Retrouvez cet article sur en-marche.fr

« Face au rassemblement nationaliste, les progressistes doivent unir leurs forces »

13 mai 2019 - Stanislas Guerini, Délégué général de La République En Marche, a répondu au quotidien italien, La Stampa.

M. Guerini, les partis nationalistes semblent prendre de plus en plus de pouvoir parmi les citoyens européens. Le président Macron a réussi à remporter les élections avec une campagne très européiste, pensez-vous qu'En Marche sera en mesure de maintenir ce large consensus même lors des prochaines élections européennes ?

L’Europe a toujours été dans notre ADN. Ce n’est pas au moment des élections européennes que nous allons commencer à avoir l’Europe honteuse ! Mais il faut avoir le courage de la regarder en face et de dire que sur les grands défis de notre siècle, l’Europe n’est pas toujours à la hauteur. C’est pourquoi nous proposons sa refondation. Ce qui se joue le 26 mai, c’est le futur de l’UE. Les citoyens européens vont devoir choisir s’ils souhaitent poursuivre le projet européen ou y mettre un terme.

Quelles sont les recettes que vous proposez pour contrer les positions des partis nationalistes ?

Face à ceux qui veulent la détruire, nous proposons un projet de renaissance de l’Europe. Nous voulons permettre aux citoyens européens de reprendre leur destin en main en donnant la priorité à l’écologie, en relevant le défi migratoire dans le strict respect de nos valeurs et de nos frontières, en refondant notre pacte social via notamment la lutte contre l’évasion fiscale. C’est en proposant un projet positif pour l’UE que nous pourrons la rebâtir et la sauver du péril nationaliste.

Les relations italo-françaises traversent une période très difficile : comment l'alliance entre En Marche et le Parti Démocrate italien peut-elle contribuer à une normalisation des relations ?

Les oppositions politiques qui peuvent exister ne remettent aucunement en cause l’amitié historique qui lie nos deux peuples. Avec le Parti Démocrate italien comme avec toutes les formations progressistes européennes, nous aurons à cœur de travailler ensemble pour offrir une nouvelle Europe aux Italiens, aux Français et à tous les citoyens européens : une Europe verte, juste socialement et fiscalement, qui maîtrise ses frontières, respecte ses valeurs et défend leurs intérêts dans la mondialisation.

Un accord avec le Parti Démocrate italien signifie-t-il qu’En Marche convergera dans le groupe du Parti Socialiste Européen ?

Il ne s’agit pas d’un accord. Nous construirons un groupe nouveau et progressiste au centre du Parlement européen, sans lequel aucune décision ne pourra être prise. Au-delà de notre groupe parlementaire, nous devrons construire des coalitions de projet, et oui, nous avons vocation à travailler avec le groupe socialiste.

Quel résultat concret attendez-vous de la réunion de Turin ?

Cette réunion montre que, face au rassemblement nationaliste que veulent constituer les destructeurs de l’Europe, les progressistes sont capables d’unir leurs forces pour défendre l’Europe et porter ensemble des combats essentiels pour l’avenir des citoyens européens comme celui de la transition écologique et sociale, du droit des femmes ou de la justice sociale.

Quels sont les alliés d'En Marche dans les autres pays européens ?

Les partis qui étaient dans le groupe ALDE constituent un socle de départ. Nous souhaitons élargir ce groupe à d’autres formations progressistes européennes. Nous nous sommes déplacés dans tous les pays de l’UE à la rencontre des sociaux-démocrates, des verts, des libéraux, de tous ceux qui aiment l’Europe et qui veulent la transformer, pour parler de notre projet pour l’UE. Qu’il s’agisse des socialistes portugais, des libéraux suédois, des Grünen allemands… nous ne sommes pas d’accord sur tout mais nous saurons travailler ensemble pour faire avancer l’UE sur des sujets majeurs tels que l’écologie, l’Europe sociale ou la défense.

À votre avis, l’alliance entre Marine Le Pen et Matteo Salvini est-elle forte ?

C’est une alliance d’apparence et de circonstance qui ne repose sur aucun fondement solide. Mme Le Pen et M. Salvini portent des projets totalement contradictoires. Prenons l’exemple des migrations : M. Salvini veut mettre en place un mécanisme de quotas et de répartition des migrants, ce que refuse catégoriquement Mme Le Pen. Mais ils savent mettre de côté leurs contradictions pour parvenir à leur objectif commun : détruire l’UE. C’est pour cela que les progressistes européens doivent s’unir.

Quelles sont les trois premières choses que vous voudriez changer dans l’Union européenne actuelle ?

Nous ferons de la transition écologique et sociale la priorité de l’UE. Nous investirons 1000 milliards € dans la transition écologique et solidaire en créant une Banque du climat. Nous ferons en sorte que l’UE soit respectée dans la mondialisation. Nous conditionnerons l’accès au marché européen au respect de nos exigences sociales et environnementales et refuserons de signer un accord de libre-échange avec des pays en dehors de l’accord de Paris. Sur l’immigration, notre priorité sera de construire une politique européenne de l’asile via la création d’un Office européen de l’asile.

Par Francesca Sforza