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Présentation du programme

2 mars 2017 - Retranscription de la présentation du programme

Présentation du programme

2 mars 2017, Pavillon Gabriel

Bonjour à toutes et tous, merci beaucoup d’être présents ce matin pour la présentation de notre projet. Je vais, en quelques minutes, en donner la philosophie, les grands axes, les principales mesures, et je répondrai à toutes vos questions.

La présentation de ce projet, que nous avions prévue de longue date - et j’avais eu l’occasion à plusieurs reprises d’expliquer pourquoi nous avions souhaité séquencer les choses de la sorte -, intervient à un moment important et grave de notre campagne pour l’élection présidentielle. À un moment important et grave parce que deux candidats ont décidé de proposer des projets ou conservateurs ou de régression et de repli pour le pays, mais qu’ils ont aussi décidé délibérément de s’attaquer à l’État de droit et à l’autorité de la justice en particulier. Dans cette période, il me paraît tout particulièrement indispensable, d’une part de garder le calme, la dignité de la vie publique dont nous sommes les dépositaires et, dans le même temps, de rappeler, évidemment, le respect de nos institutions et la volonté de proposer un projet pour le pays, parce que le projet qui vous est, aujourd’hui, soumis, c’est celui qui ambitionne de construire une France nouvelle et de retrouver l’esprit de conquête français. C’est cela ce qui, depuis le début, nous caractérise. C’est la volonté que nous portons. Alors, je sais que beaucoup chercheront - et nous y reviendrons sans doute dans le cadre des questions -, à savoir si c’est un projet de droite ou de gauche. Nous pourrons en discuter. Je veux surtout que ce soit un projet qui permette à la France d’entrer pleinement dans le XXIe siècle, d’y réussir et de donner à chacune et chacun sa place.

La méthode qui a été retenue pour construire ce projet a consisté d’abord à prendre acte des réalités. Nous sommes dans une situation unique, inédite. Dans un grand pays de l’Union européenne qui, depuis trente-cinq ans, n’a pas réussi à résoudre le problème du chômage de masse. Nous sommes le seul grand pays européen dans cette situation. Et en même temps, face à des défis, eux-aussi, inédits : la révolution numérique, la transition écologique et environnementale, le risque terroriste, qui sont les uns et les autres en train, aujourd’hui, de faire basculer notre quotidien dans un monde nouveau. Ce projet a été aussi construit avec le terrain et toutes celles et ceux qui, depuis le début, contribuent au mouvement. Nous avons aujourd’hui plus de deux cent cinq mille adhérents. Ce projet a été construit sur la base de la Grande Marche, au printemps et à l’été dernier. Plus de cent mille conversations avec les Français. Plus de vingt-cinq mille questionnaires ont ensuite été remplis et un travail unique a été construit par nos comités locaux. Plus de trois mille ateliers de réflexion, depuis plusieurs mois, se sont organisés pour construire ce projet. Il est donc le reflet de ce qui est remonté de la base, de ce qui a été construit avec les uns et les autres, les unes et les autres, pour proposer, ensuite, avec plusieurs centaines d’experts - et nombre d’entre eux sont présents aujourd’hui et je les en remercie - la cohérence de ce projet.

C’est donc à la fois un projet complet, résumé dans le livret qui vous a été remis, et en en- tête, un contrat avec les Français - qui est le coeur de l’engagement que je souhaite prendre -, qui vous est aujourd’hui soumis.

Je suis, pour ma part, confiant dans la capacité qu’a notre pays à se transformer et à réussir ces défis. Ça peut peut-être vous sembler paradoxal, dans un moment où beaucoup doutent, où certains parlent de guerre civile et ne veulent offrir à nos concitoyens que le spectacle du pessimisme. Je suis formidablement confiant pour plusieurs raisons. La première, c’est que la France est un pays irréformable. Mais nous ne proposons pas de le réformer. Nous proposons une transformation complète, radicale. Un changement de logiciel sur beaucoup de sujets. Et le mouvement constitué - dont nombre d’élus ici présents reflètent à la fois la variété et la richesse et je les en remercie - montre que nous ne sommes pas dans un temps classique de la vie politique française. Ce qui est en train de se passer est inédit. Ce que nous allons proposer à nos concitoyens n’est pas de les réformer, parce qu’ils n’attendent pas d’être réformés. Ils attendent, en effet, une transformation radicale sur beaucoup de sujets. Et ensuite parce que le coeur de ce projet, c’est de les responsabiliser. C’est de proposer à chacune et chacun de prendre sa part dans ce changement, d’y occuper pleinement ses responsabilités. L’État a les siennes, l’Europe a les siennes, les collectivités territoriales... Mais les citoyens sont les acteurs de cette transformation radicale. Ce projet de conquête a choisi, d’abord, de regarder vers l’avenir. Je l’ai dit : la transformation du travail, la transformation de notre modèle productif, la transition numérique, ce sont des risques. Mais aussi de formidables opportunités. Et donc, au coeur de ce projet, il y a le refus d’acter la défaite.

Je ne dirai pas, dans ce projet, que nous avons d’ores et déjà perdu la bataille du travail. Non. Le travail va changer et nous participerons de ce changement, nous l’accompagnerons, nous transformerons nos équilibres. C’est aussi pour cela que l’investissement est au cœur de la philosophie que nous portons. C’est aussi pour cela que je ne propose pas, dans ce projet, des remèdes qui ont pu être faits dans certains autres pays européens, il y a trente ou quarante ans. L’avenir de la France, ce ne sont pas les réformes britanniques des années 80.

C’est un projet, ensuite, qui regarde nos contraintes en face et donc qui n’est pas irréaliste, il est, en termes de finances publiques, cohérent. Nous avons des engagements à tenir parce que nous sommes un pays endetté, parce que ne pas tenir compte de ces contraintes, c’est décider de laisser à nos enfants et nos petits-enfants une charge, avant même qu’ils ne commencent à vivre, et parce que la cohérence de ces contraintes, c’est ce qui nous tient également dans l’Europe. Et ce projet est un projet éminemment faire progresser l’Europe, parce que les autres l’accepteraient, est une profonde erreur. Au cœur de ce projet, il y a la volonté de tenir le fils européen et donc sa cohérence.

L’exigence écologique et environnementale est aussi un des fils rouges de ce projet, parce que cela fait partie de ce que nous devons tenir, parce que cela fait partie des engagements de responsabilité qui sont aussi les nôtres. C’est un projet qui tient compte, évidemment, de la réalité, de la force de la menace terroriste qui, aujourd’hui, divise parfois notre pays, le fragilise et implique donc le plus grand engagement. Ensuite et enfin, c’est un projet qui s’inscrit de manière pragmatique en termes d’actions. Plusieurs actions relèvent du niveau européen où se construit une souveraineté efficace : en matière écologique et énergétique, en matière de numérique, en matière de sécurité. L’État prend évidemment sa part de responsabilités sur nombre de sujets mais c’est également un projet qui décide de construire avec les territoires, les collectivités territoriales, en confiance, une vraie transformation de l’action publique.

La cohérence de ce projet consiste à concilier plusieurs objectifs jusqu’alors distincts. L’efficacité et la justice d’abord : chaque mesure a été choisie au regard du critère d’efficacité pour qu'à la fin du quinquennat, chacun puisse mesurer concrètement en quoi sa vie a été améliorée, en quoi il a retrouvé du pouvoir, la possibilité de faire des choix. L’évaluation sera d’ailleurs un axe fort des politiques que nous mettrons en place. En même temps, la justice est évidemment au cœur du projet que portons, parce que l’indécence, les privilèges n’ont que trop duré et nous voulons les mêmes règles pour tous, quels que soient les statuts. Nous voulons des dirigeants responsables, exemplaires et qui rendent des comptes. Mais il n’y a pas de justice véritable sans efficacité et il n’y a pas d’efficacité qui tienne si elle n’est pas juste.

D’autre part, nous réconcilions, dans ce projet, la liberté et la protection et c’est pour moi l’un des fils rouges, depuis le début, de notre philosophie. Il est essentiel de libérer des secteurs d’activité multiples, la capacité de nos concitoyens à choisir leur vie, à ne pas subir. Mais, en même temps, dans ce monde en profond changement il est indispensable d’apporter les sécurités individuelles qui doivent accompagner chacune et chacun. Et, donc, la réconciliation de la liberté et de la protection est également un fil rouge de ce projet et, je crois, son point d’équilibre. Nous ne cherchons ainsi pas à conserver ou à adapter mais bien à transformer en profondeur les différents secteurs qui sont ici concernés.

Ce programme touche donc à la fois la vie quotidienne de nos concitoyens, a pour but de redonner des perspectives et cet esprit de conquête, en particulier, à nos classes moyennes et à construire l’avenir de notre pays.

Le coeur de ce projet, ce sont les six chantiers que j’ai définis au début de ce texte, qui sont la structure du contrat avec les Français sur lequel je m’engage.

Le premier chantier, c’est celui de l’éducation et de la culture. C’est la condition-même de notre cohésion nationale. C’est ce pourquoi je veux remettre la transmission des savoirs fondamentaux, de notre culture, de nos valeurs, au coeur du projet de notre école. C’est un projet à la fois de transmission et d’émancipation. S’il n’y a pas de transmission juste de nos valeurs, des savoirs, de ce qu’est notre culture, il n’y a pas de vraie liberté. Et, en même temps, c’est par l’école, l’université, la culture, que nous pouvons construire un vrai projet d’émancipation parce que c’est ainsi que se construit véritablement l’égalité des chances. La possibilité de former des femmes et des hommes autonomes, libres de choisir. C’est cela qui guidera notre projet pour l’école - et nous proposons, à cet égard, de revenir sur plusieurs réformes récentes, de redonner aussi beaucoup plus d’autonomie de moyens à l’école, au collège et au lycée, de reconnaître le rôle essentiel des enseignants, de les rémunérer également davantage et, en même temps, dans les zones les plus en difficulté, de diviser par deux le nombre d’élèves par classe, en CP et CE1. C’est cela qui nous conduit à revenir vers une véritable autonomie de nos universités, en termes pédagogiques, en termes de recrutement également. C’est cela qui nous conduit à avoir un projet ambitieux pour la culture et, en particulier, pour l’accès à la culture avec, à la fois, le passeport culture, l’ouverture des bibliothèques et de nombreuses autres mesures, parce que c’est l’accès de tous à l’excellence qui est ainsi privilégié.

Le deuxième chantier sera celui de la société du travail parce que l’émancipation de chacune et chacun, dans notre société, se construit par le travail. C’est le travail qui nous permet de sortir de notre condition initiale, de choisir véritablement notre vie. Je demanderai ainsi au gouvernement de simplifier le droit, de réformer l’assurance chômage pour en faire un droit universel avec des exigences nouvelles pour chacun et cela s’accompagnera d’un plan inédit pour la formation et la qualification de nos concitoyens les plus fragiles. C’est un projet de sécurité professionnelle nouvelle qui est ici porté, articulant une réforme en profondeur de notre assurance chômage pour en faire un droit universel avec des devoirs pour chacun, eux aussi nouveaux, mais en même temps une formation et une re-qualification, tout au long de la vie, inédite. C’est parce que je crois à cette société du travail que plusieurs mesures d’allègement de charges, d’amélioration de la rémunération et du pouvoir d’achat des travailleurs ont été décidées et annoncées depuis plusieurs semaines. C’est aussi pour cela, ayant entendu les demandes de nos adhérents et fort des discussions que nous avons eues ces dernières semaines, que j’ai également décidé de rétablir les allègements de cotisations pour les heures supplémentaires.

C’est également pour cela que nous avons décidé une réforme en profondeur de la taxe d’habitation, parce que, comme toutes les mesures prises en matière de travail dans ce projet, c’est une mesure essentielle pour les classes moyennes françaises. La taxe d’habitation est, aujourd’hui, un impôt qui est injuste sur le plan social comme sur le plan territorial. C’est un impôt qui est payé indépendamment du revenu, excepté pour les plus modestes d’entre nous qui sont aujourd’hui exonérés, mais qui, lorsqu’on gagne un ou deux SMIC est le même que lorsqu’on gagne cinq ou six SMIC pour un logement, si celui- ci a les mêmes caractéristiques, dans la même ville. Il n’est donc pas juste, sur le plan social. Il n’est pas non plus juste, sur le plan territorial, parce que lorsqu’on en regarde la structure, c’est un impôt qui est beaucoup plus élevé dans les villes moyennes, dans les villes-centres, dans les villes périphériques, là où, bien souvent, les entreprises sont parties et où nos classes moyennes subissent cet impôt. Parce que je crois à la nécessité de redonner de l’espoir à nos classes moyennes, qui sont le socle du consensus social et politique français, j’ai décidé d’exonérer 80% de nos concitoyens de cet impôt. C’est une mesure d’efficacité et de justice. Elle se fera, évidemment, en préservant en totalité les finances des collectivités territoriales et leur autonomie fiscale.

Le troisième chantier sera celui de la modernisation de notre économie et de notre société. D’abord par une stratégie d’investissement assumée et ambitieuse, pour la France hexagonale et la France d’outre-mer, afin de construire un modèle de croissance compatible avec nos objectifs, et donc d’investir massivement sur le numérique, sur la transition écologique et environnementale. Notre projet n’est pas un projet punitif. C’est un projet de croissance, mais qui consiste aussi à accompagner le développement des énergies renouvelables, le développement de l’économie circulaire, le développement d’une vraie stratégie d’effacement thermique et énergétique. Nous pourrons y revenir dans la discussion, là aussi, beaucoup de mesures sont détaillées. C’est, d’autre part, un projet qui vise à construire une vraie mobilité économique et sociale par le numérique, par la recherche, par l'entrepreneuriat et l’innovation. Le projet que nous portons n’est pas un projet qui consiste à aider celles et ceux qui ont déjà réussi à réussir encore davantage, mais c’est un vrai projet de mobilité économique et sociale qui cherche à permettre à chacune et chacun, lorsqu’il en a le talent, la capacité, la volonté, de réussir dans notre société. C’est, d’ailleurs, la cohérence avec l’engagement éducatif et culturel que je viens de rappeler.

C’est pour cela que plusieurs mesures sont décidées, dans le cadre de cette philosophie, mais que, tout particulièrement, pour les quartiers les plus en difficulté, nous avons décidé d’aller plus loin en matière de lutte contre les discriminations mais également plus loin en termes de lutte pour l’inscription dans notre société et dans l’économie des jeunes qui viennent des quartiers dits “politique de la ville”. C’est à ce titre que nous avons décidé les emplois francs pour les quartiers “politique de la ville”, c’est-à-dire une prime de quinze mille euros durant trois années pour tous les jeunes issus des quartiers “politique de la ville”, ce qui est un changement profond de philosophie. Jusqu’à présent, et depuis le début, nous avons toujours décidé d’aider les quartiers, c’est-à-dire d’assigner à résidence les jeunes qui étaient nés dans les quartiers les plus difficiles de la République, de ne pas leur permettre de s’en sortir par l’école - vous avez compris que nous avons le projet contraire en différenciant complètement les moyens -, et de permettre à des entreprises de s’installer dans ces quartiers, quand bien même, parfois, elles n’embauchaient jamais un jeune de ces quartiers.

La philosophie que nous retenons est profondément différente. Elle consiste, en quelque sorte, à donner la possibilité à chaque jeune issu de ces quartiers d’avoir une aide spécifique pour l’aider, justement, à trouver un emploi et, donc, à inciter les employeurs à retenir ces jeunes. C’est aussi dans le cadre de cette philosophie que nous avons décidé, évidemment, une stratégie cohérente sur le plan macroéconomique et microéconomique d’aide à l’investissement privé, qui est essentiel dans cette stratégie de modernisation. L’investissement privé et l’emploi par les entreprises, qui leur permettront d’aller, justement, vers le numérique, d’aller vers la qualification de nouveaux emplois, est un axe essentiel de la création de cette nouvelle société vers laquelle, justement, nous nous orientons.

La société que je veux sera à la fois libérée des carcans et des blocages et également protectrice pour les plus fragiles. C’est aussi pour cela qu’au coeur du programme d’investissement, nous avons la volonté d’accompagner la transformation de secteurs qui sont aujourd’hui, parfois, en difficulté, parce qu’ils ont besoin d’un investissement qui leur permette de prendre le virage de la modernisation. C’est pour cela qu’au coeur du programme d’investissement d’avenir, il y a un volet dédié à la santé, pour aider à la modernisation non seulement de l'hôpital mais également de la médecine libérale et des maisons de santé. C’est pour ça qu’il y a un volet dédié à l’agriculture - j’ai eu l’occasion, durant ces derniers jours, de le présenter - de cinq milliards d’euros, afin d’aider à la modernisation des structures agricoles, pour accompagner dans leur transformation nos exploitants agricoles.

Construire la modernisation de notre économie et de notre société, c’est aussi y restaurer la confiance, c’est-à-dire y mettre plus de transparence. C’est une condition dans une société de mobilité. Nous sommes aujourd’hui, en France, dans une société de statut. Chacune et chacun a des avantages et des protections qui dépendent de son secteur, du statut dans lequel il est rentré. Cela crée de la défiance, cela crée des rigidités. Nos concitoyens ont et auront de plus en plus à vivre des changements profonds durant leur vie professionnelle, des risques nouveaux à prendre. Ils les choisiront ou ils les subiront. Et, pour être pleinement efficace et juste, nous avons besoin de restaurer de la confiance dans notre société et donc de la transparence. C’est pourquoi nous avons décidé d’avoir un système d’indemnisation du chômage universel et non plus réservé aux salariés par une assurance.

C’est aussi pour cela que nous avons pris la décision d’aller vers un système de retraite plus transparent et efficace. Je ne proposerai pas de modifier, durant le quinquennat à venir, l’âge de départ à la retraite. Cela est fait depuis vingt ans. Ce sont des mesures de changement paramétriques qui ne changent pas la philosophie du système ni n’améliorent la confiance qu’ont les jeunes ou les moins jeunes en celui-ci. Tous les sondages le montrent. Je ne proposerai pas de changer l’indemnisation des retraités. On ne peut pas faire la réforme de notre système de retraite en réduisant le pouvoir d’achat de celles et ceux qui sont aujourd’hui en retraite. Donc, à cet égard, tous les paramètres actuels seront préservés mais nous irons vers un système universel de retraite où pour chacune et chacun, quel que soit son statut, sa profession, son secteur d’activité, un euro cotisé donnera les mêmes droits à la retraite. Cette réforme en profondeur est indispensable, elle n’a été que trop reportée. Elle prendra du temps. C’est pour ça qu’aucun Français, aucune Française qui, aujourd’hui, est à cinq ans de la retraite, ne sera concerné par cette réforme. Nous en concerterons les paramètres et les préparerons dans une méthode concertée que je pourrai vous présenter en détail et que j’expliciterai dans les prochaines semaines. Mais, elle consistera, dans les années à venir, à faire progressivement monter en charge ce système profondément nouveau qui est indispensable pour restaurer la confiance de nos concitoyens dans le système de retraite, pour assurer une vraie justice et une vraie transparence de ce système, et pour redonner aussi des libertés. Il y aura toujours un âge légal, évidemment. Mais il y aura la possibilité, en fonction de la cotisation faite tout au long de sa vie, de choisir aussi son âge de retraite en sachant pertinemment à quelle cotisation, justement, on a souscrit, et quels sont les droits qu’on a ainsi acquis. Je défie chacun et chacune dans cette salle aujourd’hui de savoir où vous en êtes sur votre système de retraite. Il y a - et je crois qu’un rapport de l’INSEE sort aujourd’hui qui le montre - des gagnants, des perdants, une illisibilité complète, selon que vous passiez d’un statut à l’autre, d’un secteur à l’autre, du public au privé. C’est cette illisibilité qui crée la défiance, parfois des injustices incompréhensibles. C’est cela que nous allons donc changer en profondeur en maintenant la caractéristique profonde d’un système par répartition.

C’est aussi parce que nous voulons moderniser notre économie, notre société et donc protéger les plus faibles, que nous aurons une politique volontariste en matière de handicap avec une stratégie qui nous permettra, durant ce quinquennat, d’appliquer enfin les lois votées en termes d’accessibilité et de mobilité. C’est indispensable. Aujourd’hui, les personnes à mobilité réduite, mais plus largement l’ensemble des personnes vivant en situation de handicap, n’ont que trop subi les retards. C’est aussi une part de l’investissement public que nous avons décidé de mettre pour accompagner les acteurs privés et les collectivités territoriales face à ces changements profonds dont j’ai pleinement conscience. C’est aussi pour cela que nous avons décidé - parce que le coeur de cette stratégie, c’est d’aider les personnes, en particulier les plus jeunes, vivant en situation de handicap à vivre une vie la plus normale possible - d’avoir une stratégie volontariste d’aide à l’inscription dans l’école et donc, enfin, de pallier nos insuffisances en matière d’auxiliaires de vie scolaire. Et, donc, à la fois de répondre aux besoins en termes de postes mais également de pérenniser ces derniers.

Le quatrième chantier, que nous vous proposons et que je veux porter, consiste à renforcer la sécurité de la nation. Nous sommes aujourd’hui confrontés à la menace terroriste. Elle fait partie du quotidien de nos concitoyens. La bataille contre le terrorisme djihadiste se conduit et continuera à se conduire, dans les prochaines années, à l’international comme sur le plan national. A l’international, elle s’inscrira dans une feuille de route diplomatique qui consiste partout à construire la paix, qui consiste partout à avoir un objectif premier de notre stratégie, qui est de lutter contre les terroristes et tous les clans terroristes, au Proche et au Moyen Orient, au Maghreb et au Machrek et en Afrique sahélienne et sub-sahélienne. Les théâtres d’opérations sont nombreux. Ils impliqueront une stratégie à la fois française, européenne et évidemment le maintien de nos coalitions internationales. Et c’est aussi pour cela que j’ai confirmé l’engagement d’arriver à 2% du PIB en termes de dépenses militaires.

Cette stratégie, elle se déploie aussi au niveau national, avec des engagements que j’ai déjà annoncés et qui s’inscrivent dans notre stratégie budgétaire, d’embauche de dix mille policiers et gendarmes, la reconstruction d’un véritable renseignement français sur le plan territorial, indispensable pour réussir la lutte contre le terrorisme et, en même temps, la structuration d’un état-major au niveau national et d’une cellule de coordination, au niveau national, de l’ensemble de nos services de renseignement pour consolider les données et pour coordonner, beaucoup plus qu’elles ne le sont aujourd’hui, nos forces de renseignement dans la lutte contre le terrorisme.

La sécurité, c’est bien évidemment aussi la sécurité du quotidien. C’est cela qui m’a conduit à confirmer plusieurs engagements : celui de recréer, justement, une police de sécurité quotidienne, avec d’autres techniques d’intervention et de présence dans les quartiers - je pourrai y revenir si vous le souhaitez et je l’ai détaillé durant ces dernières semaines - avec aussi d’autres formes d’intervention : la capacité à sanctionner de manière immédiate, par des amendes, plusieurs infractions mineures qui, aujourd’hui, n’ont pas de véritable réponse pénale et, en même temps, de nouveaux pouvoirs comme le pouvoir d’injonction d’éloignement du territoire qui sera donné, sous le contrôle du juge, à nos forces de police. C’est une politique de tolérance zéro à l’égard de toute forme de délinquance mais également à l’égard de toute dérive policière que nous portons dans ce projet.

Assurer la sécurité, c’est aussi faire respecter sans concession notre laïcité. Là, je veux le redire, notre laïcité, telle qu’elle a été définie en 1905, est un bouclier, aussi bien pour celles et ceux qui croient que pour celles et ceux qui ne croient pas. Je n’accepterai pas que certaines et certains soient stigmatisés dans notre République parce qu’ils croient à une religion. Je pense que c’est une profonde régression et un risque de guerre civile, et le piège qui nous est tendu par, aujourd’hui, nos assaillants. Mais, de la même façon, je n’accepterai pas, qu’au nom de leur croyance, certaines ou certains puissent considérer qu’on peut déroger aux règles de la République, interdire à des femmes d’aller s’asseoir dans des terrasses de café et considérer que l’égalité hommes-femmes, ou que ce que les lois de la République protègent, ne doit pas être respecté.

Enfin restaurer partout l’autorité de l’État, et dans l’État, c’est une condition de notre sécurité. Je le dis avec beaucoup de force : remettre en cause la légitimité de l’autorité judiciaire, appeler à des trêves judiciaires pour les politiques ou les cols blancs, c’est affaiblir l’autorité de l’État et l’autorité dans l’État et ça n’est pas compatible avec une vraie politique de sécurité dont notre pays a aujourd’hui besoin. Notre pays n’a pas besoin de faux débats théoriques, notre pays n’a pas besoin d’autoritarisme ou d’arguments d’autorité. Il a besoin d’une autorité vraie qui reconnaît la force de nos institutions.

Le cinquième chantier que je porterai sera celui du renouveau démocratique. Il y a aujourd’hui, et malheureusement les temps que nous vivons l’illustrent chaque jour, un doute - un soupçon permanent - qui pèse sur les décideurs politiques. Je le regrette profondément. Il y a, dans toutes les professions, dans toutes les corporations, des femmes et des hommes qui ne respectent pas la loi. Ils doivent partout être poursuivis de manière juste, équitable, transparente. Pour autant, et je le dis, alors même qu’on m’a souvent reproché de ne pas être moi-même aujourd’hui un élu - quoique j’espère, vous l’avez compris, j’aspire à le devenir -, je ne veux pas que nous tombions dans ce syndrome qui consiste à jeter le soupçon ou l’opprobre sur la totalité des élus. Il y a nombre d’élus de la République, qu’ils soient maires, conseillers municipaux, départementaux, régionaux, parlementaires, nationaux ou européens, qui donnent de leur temps, de leur énergie, ont toujours respecté les lois de la République et la moralité publique et qui, aujourd’hui, se trouvent pris dans ce débat qui est une lèpre pour la dignité de notre vie publique. Alors, pour y répondre, nous prendrons plusieurs mesures.

D’abord - c’est ce que nous avons annoncé durant les derniers jours et les dernières semaines - une vraie stratégie de moralisation de la vie publique. Il ne s’agit pas, ici, de prendre des mesures qui ne soient pas intelligibles pour nos concitoyens mais, au contraire, de prendre des mesures attendues qui, je l’espère, permettront de répondre à ce soupçon. Le projet de moralisation de la vie publique que nous porterons consiste, d’abord, à éradiquer les conflits d’intérêts qui aujourd’hui, parfois, trop souvent, existent. C’est ce qui, entre autres, nous conduira à organiser l’interdiction de toute fonction de conseil pour les parlementaires - quel que soit, d’ailleurs, le type de parlementaire - parce ce qu’il n’est pas possible de construire la loi de la République et de dépendre financièrement d’intérêts tiers ou d’être rémunéré par ces intérêts tiers. C’est pour cela aussi que nous porterons une réforme qui interdira l’embauche de proches ou de membres de sa famille. Cette réforme fait partie des statuts d’En Marche ! depuis le premier jour, mais nous la porterons pour que tous les parlementaires la respectent. C’est cela aussi qui nous conduira à demander à l’Assemblée nationale et au Sénat de rapprocher le régime de retraites de nos parlementaires avec le régime de retraites de droit commun. C’est aussi cela qui nous conduira - un texte, d’ailleurs, a été récemment discuté au Parlement sur ce sujet et rapporté par plusieurs parlementaires ici présents - à ne pas investir, pour notre part, en tant que candidat d’En Marche ! aux élections législatives, un candidat qui aurait un casier judiciaire de type B2 ou qui aurait fait l’objet de peines d’inéligibilité. Mais, plus largement, nous souhaitons l’inscrire dans la loi.

Ensuite, ce renouveau démocratique que nous souhaitons porter, au-delà du projet essentiel de moralisation de la vie publique, c’est aussi un projet de renouvellement des femmes et des hommes. C’est ce que le mouvement En Marche ! porte depuis le premier jour. C’est ce qui fait que la moitié de nos candidats investis pour les élections législatives seront de nouveaux candidats, et non des parlementaires reconduits. Cet objectif de renouvellement, nous le ferons. C’est ce qui, en même temps, nous conduit à prendre des engagements qui seront traduits par voie législative en termes de non cumul des mandats dans le temps.

Ensuite, le renouveau démocratique passe également par une vraie responsabilité politique. Elle est indispensable et elle fera partie de la gouvernance que je veux retenir pour le quinquennat. La responsabilité politique a un sens. La responsabilité politique du président d’abord, ce qui fait que je m’engage, chaque année, à aller rendre compte des avancées de mon mandat et en particulier de ces six chantiers, devant le Parlement réuni en Congrès, comme le prévoit la Constitution dans sa dernière réforme. Responsabilité des ministres également, dont je fixerai la feuille de route et qui seront responsables pleinement de la gestion de leur portefeuille ministériel et, en particulier, des engagements de finances publiques que je prends. Cela sera évalué chaque année avec, si le respect n’est pas plein et entier, des décisions qui seront prises en termes de maintien dans le gouvernement. Être ministre, c’est un honneur, c’est aussi une responsabilité. C’est aussi pour cela que je défends l’idée que les ministres - et ce sera tout un travail à faire avec le nouveau Parlement - soient beaucoup plus auditionnés par des commissions parlementaires, fassent l’objet d’un travail partenarial avec le Parlement, que des commissions d’enquête parlementaires puissent se multiplier beaucoup plus que nous ne l’avons dans le système français, parce que c’est ainsi qu’on fait vivre la responsabilité politique du gouvernement, beaucoup plus qu’on ne le fait aujourd’hui dans le système français.

Je crois enfin, comme vous l’avez compris, à la responsabilité politique au niveau parlementaire. C’est ce qui fait que je souhaite, pour justement tenir cette responsabilité et cette efficacité, réduire d’un tiers le nombre de parlementaires, non pas pour faire des économies, mais pour leur donner plus de moyens en termes d’évaluation, de pouvoir passer beaucoup plus de temps et d’énergie sur l’évaluation des politiques publiques et du travail gouvernemental, passer moins de temps à légiférer et - là aussi, j’y reviendrai dans le détail, dans les prochaines semaines - beaucoup plus de temps à contrôler, à évaluer nos politiques publiques, à contrôler l’action du gouvernement et ainsi à mettre, je crois, plus de transparence dans notre vie publique.

Enfin, le sixième chantier sur lequel je m’engage, c’est un chantier sur le plan international et européen. Celui qui consiste, dans le coeur de ce qui est considéré traditionnellement comme le domaine propre du président de la République, à défendre, en cohérence avec ce que je viens d’exprimer, nos intérêts. Je pourrai revenir sur tous les sujets que vous souhaiterez aborder en matière de politique internationale, mais trois objectifs guideront mon action en la matière.

Le premier, c’est évidemment la sécurité de nos concitoyens. C’est l'objectif premier, la boussole qui doit nous guider dans toutes les discussions, toutes les prises de position, quelles que soient les régions du globe. Le second, ce sont nos intérêts climatiques. La France, durant ce quinquennat, a porté, avec beaucoup de réussite, un agenda climatique en organisant avec succès la COP21. Nous devons aller plus loin et porter cette voix à l’international et nos intérêts, ce sont aussi nos intérêts dans ce débat que nous devons continuer à porter. Et enfin, ce sont nos intérêts économiques qui doivent également, évidemment, conduire la diplomatie française, en particulier avec plusieurs régions du globe qui sont essentielles pour notre commerce extérieur et pour plusieurs filières. Il y a, en particulier, une stratégie africaine - sur laquelle, là aussi, je reviendrai dans les prochaines semaines - que je souhaite conduire. L’Afrique sera pour nous, j’en suis convaincu, dans la décennie à venir, le continent de tous les risques et de toutes les opportunités et je souhaite donner une nouvelle impulsion à notre diplomatie en Afrique, non pas seulement à travers, parfois, d’indispensables interventions militaires, mais une politique culturelle, pour la francophonie, une politique économique beaucoup plus forte.

Enfin, c’est évidemment l’Europe qui est au coeur de notre projet, je l’ai dit, nombre des réformes que nous proposons dans ce projet, et que je souhaite porter, sont indispensables pour la France, mais sont attendues au niveau européen. Nous ne pourrons pas réussir dans le monde tel qu’il se construit, aujourd’hui, sans une véritable stratégie européenne. Le projet que nous portons, c’est de relancer l’agenda européen - à vingt-sept demain - qui est indispensable pour réussir en matière de sécurité, de politique énergétique, de politique numérique, entre autres, et qui suppose de redonner une nouvelle impulsion au marché unique, en même temps que nous aurons à organiser en bon ordre le Brexit. Mais de la même façon, nous avons besoin de relancer la zone euro, de lui donner une impulsion nouvelle en matière d’investissement. De reconstituer la solidarité aujourd’hui perdue au sein de cette zone sur le plan économique et social. C’est le coeur de la stratégie que nous poursuivrons dès les premiers mois du quinquennat. Elle implique d’avoir une France crédible et une France qui soit un véritable partenaire pour l’Allemagne. Le couple franco-allemand est le coeur de réacteur aussi bien de la zone euro que de l’Union européenne. Il n’est pas la condition suffisante, mais il est la condition nécessaire de toute avancée. Je ne proposerai donc pas la grande brutalité à l’égard de l’Allemagne, les leçons de morale, la tension constructive, ou toutes les formules qu’on a pu entendre ces dernières décennies durant les campagnes présidentielles françaises. Je propose de restaurer la crédibilité française vis-à-vis de l’Allemagne pour, dans les six mois, les convaincre d’un vrai changement et d’une capacité, ensemble, pour une politique d’investissement active et de plus de solidarité en zone euro et en Europe. Nous en avons tous et toutes besoin parce que c’est l’avenir de l’Europe, de notre jeunesse, qui se construit dans la décennie à venir. Nous n’avons pas réussi, depuis la crise de 2008, à vraiment reconstruire l’Europe. Depuis 2008, nous avons une génération perdue, qui n’a connu, dans nombre de pays de l’Europe, que le chômage de masse et que l’absence de projet. Notre devoir, dans les années qui viennent, c’est d’être capable de reconstruire le rêve européen sur, d’abord, notre capacité à prendre nos responsabilités. Au-delà de ces six chantiers, il y a une cause nationale que je porterai, qui est l’égalité entre les hommes et les femmes. C’est une cause nationale, parce qu’au-delà des mesures techniques - sur lesquelles je me suis déjà exprimé, sur lesquelles je peux revenir -, je considère que c’est un sujet absolument fondamental de la vitalité de notre société, de notre économie et de notre démocratie. Donc, l’égalité hommes-femmes sera une cause nationale. Les femmes sont aujourd’hui sous-représentées. Elles sont aujourd’hui l’objet de violences, de harcèlement, parce qu’une forme de consentement tacite s’est trop longtemps installée dans la société, s’est trop longtemps installée dans la vie professionnelle, s’est même trop longtemps installée dans la vie politique. Donc, c’est à travers une politique assumée que je porterai, moi-même, dans les nominations, dans les pratiques, dans le suivi de notre vie économique et sociale, avec plusieurs mesures concrètes, que cette cause sera suivie.

Voilà les grands axes et les grands engagements, Mesdames, Messieurs, que je voulais porter à votre connaissance ce matin avant de répondre à toutes vos questions, dans le temps qui s’ouvre maintenant à nous. Je vous remercie pour votre attention.