets vendus cette année.

Une chose est certaine, l’autocar est devenu en moins de deux ans un moyen de transport économique qui a immédiatement trouvé son marché et son public. Les années qui viennent seront celles de la consolidation et de la rationalisation pour les transporteurs et de l’engouement pour les transportés.