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Covid-19 : comment les scientifiques conseillent l’Etat et quel est leur rôle ?

24 mars 2020 - Dans sa gestion de la crise sanitaire, l’Exécutif est épaulé par deux organes : le conseil scientifique et plus récemment, le comité analyse recherche expertise. Qui les composent ? A quoi servent-ils ? Quelles sont leurs différences ? On vous explique.

Tout d’abord, il convient de distinguer le conseil scientifique Covid-19, celui dont on entend souvent parler dans les médias, et le comité analyse recherche expertise (CARE), qui ont tous deux des mandats distincts mais complémentaires. Dans le cadre de la crise sanitaire que nous connaissons, ces deux entités coordonnent leurs travaux :

  • Le conseil scientifique accompagne les réflexions des autorités sur les questions stratégiques liées à la gestion de l’épidémie.

  • Le comité analyse recherche et expertise (CARE) éclaire plus spécifiquement les pouvoirs publics, dans un laps de temps très court, sur les innovations scientifiques, thérapeutiques et technologiques proposées par la communauté scientifique en France et à l’étranger pour lutter contre le Covid-19. Ils concourent au développement et au déploiement de traitements de tests et d’essais.

  • Le conseil scientifique Covid-19 : un organe indépendant pour éclairer la décision publique

Composé de onze spécialistes parmi lesquels des médecins en infectiologie et immunologie, un sociologue, une anthropologue, ce conseil qui est présidé par le Professeur Jean-François Delfraissy, médecin immunologiste, est un organe scientifique externe et indépendant.

À quoi sert-il précisément ? Il peut-être saisi par le président de la République et le Premier ministre, en lien avec le ministère des Solidarités et de la Santé et le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ou s’auto-saisir sur des questions précises et concrètes relatives à la gestion de la crise sanitaire pour proposer un éclairage scientifique.

Depuis le 11 mars, le comité se réunit tous les jours par téléphone afin d’échanger sur les questions relatives à la politique de santé publique liée au Covid-19. Il éclaire le Gouvernement en émettant des recommandations publiques concernant par exemple : le maintien des élections municipales, les mesures annoncées sur le commerce, les effets attendus des mesures de confinement, la stratégie de dépistage, etc.

Sa composition doit être prochainement complétée par deux membres nommés par les présidents des assemblées.

  • Les onze spécialistes du conseil scientifique
Jean François Delfraissyn, préside le conseil scientifique. Médecin immunologiste, il a été entre 2014 et 2015 coordinateur interministériel de la lutte contre l’épidémie d’Ebola en France et en Afrique de l’Ouest. Le professeur Delfraissy a également joué un rôle important dans la lutte contre le sida au sein de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales et de l’INSERM.

Laëtitia Atlani Duault est directrice de recherche à l’institut de recherche pour le développement. Anthropologue de formation, ses principaux travaux portent sur l’impact sociétal des crises sanitaires et humanitaires notamment les épidémies. Elle a récemment rejoint le nouveau Comité analyse recherches et expertise (CARE).

Daniel Benamouzig est sociologue et directeur de recherche au CNRS. Ses principaux travaux portent sur l’histoire de l’économie de la santé en France. Il préside le comité de sciences humaines et sociale au sein de la Commission d’évaluation économique et de santé publique de la Haute autorité de santé.

Simon Cauchemez, biostatisticien modélisateur au sein de l’Institut Pasteur, dirige une équipe de 16 personnes chargées de la modélisation des maladies infectieuses. Il a déjà travaillé sur la propagation et les stratégies lors des épidémies de grippe H1N1, des virus Zika et Ebola ou encore du syndrome respiratoire du Moyen-Orient.

Franck Chauvin, cancérologue et professeur de santé publique, il préside le Haut Conseil de la santé publique, instance d’expertise auprès du ministère de la Santé. Il a conduit l’élaboration de nombreux plans et rapports nationaux concernant la santé publique, notamment le cancer et les malades chroniques ou rares.

Lila Bouadma, médecin réanimatrice à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard, est en première ligne face au virus. Elle est également chercheuse au laboratoire Inserm infection, antimicrobien, modélisation, évolution.

Pierre Louis Druais est médecin généraliste au Port-Marly dans les Yvelines. Il est président fondateur du Collège de la médecine générale qui regroupe l’ensemble des organisations œuvrant pour la discipline de la médecine générale.

Arnaud Fontanet est épidémiologiste.Depuis près de 20 ans, il dirige l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur. Ses principaux thèmes de recherche sont les hépatites virales et les virus émergents.

Bruno Lina est virologue. Il dirige, au CHU de Lyon, le Centre national de référence virus des infections respiratoires (dont la grippe), laboratoire associé à l'Institut Pasteur. Il était déjà mobilisé en tant qu’expert auprès des autorités françaises pour la gestion de la pandémie du virus H1N1.

Denis Malvy est infectiologue et spécialiste des maladies infectieuses et tropicales du voyageur. Il dirige le service qui leur est consacré au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

Yazdan Yazdanapanah est infectiologue. Directeur de l’Institut d’immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie à l’Inserm, il dirige également le service des maladies infectieuses, parasitaires et tropicales à l’hôpital Bichat à Paris. Expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé, il est aussi à la tête d’un groupement mondial de recherche autour des maladies infectieuses, le GloPID-R.



  • Le comité analyse recherche et expertise (CARE) : un nouvel organe pour accompagner les études et essais thérapeutiques

Lancé ce mardi 24 mars par le président de la République, le comité analyse recherche et expertise (CARE) est le nouvel organe pour conseiller le Gouvernement dans la lutte épidémique.

Présidé par le Professeur Barré-Sinoussi, chercheuse française en virologie et Prix Nobel de médecine (2008), ce comité réunit douze chercheurs et médecins. Le Gouvernement a souhaité mettre en place un organe d’expertise, capable de solliciter la communauté scientifique afin de développer rapidement des propositions sur des sujets identifiés par les ministères en charge de la Santé et de la Recherche.

À quoi sert-il précisément ? Le comité éclaire, dans un délai de 48 heures, les pouvoirs publics, sur les suites à donner aux propositions d’approche innovantes, scientifiques, technologiques et thérapeutiques formulées par les scientifiques français et étrangers pour répondre à la crise sanitaire Covid-19.

Au quotidien, le CARE assure notamment le suivi des études thérapeutiques autorisées en France et les essais engagés sur des traitements à l’étranger. Il accompagnera la réflexion des autorités sur la doctrine et la capacité à réaliser des tests ainsi que sur l’opportunité de la mise en place d’une stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées.