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Sébastien Lecornu : « Nous avons besoin des collectivités locales pour transformer le pays. »

20 novembre 2018 - Alors que le Congrès de l’Association des Maires de France s’ouvre ce mardi 20 novembre à Paris, Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales, fait le point sur la politique du Gouvernement et les relations avec les élus locaux.


Dans quel contexte s’ouvre le Congrès des maires demain ?

Il faut être honnête, cela fait plus de 10 ans qu’il y a beaucoup de réformes qui ont impacté les territoires et la vie des élus locaux. L’intercommunalité obligatoire, des réformes importantes en matière de fiscalité et notamment la taxe professionnelle, la baisse des dotations de l’État sur le quinquennat précédent qui a été faite de manière un peu autoritaire...La génération d’élus locaux élus en 2014 a bien du mal à se remettre de ces modifications qui ont été nombreuses et parfois un peu rigides. Ce Congrès s’ouvre donc dans un contexte où nous devons renouer la confiance.

C’est aussi ce qu’a voulu Emmanuel Macron avec la constitution de ce nouveau ministère avec Jacqueline Gourault, Julien Denormandie et moi-même. Nous devons être un soutien incontournable pour l’ensemble des maires. Je suis confiant sur ce Congrès à venir pour qu’il marque le dégel dans les relations entre les associations et notre Gouvernement.

Comprenez-vous qu’il puisse y avoir de la colère de la part de ces élus locaux ?

Évidemment. Ils doivent faire face au quotidien à de nombreux changements. Il faut pouvoir l’aborder de la manière cet enjeu de manière la plus pragmatique qui soit et avec beaucoup d’humilité parce que ce sentiment chez les élus locaux d’être parfois un peu abandonnés ne date pas du début du quinquennat.

Le Gouvernement a une feuille de route claire pour les prochaines mois :

Fixer un cadre de prévisibilité. En clair, quand on est élu local, on veut savoir ce qui nous attend pour boucler le budget de notre commune. C’est pour cela qu’on ne diminue plus les dotations de l’État, qu’on veut une réforme de la taxe d’habitation qui se fasse en concertation totale avec les associations d’élus et avec le parlement, notamment le Sénat.

Donner plus de liberté aux élus parce qu’ils nous disent « faites-nous confiance dans les projets que nous menons ».

Mettre en place une droit à la différenciation c’est à dire une véritable décentralisation de projets plutôt qu’une décentralisation théorique.

Donner plus de souplesse aux collectivités territoriales dans la gestion de la fonction publique territoriale

Traiter les « irritants », notamment ce que la loi NOTRe a pu créer auprès des élus locaux.

En deux mots, la politique de Macron pour les territoires, c’est quoi ?

C’est la prise de conscience que pour transformer le pays, nous avons besoin de tout le monde. On a besoin de l’État, bien évidemment, mais on a aussi besoin des collectivités territoriales parce que ça fait maintenant plus de 30 ans qu’on a donné beaucoup de compétences aux communes, aux intercommunalités, aux départements et aux régions.

Ce sont les régions qui font le développement économique, ce sont les départements qui s’occupent de la solidarité, ce sont bien évidemment les mairies qui s’occupent des compétences du quotidien, les murs de l’école, l’eau potable... Tous ces chantiers de transformation, cette volonté de faire évoluer le pays, ne se fera pas contre les territoires, mais avec eux.

On a besoin de comprendre les attentes du quotidien des élus locaux. Il y a pratiquement 500 000 élus locaux dans le pays, la plupart sont bénévoles, c’est un engagement quasi associatif. Ils ont besoin de considération et c’est dans cet état d’esprit que nous nous situons.

Les maires se plaignent de devoir faire plus avec moins d’argent.

Le travail d’un maire d’il y a 15 ou 20 ans n’a rien à voir avec celui d’un maire d’aujourd’hui. Il y avait moins de lois, de règles, de décrets à appliquer... Aujourd’hui, les élus doivent appliquer ces nouvelles normes et ce n’est pas toujours évident.

Il y a quelque temps, je me suis rendu dans un congrès où les élus m’ont fait part de leurs difficultés à appliquer la nouvelle réglementation en matière de données personnelles. Nous ne faisons pas ces lois pour ennuyer les maires mais bien pour répondre aux attentes sociétales. Les habitants des communes sont demandeurs et veulent savoir ce que l’on fait avec leur adresse mail, le fichier de la cantine ou la liste électorale... C’est grâce à un meilleur dialogue entre les maires et le Gouvernement que nous réussirons à mieux expliquer notre politique aux citoyens.