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Discours de Christophe Castaner à l'université d'été du MoDem

23 septembre 2018 - Université d'été du MoDem.

Chers collègues du Gouvernement,
Chers parlementaires,
Cher François Bayrou,
Mesdames et Messieurs,

Merci de m’avoir invité à prendre la parole alors que ces universités d’été touchent à leur fin, après deux jours et demi de discussions, de réflexions et d’échanges pour penser le présent et l’avenir de notre société. Par ce travail intellectuel et politique, vous contribuez à faire vivre la majorité présidentielle.

Pour moi, mes choses sont simples, le choix fort fait par François Bayrou et l’ensemble du MoDem avant le premier tour de l’élection présidentielle, celui de soutenir la candidature d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République puis de construire une alliance politique majoritaire à l’Assemblée nationale, nous oblige !

Ensemble, nous devons incarner, porter, faire vivre au quotidien le projet politique pour lequel les Français nous ont élus ; ensemble, nous devons continuer à créer des perspectives politiques, d’autant plus à l’heure où se profilent des campagnes européenne et municipales cruciales pour notre futur collectif. C’est le sens du travail que j’accomplis avec François Bayrou, jour après jour. J’apprends, j’écoute, je fais toujours avec cette ambition commune comme seule boussole.

Pour faire, il ne faut jamais oublier. Souvenez-vous :
« Je récuse et je récuserai toujours l’idée qu’il n’y ait en France que deux idées de l’avenir. L’avenir de la France exige au contraire qu’on fasse vivre ensemble les valeurs des uns et des autres ».

Ces mots, vous le savez, ce sont ceux de François Bayrou justement au soir du premier tour des élections présidentielles de 2007. Ceux d’un candidat qui avait, par sa démarche novatrice, cassé les codes et ouvert une voie nouvelle pour la vie politique française. Ceux d’un responsable politique qui avait su, très tôt, lire la société et comprendre les aspirations profondes des Français, qui commençaient déjà à exprimer leur volonté d’une offre politique nouvelle, plus en phase avec leurs attentes et leurs aspirations.

Ces mots, évidemment, font également écho à la démarche d’Emmanuel Macron qui, de la fondation d’En Marche ! au printemps 2016 à la campagne présidentielle et, aujourd’hui, à l’exercice de ses responsabilités à l’Élysée, n’a cessé de chercher à rassembler au-delà des clivages partisans, parfois artificiels, souvent stériles, pour transformer en profondeur notre pays.

Au final, la victoire d’Emmanuel Macron en mai 2017 et l’alliance de nos deux mouvements aux législatives du mois de juin, c’est bien la concrétisation de ce positionnement politique fort, précurseur, de François Bayrou 10 ans plus tôt – cette volonté de construire une offre politique qui dépasserait les clivages traditionnels pour faire travailler ensemble les énergies réformatrices au service de la France. Dans cette dynamique-là, le choix courageux qui a été fait par François Bayrou en février 2017, celui de soutenir la candidature d’Emmanuel Macron et de travailler à la construction d’une majorité large, ambitieuse et radicalement novatrice, a été fondamental.

Février 2017, c’était il y a à peine plus d’un an et demi.

C’est court, un an et demi, pour bousculer un système politique installé depuis plusieurs décennies.

C’est court, un an et demi, pour réinventer la façon de faire de la politique pour mieux coller aux aspirations des citoyennes et des citoyens qui font la France d’aujourd’hui comme celle de demain.

C’est court, un an et demi, et pourtant tant de choses ont changé en si peu temps…

Rappelez-vous, il y a un an et demi, le sentiment lancinant de résignation dans l’opinion, alimenté par une vie politique sclérosée, planait sur notre pays la menace de l’accession au pouvoir d’un parti populiste d’extrême-droite qui n’affichait comme seule promesse que celle du repli sur soi.

Il y a un an et demi, personne n’osait plus porter, sur la place publique, un discours ambitieux et confiant sur l’avenir de la construction européenne. Après le vote sur le Brexit au Royaume-Uni et l’élection de Donald Trump aux États-Unis, les prophètes de malheur ne donnaient pas cher de l’Europe. Depuis, grâce à des impulsions politiques fortes, nous avons retrouvé une certaine forme d’ambition pour l’Union que nous devrons continuer à cultiver dans l’année à venir, cruciale pour l’avenir de l’Europe – j’y reviendrai.

Il y a un an et demi, surtout, notre pays était en proie aux doutes.

Or, le contrat politique que nous avons proposé aux Françaises et aux Français et que nous mettons en œuvre inlassablement depuis 15 mois a permis, déjà, de commencer à transformer durablement notre pays – et je veux à cet égard saluer mes collègues Jacqueline Gouraud et Geneviève Darrieussecq qui portent fièrement les valeurs et les convictions du MoDem au sein de l’exécutif.

Déjà les choses ont changé dans notre pays.

Nous avons permis un renouvellement du paysage politique, avec l’élection d’une Assemblée nationale plus paritaire que jamais, qui incarne la France dans toute sa diversité.

Nous avons donné l’impulsion nécessaire pour simplifier les démarches administratives, alléger le poids des normes, accélérer la dématérialisation des procédures – pour opérer, aussi, une véritable révolution dans le rapport entre les citoyens et leur administration, en privilégiant la bienveillance à la méfiance.

Nous avons revalorisé le travail en réduisant les cotisations sociales et en augmentant la prime d’activité pour permettre aux actifs d’être rémunérés à leur juste valeur.

Nous avons engagé des chantiers ambitieux pour éradiquer le fléau de la pauvreté et permettre à chacune et à chacun, aujourd’hui, de trouver sa place dans la société française.

Nous avons axé nos efforts sur l’école, parce que c’est le creuset de notre République, parce que c’est là où doivent se corriger les inégalités sociales avant qu’elles ne deviennent un fossé infranchissable. Parce qu’investir dans l’éducation de nos enfants, c’est tout simplement le meilleur moyen d’assurer à la France son rayonnement à moyen et à long-terme.

Nous avons mis en œuvre un projet ambitieux en matière de transition écologique et solidaire pour faire de la France un pays pionnier : sortie progressive des énergies fossiles, interdiction du glyphosate, augmentation de la taxe carbone, alignement de la fiscalité du diesel sur celle de l’essence. Pour cela, il faut le courage d’assumer nos choix. Nous le faisons :

  • alignement de la fiscalité du diésel sur celle de l’essence,
  • augmentation forte des minimas sociaux (minimum vieillesse, AAH) maitrise des autres allocations (retraites par exemple).

Pour cela, il faut aussi une méthode. Celle qui consiste à toujours privilégier les droits réels aux droits formels, mais préférer aussi le dialogue à l’injonction : (par exemple sur le glyphosate) Il faut enfin aussi se donner les moyens d’agir, refusant le suicide à petite vitesse qu’est la dette. Notre pays s’est drogué à la dépense publique. Il est dépendant, nous devons le soigner. Pour cela il faut produire de la richesse avant de la redistribuer. Nous avons donné l’impulsion nécessaire pour que notre économie retrouve son élan en 2017 et 2018. En 2019 avec 3,5 Md€ de pouvoir d’achat supplémentaire pour les français nous atteindrons un chiffre inconnu ces 10 dernières années.

Bien sûr, les réformes structurelles mettent du temps à produire leurs effets – c’est même parfois à ça qu’on les reconnait ! Mais, rassurez-vous : nous veillons à articuler en permanence améliorations concrètes dans la vie quotidienne des Français et transformation en profondeur de notre pays. L’un ne va pas sans l’autre. Mes amis parlementaires présents aujourd’hui le savent mieux que personne : cette détermination à réformer rapidement et durablement notre pays se traduit par un travail législatif parfois intense, souvent complexe, mais toujours précieux pour nos concitoyens. C’est précisément ce qu’ils attendent de nous. À cet égard, je veux saluer tout particulièrement Marc Fesneau, président du groupe Mouvement Démocrate à l’Assemblée nationale, et Marielle de Sarnez, présidente de la commission des Affaires étrangères. L’une et l’autre porte votre exigence, votre ambition, votre force.


Est-ce que tout a été parfait pendant ces 15 premiers mois ? Ce serait idiot de le prétendre. J’ai déjà eu l’occasion de dire que nos deux formations politiques auraient pu – auraient dû – travailler plus étroitement ensemble, c’était dans les colonnes de L’Opinion, juste avant Noël, j’évoquais même un excès d’arrogance et je le redis en toute transparence devant vous aujourd’hui. Alors que nous effectuons notre deuxième rentrée aux responsabilités, je crois que l’on peut dire que la première phase du quinquennat s’est achevée, ouvrant une séquence politique nouvelle durant laquelle nous devons amplifier le travail commun.

Je pense notamment à trois axes majeurs :

1. D’abord, continuer à peser, ensemble, sur les choix de l’exécutif, sur la politique mise en œuvre.

Le travail des partis de la majorité, c’est d’être une boite à idées pour le Gouvernement, en jouant un rôle de courroie de transmission avec la société civile, avec les élus locaux, avec les citoyens, partout à travers le pays. Un rôle de courroie de transmission, ça veut dire alimenter le Gouvernement, mais ça veut aussi dire faire la pédagogie des réformes pour aller expliquer le sens de notre action, la philosophie des réformes menées, la cohérence de notre démarche.

2. Ensuite, mener collectivement le combat européen qui s’annonce.

L’arrivée au pouvoir, en Italie, d’une coalition dans laquelle Matteo Salvini a pris une place centrale alors même que son parti est arrivé assez loin derrière le Mouvement 5 étoiles dans les urnes, et les dérives toujours plus graves de Viktor Orbán en Hongrie, font peser une réelle menace sur l’Union européenne : au printemps prochain, c’est l’avenir de l’Europe qui est en jeu ! Il y a quelques jours, les choses étaient simples face à Orban. Comment comprendre les errances de Laurent Wauquiez incapable d’obtenir de son groupe une position cohérente alors même qu’en le PPE avait fini par y voir clair. Laurent Wauquiez choisi l’obscurité de l’indécision, de la division, faisant le lit des ténèbresf. Ils ont fait honte à la France en se divisant face aux atteintes aux droits fondamentaux de l’Europe.

Face à des forces populistes que voudrait orchestrer Steve Bannon, qui après avoir porté Donald Trump à la tête des États-Unis cherche dorénavant à détruire ce que nous avons patiemment construit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous devons être unis et ambitieux. La Grande Marche pour l’Europe, menée par les adhérents de LaREM au printemps dernier, a montré l’attachement des citoyens pour l’Union : 80% souhaitent se battre pour l’Europe. À nous de répondre à cette attente en portant une vision collective pour l’Union.

À la coalition des forces populistes à travers le continent, aux idées autoritaires, rétrogrades et démagogues, répondons par une alliance ouverte à tous ceux qui croient en l’Europe de la démocratie et du droit, en l’Europe de la liberté et de la solidarité.

On le sait, l’Europe est l’échelle pertinente pour traiter des grands enjeux de notre temps : enjeux migratoires, renouvellement du modèle social, sécurité et défense, transition écologique et agricole, transformation numérique, politique économique et monétaire.

Dans tous ces domaines, l’Europe doit faire plus et mieux. Pour ce faire, nous ne nous interdirons rien ! Pour refonder l’Europe, il faut être prêt à poser tous les sujets sur la table :

  • S’il faut réfléchir à un changement des traités pour repenser le fonctionnement de notre Union – réfléchissons-y ensemble !

  • S’il faut repenser la définition de la souveraineté pour l’adapter aux nouvelles réalités politiques et sociales – réfléchissons-y ensemble !

  • S’il faut refonder la démocratie européenne pour que tous les citoyens se sentent à nouveau partie prenante de la construction de notre futur collectif – réfléchissons-y ensemble !

Mais nous ne laisserons pas la peur, l’incertitude et les doutes terrasser soixante ans de construction commune pour la paix, la prospérité et la solidarité entre les peuples européens.

3. Enfin, nous devons commencer également à préparer les élections municipales : en 2017, nos deux formations ont permis d’engager une profonde recomposition du paysage politique français. Aujourd’hui, notre mission est de poursuivre cette refondation et faire vivre la promesse réformiste – aux niveaux local, national et européen.

En permettant de concrétiser notre ancrage territorial et de constituer un socle d’élus pérenne pour les prochaines échéances, ce scrutin sera aussi l’occasion d’achever la recomposition politique française et de proposer une réelle refonte du progressisme local. Pour la REM et en fidélité à notre ADN, trois grands principes devront guider notre action : celui du dépassement des clivages politiques, celui de l’exigence du renouvellement des visages et, enfin, celui d’un engagement en faveur de la transformation de nos territoires.

Au lancement de notre mouvement comme ce fut le cas aussi pour vous au sein du Modem, une idée centrale nous a rassemblés autour d’Emmanuel Macron : dépasser les clivages obsolètes pour construire une majorité de projet. Une ligne de conduite, que nous devons poursuivre, ensemble, afin de continuer à élargir la majorité présidentielle à d’autres partenaires.

Nombre de municipalités l’ont déjà mis en application – ayant composé des majorités plurielles et regroupant des courants politiques de droite et de gauche et vous y participez d’ailleurs sur de nombreux territoires. Intercommunalités, communes sont gérées par des élus de tous bords politiques, dévouant leur mandat au service de leur territoire.

Cependant, cette dynamique doit être renforcée. A l’occasion des élections de 2020, il s’agira notamment de constituer des rassemblements larges, cohérents et exigeants, autour de valeurs communes et faisant le pari de l’intelligence collective.

Tout rassemblement sera fondé sur des accords programmatiques et politiques exigeants mais surtout cohérent. Ainsi, chaque liste demandant notre soutien devra s’engager au-travers d’une charte municipale sur laquelle nous allons devoir travailler ensemble.

Chers amis, vous le voyez, les chantiers qui nous attendent sont au moins aussi denses que ceux que nous avons accomplis en un petit peu plus d’un an. Au printemps 2017, le contrat politique établi entre le MoDem et LaREM a permis de faire émerger une nouvelle génération de responsables politiques qui ont contribué à transformer radicalement le paysage politique autant qu’à engager des réformes structurelles ambitieuses pour refaire de la France une puissance économique, écologique et sociale.

Beaucoup a été fait mais, paradoxalement, tout reste à faire ! C’est dire l’ampleur du travail que nous avons l’ambition d’accomplir. Pour mener à bien ce projet, que nous avons promis aux Françaises et aux Français, un travail étroit, confiant et responsable entre nos deux mouvements est absolument nécessaire. S’il a paru s’affaiblir, il nous appartient ensemble de le renforcer. Le temps n’est pas au constat mais à l’action, au rassemblement autour de nos valeurs :

  • la dignité, en s’assurant que plus personne ne se sente exclu ou déprécié en France,
  • l’émancipation, en permettant à chacun de librement choisir sa vie,
  • l’engagement, en offrant à chacun de pouvoir s’engager dans une cause qui le dépasse,
  • l’ouverture, en prenant les défis actuels comme des opportunités plutôt que des menaces,
  • la responsabilité, en s’assurant que les actions d’aujourd’hui n’amoindrissent pas les opportunités de demain.

Dignité, émancipation, engagement, ouverture et responsabilité sont les fondations de cette maison commune qui nous rassemble, qui nous accueille, qui nous protège. Nous la construisons jour après jour avec nos différences, nos complémentarité. C’est un grand chantier. Vous pouvez compter sur moi pour le conduire, main dans la main, avec l’ensemble d’entre vous.

Merci à tous.