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Covid-19 : 3 questions à … Thomas Mesnier, député et médecin urgentiste

7 avril 2020 - Rencontre avec Thomas Mesnier, député et médecin urgentiste, qui a repris le chemin de l’hôpital pour participer à la mobilisation des soignants face à l’épidémie de Covid-19.

Comment s’est organisé l’hôpital d’Angoulême pour répondre à la crise ?

Contrairement à d’autres territoires qui ont été frappés brutalement par l’épidémie, l’hôpital d’Angoulême a eu le temps de se préparer pour assurer la meilleure prise en charge possible des malades. Le plan blanc a été déclenché, ce qui signifie concrètement que les hospitalisations non-urgentes ont été déprogrammées, que du personnel médical a été rappelé et qu’un second service d’urgences a été ouvert, afin de ne pas mélanger les malades du Covid-19 avec les urgences “ordinaires”.
A Angoulême, cela fait deux semaines que nous voyons quotidiennement des patients touchés par le Covid-19 et que nous nous sommes organisés en conséquence.
Par exemple, les familles ne peuvent rendre visite à leurs proches en réanimation : nous avons donc ouvert une hotline, disponible 24h/24 et 7jours/7, pour répondre à leurs appels et donner des nouvelles. Dans la même logique, les personnes qui viennent aux urgences entrent seules dans le bâtiment, sauf pour les enfants en bas âge qui sont accompagnés par un parent, et ce sont les médecins qui sortent sur le parking pour expliquer la situation quand cela est nécessaire.
Enfin, il ne faut pas oublier que l’hôpital n’est pas le seul acteur sanitaire mobilisé sur le territoire : les cliniques privées et la médecine de ville, par exemple, exercent aussi une activité fondamentale en ce moment.

Quel est le rôle de chacun dans la lutte contre l’épidémie ?

Au fil des jours, l’organisation se fluidifie et nous constatons aujourd’hui que seuls les patients avec des formes graves de Covid arrivent à l’hôpital. Dans 80% des cas, il n’y a pas ou peu de symptômes qui s’expriment chez les personnes contaminées. Les formes les moins inquiétantes de Covid sont très bien prises en charge par la médecine de ville, ce qui permet aux hôpitaux de se concentrer sur les formes les plus graves.
A l’hôpital d’Angoulême, nous disposons de 18 lits dans le service de réanimation et avons d'ores et déjà la capacité de doubler si nécessaire. Les cliniques proposent également des lits et des appareils complémentaires.
Jusqu’à présent, le flux de malades n’était pas trop important, ce qui nous a permis d’accueillir à l’hôpital deux patients venant de Mulhouse, dont l’un d’eux a pu être extubé et est sur la voie de la guérison. C’est ce genre de bonnes nouvelles qui nous donnent du courage pour faire face tous ensemble à l’épidémie.

Voyez-vous déjà apparaître les effets du confinement ?

Une étude anglo-saxonne a montré qu’une vie est sauvée toutes les 8 minutes grâce à la distanciation sociale. Il est donc très important de continuer à bien respecter les règles du confinement ainsi que les règles du déconfinement, quand il en sera question.
La recherche est particulièrement mobilisée en ce moment pour trouver un traitement ou un vaccin, mais pour l’instant, il ne faut se laisser gagner ni par la peur ni par l’enthousiasme et reconnaître qu’aucune étude ne repose à ce stade sur des données suffisantes pour qu’un traitement soit prescrit avec certitude. Il est donc urgent d’attendre les résultats de tests plus robustes, car on ne peut pas faire de pari avec la santé des Français(es).
Dans ce contexte, chacun doit continuer faire tout ce qui est en son pouvoir pour limiter la propagation du virus. A la maison, par exemple, pas besoin de gel hydroalcoolique : un lavage de main à l’eau et au savon marche très bien ! Ce genre de comportements responsables permet de concentrer les stocks de matériel sanitaire sur les premières lignes : les hôpitaux, la médecine de ville, les Ehpad …
En tant que député, je continue en parallèle de mon quotidien à l’hôpital d’assurer le lien entre le terrain et les services de l’Etat : je suis en mesure de faire remonter des informations précises aux décideurs, ce qui est un atout précieux pour permettre l’amélioration constante de la gestion de la crise.