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Discours du président de la République en hommage au Père Hamel

26 juillet 2017 - Saint-Etienne-du-Rouvray – Mercredi 26 juillet 2017.

Discours du président de la République en hommage au Père Hamel
Saint-Etienne-du-Rouvray – Mercredi 26 juillet 2017

Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le Ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président du Conseil constitutionnel,
Monsieur le Vice-président du Sénat,
Mesdames et messieurs les Députés et Sénateurs,
Madame la Ministre, Monseigneur,
Madame la Préfète,
Monsieur le Maire,
Messieurs les représentants des cultes,
Chers membres de la famille du Père HAMEL, de la famille des victimes,
Mesdames, Messieurs,

En assassinant le Père HAMEL au pied de son autel, les deux terroristes ont certainement cru semer parmi les catholiques de France la soif de vengeance et de représailles. Ils ont échoué. Mon premier mot sera donc pour remercier l’église de France, Monseigneur LEBRUN ici présent, les catholiques de France, les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul et en particulier Sœur Hélène, Sœur Danièle, Sœur Huguette, qui étaient présentes ce jour-là, si courageuses, les paroissiens de Saint-Etienne-du-Rouvray et notamment monsieur COPONET qui fut blessé gravement, et son épouse.

Je les remercie tous d’avoir trouvé dans leur foi et leurs prières la force du pardon. Je vous remercie, Monsieur le député, Monsieur le maire, vous toutes et tous qui êtes là, habitants de Saint-Etienne-du-Rouvray, d’avoir donné à toute la France le même exemple. D’avoir refusé cette soif de vengeance et de représailles. D’avoir ensemble, dès les premières heures, choisi ce chemin d’avenir que vous évoquiez il y a un instant.

En ces temps troublés où tant de vos frères, où tant de nos concitoyens subissent le terrorisme, pour certains la persécution, vous restez d’inlassables artisans de la paix. Et l’exemple d’apaisement que vous avez offert à la France appelle toute notre gratitude.

Ces deux meurtriers voulaient non moins certainement exacerber la peur des Français, déjà tant éprouvée par l’attentat du 14 Juillet à Nice. Grâce à vous, là encore ils ont échoué. Mieux, ils ont rappelé à tous les Français que la République n’est pas le règne du relativisme. Au cœur de nos lois et de nos codes forgés par l’Histoire, il est une part qui ne se négocie pas. Il est une part sur laquelle on ne porte pas la main. Une part, j’ose le mot, sacrée.

Cette part, c’est la vie d’autrui, mais c’est aussi tout ce qui nous rend humain : l’amour, l’espérance, le don de soi, l’attachement aux siens et à ses racines, le goût de l’autre… De tout cela, le père HAMEL était l’incarnation même, dans la discrétion et le respect scrupuleux de sa charge.

En profanant sa personne, en profanant son église, et donc sa foi, ses assassins ont attenté à ce lien profond qui unit les Français, qu’ils soient croyants ou non, catholiques ou pas. Alors, ce lien nous est apparu dans toute sa force.

Le visage de Jacques HAMEL est devenu le visage de ce qui, en nous, refuse cette culture de mort, et ce terrorisme arrogant. Le sourire de Jacques HAMEL est devenu ce sourire de résistance, celui de l’humanisme qui se tient droit face à l’obscurantisme.

Dans sa vie humble, toute offerte aux autres, dans la force d’âme des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul tentant de dialoguer avec les assassins, les Français ont reconnu une part d’eux-mêmes. Cette part d’eux-mêmes qui se retrouve dans notre texte, dans cette déclaration, dans ce qui est le fondement même de notre République.

La République, oui, repose sur l’amour et le respect de l’humanité. Chacun œuvre à cet idéal, avec ses croyances, avec sa philosophie, sa morale. Lorsque c’est la foi qui soutient cet idéal, elle a toute sa place dans la République. C’est pour cela que la République garantit la liberté de croire, comme celle de ne pas croire. C’est pour cela qu’elle protège les lieux de culte et les représentants des religions.

La République n’a pas à combattre une religion, ni à vouloir se substituer à elle. Elle œuvre chaque jour à ce que chacun puisse croire ou pas dans l’intensité et l’intimité de sa foi. En homme libre.

Mais chaque religion, dont les responsables sont ici présents, et je les en remercie, a à mener sa part de combat pour que jamais la haine, le repli, la réduction de ce que nous sommes ne puissent triompher. C’est un combat long, et il se mène chaque jour.

Ici, vous l’avez emporté. Car elle est là, elle est là aussi la force de notre nation, dans cette capacité à entendre et faire siennes les paroles de fraternité et de charité que l’Eglise de France prononça voici un an ; dans cette capacité à réunir autour du corps supplicié d’un prêtre l’imam, le pasteur et le rabbin.

Dans cette volonté de l’Etat, de l’ensemble de ses services publics, nationaux et locaux, d’œuvrer pour que le pays se tienne. Dans cette volonté de faire fructifier ce qui rapproche les Français au lieu d’enfermer chacun dans sa chapelle. C’est cela ce que nous opposons à tous les fanatismes.

Alors, oui, il y a un an, vous avez donné cet exemple à toute la France. Et sans en diminuer l’horreur, je veux vous dire ici aujourd’hui que le martyr du père HAMEL n’aura pas eu lieu pour rien, son viatique sera la force de ce message, de votre dignité.

Un an après, nous en discernons le sens et la leçon. C’est de nous avoir rendu, chacune et chacun, plus fidèles encore à ce que nous sommes, plus fidèles encore à ce qu’ils ont voulu abattre, plus fidèles encore à ce que nous ne concéderons jamais.

Merci.