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Déclaration solennelle d'Emmanuel Macron

21 avril 2017 - Je sais que nous saurons rester fidèles à nous-mêmes, à notre Histoire, que nous saurons maintenir notre unité. À chaque fois, la Nation française a été forte.

Mes chers compatriotes,

Hier soir, Paris a une nouvelle fois été frappée au coeur, comme Londres, Berlin, Stockholm et Bruxelles l'ont été ces derniers mois. Lors d’une attaque terroriste, revendiquée par Daech, un policier a été assassiné et plusieurs personnes blessées.

Mes premières pensées vont évidemment à la famille de la victime, à ses proches, à l’ensemble de ses collègues, ainsi qu’aux autres personnes blessées. Je veux rendre l’hommage qu’elles méritent à toutes nos forces de police, de gendarmerie et à nos forces armées qui sont engagées, en France comme à l’étranger, dans la lutte contre le terrorisme. Je ne prononce pas là des paroles de circonstances. Chacun mesure le tribut payé par ces femmes et ces hommes qui risquent chaque jour leur vie pour notre sécurité. Je serai toujours engagé à leur côté.

Il nous revient d’être pleinement lucides sur la portée de cet acte. La volonté des terroristes est de déstabiliser le pays, de l’atteindre dans ce qu’il a de plus fondamental, au moment où les Français s’apprêtent à décider de leur avenir. C’est, au fond, la démocratie qui est visée, notre cohésion qu’ils veulent ébranler, nos valeurs auxquelles ils veulent porter un coup décisif.

Dans ces circonstances, le rôle premier du président de la République est, en tant que chef des armées et garant de nos institutions, de protéger les Français. J’y suis prêt. Cela ne consiste pas, comme je le vois ici où là, à céder à quelque surenchère pour répondre à l’événement tragique qui endeuille notre pays. Être prêt à assumer les responsabilités de l’État, en matière de lutte contre le terrorisme, c’est avoir une vision claire, des objectifs précis et présenter des priorités d’action.

Le combat doit être porté en dehors de nos frontières, pour détruire nos ennemis. En Irak, en Syrie, se trouvent les inspirateurs ou les commanditaires de ceux qui tuent ici, en Europe et en France. Je serai, en la matière, implacable pour vous protéger. L’action diplomatique et militaire que j’entends conduire aura pour priorité votre sécurité.

Sur le plan intérieur, mon engagement est clair : dix mille emplois de policiers et de gendarmes seront créés durant le prochain quinquennat. Je veux un renseignement plus réactif et efficace encore. Pour cela, j’installerai directement auprès du président de la République un organe de coordination - je l’ai appelé task force -, capable d’agir 24h/24 contre Daech. Le renseignement territorial sera consolidé car une partie du combat que nous devons mener se joue dans le repérage et le traitement des personnes qui, dans les quartiers, dans nos villes, dans nos prisons se radicalisent. A ce titre, l’affaiblissement du renseignement territorial, conduit il y a maintenant bientôt dix ans, a été une faute. Une action vigoureuse sera engagée pour lutter contre la radicalisation islamiste y compris sur Internet. Je serai implacable dans le combat pour votre sécurité.

Mais le défi auquel nous sommes aujourd’hui confrontés n’est pas que cela. C’est un défi moral, un défi de civilisation. Ceux qui nous attaquent n’ont pas à décider de qui nous sommes. Nous sommes un peuple vivant, libre, qui aime l’avenir car il le construit.

J’ai décidé ce jour d’annuler deux rassemblements publics par décence, pour ne pas mobiliser indûment nos forces de sécurité. Mais je n’ai pas voulu, pour autant, interrompre notre campagne présidentielle car la démocratie est plus forte. Surtout, le choix que vous avez à faire dimanche prochain doit être un choix d’avenir, ne cédez rien à la peur, ne cédez rien à la division, ne cédez rien à l’intimidation. Notre génération doit relever ce défi. En rassemblant, en nous rassemblant et en construisant une unité nouvelle autour d’un projet progressiste. En refondant une Europe qui protège, indispensable, face à la menace terroriste comme aux changements du monde. En transformant notre société par l’école, par la culture, par le travail.

Je n’ai aucun doute. Je sais que les Français n’ont pas peur, que nous n’avons pas peur. Et je sais, chers concitoyens, que vous tiendrez bon. Je sais que nous saurons rester fidèles à nous-mêmes, à notre Histoire, que nous saurons maintenir notre unité. À chaque fois, la Nation française a été forte.

Dans ce moment crucial pour l’avenir de notre pays, dans ces instants décisifs pour notre démocratie, je pense aux mots de Victor HUGO “tenter, braver, persister, persévérer, être fidèle à soi-même, prendre corps à corps le destin, tenir bon, tenir tête. Voilà l’exemple dont les peuples ont besoin et la lumière qui les électrise.”

Mes chers compatriotes, vive la République, vive la France.

— Emmanuel Macron