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Propos liminaire de Christophe CASTANER devant la Commission d'enquête au Sénat

31 juillet 2018 - Propos liminaire de Monsieur Christophe CASTANER devant la commission d’enquête parlementaire du Sénat sur les événements du 1er mai 2018

Salle Clémenceau, Sénat Mardi 31 juillet 2018

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président, Madame, Monsieur les co-rapporteurs, Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Je souhaite tout d’abord vous remercier, Monsieur le Président, d’avoir bien voulu accepter le report de 24 heures de mon audition qui avait été envisagée hier. J’ai fait l’objet d’une intervention chirurgicale avec anesthésie générale vendredi et j’avais peur que mon état ne me permette pas d’être suffisamment alerte pour éclairer votre enquête.

Je tiens à rappeler ma volonté d’apporter au Sénat tous les éléments dont j’ai connaissance afin de faire toute la lumière sur les conditions dans lesquelles les événements du 1er mai sont intervenus et d’éclairer votre commission des lois en charge de cette enquête et je ne vais pas en rappeler l’objet. Avant toute chose, je tiens à redire que j’ai été personnellement choqué par ces images et je ne doute pas que chacune et chacun ici l’a été tout autant. Je condamne une nouvelle fois les actes auxquels se sont livrés Messieurs Alexandre BENALLA et Vincent CRASE le 1er mai dernier. Ils sont contraires aux valeurs portées par notre République et par le mouvement politique que je préside. Mon objectif, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, est clair : vous apporter tous les éléments dont j’ai eu et j’ai connaissance en lien avec cette journée du 1er mai 2018.

Tout d’abord, si je m’exprime devant vous aujourd’hui c’est en ma qualité de Délégué général de La République En Marche, fonction que j’assume depuis mon élection le 18 novembre 2017, compte tenu du fait, vous l’avez rappelé monsieur le Président, qu’un salarié de LaREM est impliqué. En tant que Délégué général, je suis le représentant légal, toujours, depuis le 18 novembre 2017, de l'association LaREM mais également l'employeur de tous les salariés du mouvement. C’est dans ce cadre que je souhaite vous faire part des faits tels que je les ai vécus :

  • Le 2 mai, une vidéo, tournée la veille, a été très largement diffusée sur les réseaux sociaux, où elle a été vue plus de 100 000 fois. Plusieurs salariés de LaREM l’ont vue et ont été stupéfaits d’y reconnaître un de leur collègue, en l’occurrence Vincent CRASE, qu’ils connaissent bien puisqu’il est l’un des agents en charge de l’accueil et de la sécurité du siège de LaREM. Ils y ont également reconnu, pour certains d’entre eux, Alexandre BENALLA que certains avaient pu croiser durant la campagne présidentielle.

  • J’en ai été informé, ce même jour (le 2 mai), aux alentours de 18 heures. Alerté, j’ai alors visionné -sur mon téléphone- cette vidéo. Présent dans les locaux de LaREM à cette heure-là, j’y arrivais, j’ai souhaité voir Vincent CRASE, vers 18h15, en présence de mon directeur de cabinet François BLOUVAC et du responsable sécurité et sûreté, le supérieur hiérarchique de Vincent CRASE, Pierre-Yves BARATIER, immédiatement pour lui demander des explications sur ce que cette vidéo révélait.

    • Pour information, Vincent CRASE occupe depuis le 1er juillet 2017 un poste de responsable adjoint sûreté et sécurité au sein des effectifs de LaREM, en tant que non cadre, et sous l’autorité d’un chef de sécurité dans un service de 8 personnes qui a notamment la charge de l’accueil et de la surveillance des locaux de l’association. Je tiens à votre disposition monsieur le Président et monsieur le co-rapporteur l’organigramme de ce service.
  • Lors de cet entretien, Vincent CRASE a indiqué avoir agi en tant que gendarme réserviste, le 1er mai, à la demande expresse d’Alexandre BENALLA, avec qui il a indiqué être en contact dans le cadre d’opérations réalisées, elles aussi, en tant que gendarmes réservistes. Vincent CRASE m’a alors informé qu’il était chef d’escadron, gendarme de réserve depuis 1996, rattaché à l'Elysée dans un cadre extra professionnel. Il a ensuite confirmé que les faits étaient intervenus en dehors de son temps de travail à LaREM, en dehors de toute information de sa hiérarchie et qu’il n’en avait pas rendu compte. C’est d’ailleurs dans ce cadre, je cite, « gendarme réserviste par ailleurs employé de LaREM », qu’il est identifié par Monsieur Bruno ROGER-PETIT, porte-parole de la Présidence de la République.

    • Pour information, cet entretien n’a duré que quelques minutes, puisque je présidais un bureau exécutif à 18h30.
  • Devant effectuer le lendemain un déplacement de 3 jours en Eure-et-Loir, du 3 au 5 mai, j’ai demandé à mon directeur de cabinet François BLOUVAC et au supérieur hiérarchique direct de Vincent CRASE, Pierre-Yves BARATIER, de le recevoir le 3 mai (le lendemain) pour définir les suites à donner.

  • Ainsi, bien que ces faits se soient déroulés hors de son cadre de travail à LaREM, j’ai souhaité le sanctionner parce que je considère grave ce qui s’est passé. J’ai en effet indiqué à Vincent CRASE que :

    • d’une part, son comportement lors du 1er mai a été en total décalage avec l’attitude attendue des salariés de LaREM et notamment ceux chargés de l’accueil et de la sécurité du mouvement y compris en dehors de leur temps de travail et,

    • d’autre part, qu’une telle attitude portait atteinte à l’image du mouvement qui l’emploie.

  • Dans la mesure où les faits se sont déroulés alors que Vincent CRASE m’avait indiqué qu’il intervenait en tant que réserviste à la demande de Monsieur BENALLA, j’ai souhaité prendre l’attache du Directeur de cabinet de la Présidence de la République pour connaître les suites à donner et que la sanction infligée à Monsieur CRASE soit liée à celle retenue à l’encontre de Monsieur BENALLA. Un échange a eu lieu entre mon directeur de cabinet et le directeur de cabinet de la Présidence de la République à ce sujet. C’est sur la base de cet échange que j’ai donc notifié le 3 mai par courrier à Vincent CRASE la sanction de suspension de 15 jours du 4 au 18 mai 2018 inclus.

  • Depuis l’ouverture de l’enquête judiciaire, j’ai adressé vendredi 20 juillet à Vincent CRASE un courrier lui indiquant que LaREM lançait une procédure de licenciement à son encontre fondée sur le trouble objectif au fonctionnement de l’association et l’atteinte portée à son image.

  • Aujourd’hui, sur la base du rapport établi par l'inspection générale de la police nationale (IGPN), j’ai pu constater qu’outre la faute, Monsieur CRASE a ajouté le mensonge, puisqu’il n’était pas :

    • ni présent ce jour en tant que gendarme réserviste,
    • ni ne bénéficiait d’aucune autorisation pour être présent.
    • Il a été présenté aux autorités comme un collaborateur de Monsieur BENALLA. Je note que le rapport de l’IGPN précise que, là encore je cite, : « Alexandre BENALLA est accompagné, pour la circonstance, d’une seconde personne qu’il présente comme un collaborateur, en l’occurrence Vincent CRASE. Le major MIZERSKI ne connaît pas M. CRASE, mais ne demande pas d’explication, compte tenu du « statut » de M. BENALLA, représentant affiché, et reconnu comme tel par sa hiérarchie, de la présidence de la République».
  • Le rapport de l’IGPN établit clairement que l’activité salariée de Vincent CRASE n’est en aucun cas lié à sa présence ce jour-là.

  • Le Général BIO-FARINA le confirme d’ailleurs lors de son audition à l’Assemblée nationale, quand il précise que, je cite : « Monsieur CRASE, que j’ai eu au téléphone pour lui dire qu’il ne reviendrait plus à l’Elysée, m’a dit qu’il avait suivi Alexandre BENALLA de son propre chef ce jour-là ».

Sur ces bases, je suis maintenant totalement disponible pour répondre à vos questions.

Je vous remercie.