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L'Europe face au covid-19 : 3 questions à ... Pieyre-Alexandre Anglade

27 mars 2020 - Le député des Français établis hors de France Pieyre-Alexandre Anglade a accepté de répondre à nos questions sur les doutes qui persistent sur la capacité de l'Union européenne à répondre à la crise du covid

1. L’Europe est t-elle a la hauteur de la crise du Covid-19 ?

La crise du coronavirus qui frappe la France et l’Europe ne connaît pas de précédent par son ampleur et sa profondeur. En fait, elle concentre plusieurs crises : sanitaire, sociale, économique et financière. Face à cette situation inédite, les pays européens ont pu donner, dans un premier temps, le sentiment d’une réaction désordonnée, notamment sur le plan sanitaire, car l’Europe de la santé n’existe pas. Cette crise illustre l’urgence de la voir advenir.

Mais il serait faux d’affirmer – comme on a pu l’entendre ça et là - que l'Europe n’est pas à la hauteur pour gérer ce séisme et incapable d’apporter des réponses communes. Les Européens ont pris, ensemble, des mesures pour mieux coordonner les stratégies d’endiguement du virus, donner un coup d’accélérateur à la recherche notamment pour trouver un vaccin et des solutions thérapeutiques, et répondre à l’urgence économique.

Sur ce dernier point, des décisions historiques ont été prises, par exemple la suspension du Pacte de stabilité et de croissance, ou le lancement d’un programme de 750 milliards d'euros destiné à assurer le financement de l'économie.

D’autres décisions suivront, mais le signal est clair : aujourd’hui les Européens font bloc face au virus et ils vont trouver des solutions et innover ensemble pour le vaincre.

2. Que pouvons-nous faire de plus pour surmonter la crise ?

Au-delà des décisions déjà prises et qu’il faut les saluer, il incombe aux pays de l’Union de faire face, dans la durée, aux multiples problèmes engendrés par cette pandémie.

D’abord sur le plan sanitaire, en faisant preuve de solidarité entre les différents États membres, en prenant toutes les mesures pour ralentir la propagation du virus, en renforçant de façon conséquente les systèmes de santé et en assurant la production et la distribution rapide de protections et équipements médicaux essentiels.

En parallèle, sur le plan économique et social, nous devons aller encore plus loin et actionner le mécanisme européen de stabilité (MES), en faire l’un des piliers de la réponse européenne pour soutenir le travail, les entreprises et les banques.

Enfin, le temps est venu de lever un tabou en créant des obligations européennes. Comme le propose le Président de la République et huit autres de ses homologues européens, il est nécessaire de changer de cap en travaillant à un instrument de dette en commun, afin de lever sur les marchés les fonds nécessaires pour protéger et défendre les intérêts de nos concitoyens. Face à une tragédie de cette ampleur, nous ne sortirons de la crise que si nous sommes unis et faisons preuve de solidarité.

3. Sur le long terme, la crise signifie-t-elle qu’il faut construire une nouvelle Europe ? À quoi pourrait ressembler l’Europe d’après ?

C’est dans les moments tragiques, dans les drames que les clarifications se font, que les évidences sautent aux yeux. Et nous y sommes. La crise du coronavirus déterminera l’avenir de l’Europe pour le siècle à venir.

Si nous ne tirons pas toutes les conséquences des doutes, des divisions, des égoïsmes nationaux qui minent l’Europe depuis longtemps, si la règle du «chacun pour soi » l’emporte, alors notre continent sera brisé et cette crise lui sera fatale.

Si, à l’inverse, nous portons ensemble une exigence d’action, si nous reconnaissons l’urgence de refonder notre Union, de repenser la gouvernance de nos institutions, alors nous sortirons de la crise plus forts et plus solidaires que jamais. Seule une Europe pleinement souveraine sera en capacité de surmonter les défis des décennies à venir.

« L’Europe d’après » exigera aussi de renouer avec nos valeurs profondes, c’est-à-dire avec l’humanisme, dont nous nous sommes écartés. Ce que révèle cette pandémie, c’est que certains domaines, comme notre alimentation, notre santé et d’autres encore doivent être soustraits aux lois du marché, comme l’a annoncé Emmanuel Macron. Cela suppose aussi que sur les grandes questions environnementales, économiques et industrielles, nous replacions l’Homme au cœur du projet européen.

Le « jour d’après » nous aurons donc à définir un projet social, écologique, productif et de santé entièrement nouveau et la Conférence pour l'avenir de l'Europe que nous appelons de nos voeux pourrait être mandatée en ce sens. Assumons ce nouveau dessein comme un projet de civilisation européenne, une véritable Renaissance. C’est la condition de la poursuite de l’idéal européen.