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Discours de Mayotte

26 mars 2017 - Retranscription du discours d'Emmanuel Macron à Mayotte

Rassemblement à Mayotte

Discours d’Emmanuel Macron
26 mars 2017

Bonjour à vous ! Bonjour Mayotte !

Merci à vous, merci pour l’accueil. Merci aux associations qui nous ont accueillis ici à notre arrivée. Merci à vous, merci à Dzaoudzi-Labattoir. Merci à Monsieur le Maire, merci aux comités de soutien, Merci à la société civile, Merci à vous tous réunis d’être là ce soir !

Alors oui, je suis fier et heureux d’être là ce soir avec vous, à Mayotte. Fier et heureux de répondre à ton appel, parce que le défi qui est le nôtre ici, c’est un défi immense, c’est celui tout entier de la République et c’est l’image du défi que je veux porter pour la France.
Alors oui, mes amis ce soir, je suis venu pour quelques instants auprès de vous, vous embrasser, vous dire que je serai là, que le quinquennat que je veux porter sera aussi un quinquennat pour vous et un quinquennat pour Mayotte.

Parce que je l’ai dit il y a plusieurs mois déjà, le statu quo pour Mayotte ne peut pas exister. Pourquoi? Parce que Mayotte, à trois reprises dans son histoire, a choisi la France et la République. Ils sont trop nombreux, ceux qui veulent aujourd’hui l’oublier. Dès 1841, en 1974, en 1976, vous avez choisi la France, la République, là où d’autres ont préféré partir. Vous avez voulu poursuivre une histoire française et cela, nous vous le devons.

Alors oui, Monsieur le Maire, cher Saïd, quand tu dis “nous sommes les derniers nés des territoires d’Outre-mer et des départements”, parce qu’on a mis tant et tant de temps à donner sa juste place à Mayotte, on a attendu cet anniversaire que nous fêterons dans quelques jours, celui du 31 mars 2011, pour que Mayotte devienne enfin un département, Mais cela fait cent soixante-seize ans que Mayotte est dans la République et que nous le savons.

Alors mes amis, quand je dis que le statu quo n’est pas possible, je veux dire que maintenant, c’est au tour de la République d’être à la hauteur de votre ferveur. C’est à la République d’être digne de votre accueil aujourd’hui et de la confiance que vous lui portez.

Les défis sont immenses. La jeunesse d’abord: la moitié de la population a moins de dix-huit ans. Imaginez un peu : aucun département français n’a un tel défi. C’est l’immigration : 40% de la population est immigrée, sans la nationalité française parce que Mayotte est un creuset de mélanges, de bouleversements. C’est la formation, parce qu’entre un tiers et la moitié de la population a des problèmes d'illettrisme. C’est l’emploi, c’est l’insécurité, c’est tout cela réuni avec une volonté farouche, constamment réaffirmée, d’être dans la République française, d’être là et de l’aimer.

Alors, face à tous ces défis, ce soir, je ne suis pas venu faire des grandes promesses, non ! Je suis venu prendre quelques engagements, les engagements que la République doit à chacun de ses territoires, à chacune et chacun qui a décidé de l’aimer et de s’engager pour elle et d’abord, l’engagement de protéger. Alors oui, mes amis, je sais bien. Nous en parlions encore quand j’arrivais et que des journalistes me posaient la question. “Qu’est-ce que vous allez faire alors que Marine LE PEN est venue ici, a passé plusieurs jours et qu’elle a promis qu’il n’y aurait plus d’immigration, plus d’immigration clandestine, une sécurité parfaite ?”

Je vous le dis, mes amis, Marine LE PEN vous a menti, tout bonnement , comme elle ment au reste de la population française. Répétez-le et dites-le. Vous êtes ici au milieu de l’océan Indien, vous le savez. Qui peut promettre qu’il n’y aura plus, demain, de kwassa-kwassa ? Personne ! Qui peut promettre sérieusement qu’il n’y aura plus d’immigration clandestine? Personne ! Qui peut promettre, qu’en un clin d’oeil, il n’y aura plus d’insécurité ? Personne, raisonnablement !

Moi, je suis venu vous tenir le langage de responsabilité de la République, celui qu’on peut tenir, celui d’une République lucide, sérieuse, qui vous protégera et en même temps généreuse. Et qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire d’abord que la sécurité de Mayotte, elle passe par le développement des Comores, elle passe par une politique volontariste pour toute la région, elle passe par une politique responsable pour aider au développement de l’océan Indien et des Comores.

Aujourd’hui, ce sont vingt millions d’euros simplement qui sont donnés aux Comores dans le cadre de notre aide publique. Ce n’est pas suffisant, ça n’est pas sérieux. Et donc, oui, ce que je veux engager, c’est un grand pacte avec les Comores pour aider à leur développement, y investir, y engager l’Europe tout entière, mais en même temps, engager les Comores dans une politique de lutte contre l’immigration clandestine. Parce que votre insécurité d’aujourd’hui, c’est notre honte, à la République tout entière. Et moi, j’ai honte qu’il y ait aujourd’hui des Anjouanais et des Comoréens qui arrivent ici et qui créent l’insécurité ou ajoutent de la misère à la misère. Mais j’ai aussi honte que chaque année, il y ait des cinquantaines ou des centaines de kwassa-kwassa qui sombrent dans l’océan, qui fassent périr des vies entières parce que nous ne savons pas traiter ce problème.

Et donc mon premier engagement, c’est celui-là, un engagement responsable, mais un engagement aussi de partenariat avec les Comores, de l’aide au développement, mais de la lutte conjointe contre l’immigration clandestine, pour le retour. Le deuxième engagement, c’est celui d’une vraie sécurité assurée. Et donc, oui, je lutterai activement par plus de forces de l’ordre, plus de moyens de police et de gendarmerie, contre l’immigration clandestine, pour le retour aux Comores ou ailleurs, face à tous les clandestins, et pour la sécurité de celles et ceux qui, aujourd’hui, vivent à Mayotte. Et donc, au-delà des deux pelotons de gendarmerie, nous assurerons les moyens de vous protéger, de débloquer le port de Longoni et d’assurer la sécurité de toutes et tous. C’est une politique réaliste, pragmatique à laquelle je veux m’engager avec vous. J’y mettrai les moyens, nous créerons un poste de préfet délégué à la sécurité et c’est l’engagement que je prends solennellement devant vous.

Protéger, c’est aussi protéger les femmes. Et je le dis ici, l’avenir de Mayotte, il passera par les femmes. Résolument. Le développement de Mayotte, il s’est fait par les femmes. Des chatouilleuses aux entrepreneuses, aux courageuses. Oui, la République, elle se fera aussi par les femmes mahoraises ! Et donc aujourd’hui, je veux, à vos côtés, lutter contre les violences faites aux femmes, lutter contre les inégalités qui demeurent encore trop souvent. C’est notre honneur, en 2005, d’avoir obtenu l’abrogation de la polygamie et de la répudiation unilatérale. Mais depuis trop d’années, il y a une augmentation constante des violences, 50% depuis 2013, et ça, c’est intolérable. Et donc oui, protéger, ce sera aussi protéger les femmes partout, dans la famille, dans la rue, parce que les femmes mahoraises doivent être libres dans la République et c’est l’engagement que je prends pour vous.

Le deuxième engagement que je veux prendre, mes amis, c’est celui d’éduquer, parce qu’il n’y a pas d’avenir pour Mayotte s’il n’y a pas d’éducation, s’il n’y a pas de développement, s’il n’y a pas une place pour tous les enfants, ici, à Mayotte. Alors oui, je vous le dis, il y a eu cent dix classes, durant le précédent quinquennat, qui ont été construites. Ce n’est pas suffisant. Et chaque mois, on devrait encore en créer davantage. On le sait, les besoins, ils sont entre cinq cents et mille classes nouvelles. Je les prendrai et c’est dans le cadre du plan d’investissement que j’ai décidé pour la République, que je veux le prendre pour Mayotte.

Parce qu’il n’est pas possible de construire ici la République avec vous si on n’éduque pas les enfants, s’il y a encore, comme aujourd’hui, des enfants qui viennent de loin pour n’avoir qu’une demi-journée de cours ou parfois des enfants qui n’ont même pas de journée de cours. Ça, c’est aussi notre indignité et je veux y mettre fin, je veux une école pour tout le monde, ici, à Mayotte avec un investissement digne de l’État. Et c’est pour cela aussi, qu’au-delà de cet investissement, dans 50% de l’île, je veux des classes réduites pour pouvoir former des élèves dont parfois les parents ne parlent pas français. Je veux des classes qui aideront à éduquer, à apprendre les savoirs fondamentaux. C’est cela l’engagement que j’ai pris pour la République, c’est donc aussi celui que je veux prendre pour l'île. Douze élèves par classe, en CP et en CE1, pour éduquer nos enfants.

Vous l’avez compris, éduquer, apprendre le français, apprendre à écrire, apprendre à compter, c’est indispensable pour que la République soit à la hauteur de sa promesse. Et je veux aussi plus d’autonomie. Je veux aussi qu’on puisse apprendre d’autres langues, celles dont on a besoin, ici, pour réussir à Mayotte : le portugais, le shi-mahorais, le shibushi, toutes ces langues doivent aussi avoir leur place dans l’école de la République. Parce que c’est cela, la République indivisible et plurielle.

Le troisième engagement que je veux prendre, mes amis, c’est celui de développer, oui, c’est aider à réussir Mayotte. Aider à réussir parce que les conditions ne sont pas les mêmes que dans le reste de la République, parce qu’ici à Mayotte, la vie est plus dure, parce que les défis ne sont pas les mêmes, parce que vos défis sont différents. Alors concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? Tu l’as dit, cher Saïd, vous l’avez dit tous les trois, il y a un défi, celui de l’eau. Eh bien, je veux avec vous le relever. Je veux avec vous y répondre. Nous avons besoin d’un vrai plan d’investissement pour permettre des rétentions collinaires, pour permettre une vraie purification, pour permettre de répondre au défi de l’eau courante partout dans l'île. C’est indispensable et je m’y engage !

Alors oui, dans le plan d’investissement de cinquante milliards d’euros que j’ai décidé pour la France, il y aura un milliard d’euros, sur le quinquennat, pour les Outre-mer et il sera fléché sur les territoires où les défis sont immenses : la Guyane et Mayotte. Et je veux, avec cet argent, aider à ces investissements. Mes amis, le développement, c’est aussi aller au bout de la zone franc pour aider à développer l’activité économique. C’est aussi aller au bout des engagements que nous vous devons, en termes d’infrastructures publiques pour les routes, pour le port. Ce sont ces investissements que la République doit à Mayotte et que je tiendrai durant le quinquennat.

Et puis, aider au développement, aider à rattraper ces retards, c’est aussi permettre de réussir, c’est vous donner les mêmes chances, des facilités fiscales, c’est donner la possibilité d’avoir des emplois francs pour aider plus de la moitié de la population de l'île qui est dans des quartiers “politique de la ville”. Et donc oui, partout il y aura une embauche, eh bien, il y aura une aide de l’État: quinze mille euros pendant trois ans, dès qu’il y aura un CDI pour un habitant. C’est cet accompagnement pour démarrer l’économie qui est nécessaire. Et ce n’est pas de l’argent envoyé en l’air, ça n’est pas une aide ou une forme de pitié de la République. C’est une aide au démarrage, pour réussir, pour accompagner les initiatives et, de la même façon, je sais que cette île, c’est aussi une île d’entrepreneurs.

C’est pour cela que je veux supprimer le RSI, pour faciliter la vie des entrepreneurs au quotidien et aider à entreprendre. Et je veux, au delà de ces engagements, mes amis, que dans le tourisme, l’agriculture, la mer, on aide à développer enfin Mayotte, on aide, à travers une vraie politique de continuité territoriale, à travers une vraie politique de structuration des filières, qu’on aide enfin l’île à réussir. Je créerai des bourses pour les jeunes entrepreneurs pour qu’ils puissent voyager dans l’océan Indien et vers la Métropole. J’aiderai à ce développement.

Vous l’avez compris, je veux, pour conclure, que la République soit à la hauteur de votre ferveur, à la hauteur de votre engagement. Je veux enfin, que nous tirions les conséquences de la départementalisation. Je veux qu’à côté de vous, on se dote du cadre dont Mayotte a besoin pour se développer dans la République et dans l’océan Indien. C’est cela, solennellement, l’engagement que je prends avec vous ce soir. C’est pour cela que je voulais être avec vous ce soir. Finies les belles promesses ! Fini le statu quo ! Fini l’impossible ! L’engagement que je prends, c’est un engagement responsable, celui de faire réussir Mayotte dans la République, dans l’océan Indien, celui d’aider à développer les Comores, celui d’avoir une politique exigeante en matière d’immigration, celui d’avoir une politique exigeante en matière de sécurité, celui d’avoir une politique exigeante en matière d’éducation, celui de vouloir, avec vous, votre réussite, pour Mayotte, pour la France et pour la République !

Vive Mayotte ! Vive la République ! Vive la France !

(Marseillaise)