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Christophe Choserot, maire de Maxéville : “Les communes ont démontré leur capacité de mobilisation”

13 mai 2020 - Dans la région Grand Est, à proximité de Nancy, la ville de Maxéville a subi de plein fouet l’épidémie de Covid-19. Son maire, Christophe Choserot, témoigne de son expérience face à une crise sanitaire sans précédent et en tire les premiers enseignements.

Parlez-nous de l'opération “Un masque pour les Meurthe-et-Mosellans” : comment s'est passée la mise en place d’une usine de production de masques à Maxéville ?

A l’origine, il y a la démarche d’une petite entreprise de textile nancéienne qui s’appelle Dao Davy : l’entreprise, qui confectionne normalement des jeans, a décidé pendant le confinement de fabriquer des masques lavables, selon la norme AFNOR et certifiés par la DGA (la Direction Générale de l’Armement, qui a élaboré le cahier des charges pour la production de masques grand public). Le département de Meurthe-et-Moselle a lancé auprès de Dao Davy une commande de masques à grande échelle, qui grandissait chaque jour à mesure que les communes exprimaient leur souhait de se joindre à cette commande : 95% des communes s’y sont associées, pour une commande totale de 800 000 masques.

Le besoin de nouvelles lignes de production, en plus de celles dont disposait déjà Dao Davy, devenait donc pressant. Or, sur la commune de Maxéville, il y avait une friche industrielle, qui abritait autrefois une brasserie, toute disposée à être transformée. En un temps record, la ville a donc monté de toutes pièces un site de production. 75 personnes ont été embauchées, la plupart en recherche d’emploi et suivies par des structures d’insertion. Depuis le 3 mai, quatre lignes de production fonctionnent 24h/24 et 7j/7. Au tout début, nous produisions chaque jour quelques 7 000 masques. Mais les commandes affluent : progressivement, nous augmentons la production, qui a déjà près de doublé en dix jours. D’éphémère, l’usine pourrait bien devenir permanente.

Quels nouveaux outils avez-vous mis en place pour assurer la continuité de la vie municipale pendant le confinement ?

Les services municipaux sont pleinement mobilisés pour être présents aux côtés des habitants tout au long de la crise. Les enfants de ceux qui sont en première ligne bénéficient par exemple d’un accueil prioritaire, assuré par les services de la mairie.

Pour ceux qui restent chez eux, nous sommes particulièrement attentifs à garder le lien avec les plus fragiles. Un suivi quotidien des personnes âgées est réalisé et un réseau d’entraide citoyen permet de leur faire parvenir des services essentiels (livraison de courses, réception de médicaments). Pour les familles défavorisées et les personnes en difficultés, la mairie a également veillé à maintenir l’aide alimentaire, sous la forme de bons alimentaires ou de colis de denrées.

En plus du volet social, la mairie a un rôle d’accompagnement dans la vie économique : un point d’entrée unique a été mis en place pour les entreprises, afin de les épauler dans la compréhension du système des aides proposées par les métropoles, la région et l’Etat. Nous avons aussi décidé d’une aide exceptionnelle de la ville pour les associations.

Quels enseignements pour préparer “la ville de demain” tirez-vous de cette crise ?

De manière évidente, comme le prouve l’efficacité de l’usine de production de masques de Maxéville, il faut favoriser l’économie de proximité, d’autant plus car les circuits courts vont souvent de pair avec l’économie sociale et solidaire. Dans cette même logique, il faut accentuer la transition de notre économie vers toujours plus d’écologie et de technologie verte, la “greentech”. La crise n’a fait que souligner cette urgence ! Je suis ainsi en faveur de la structuration d’une grande filière économique “Energies & Matériaux”, reposant sur 2 piliers : la recherche, à laquelle il faut consacrer des fonds importants, et l’innovation, qui doit être présente à tous les étages de nos entreprises.

« Il faut véritablement remettre le citoyen au coeur de la ville, pour qu’il en soit un acteur et non plus un simple spectateur. »

Ensuite, la crise est venue nous rappeler deux éléments fondateurs de l’organisation de la vie politique locale française : il faut véritablement remettre le citoyen au coeur de la ville, pour qu’il en soit un acteur et non plus un simple spectateur. Je crois que la démocratie participative et coopérative doit être posée comme un préalable à tout projet municipal. Dans cette optique, la revalorisation et la montée en puissance du couple maire / préfet est indispensable : les communes ont démontré leur capacité de mobilisation et leur importance, non seulement fonctionnelle mais aussi stratégique, dans la gestion de la crise, et doivent pouvoir poursuivre sur cette dynamique positive lorsque la crise sera passée.