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Discours du rassemblement des animateurs

5 novembre 2016 - Retranscription du discours d'Emmanuel Macron au rassemblement des animateurs.

Rassemblement des animateurs

le 5 novembre 2016

Bonjour à toutes et tous,

Je suis très heureux, très heureux, et très fier d’être avec vous cet après-midi. Parce que je retrouve beaucoup de visages amis, croisés plusieurs fois à Paris, partout sur le territoire, de femmes et d’hommes qui ont déjà donné beaucoup de leur temps et de leur énergie depuis tous ces mois et qui j’ai quand même l'impression ont encore de l'énergie à donner. Et puis Richard l’a dit, très bien, il y a un plaisir, un bonheur d'être ensemble, une volonté de s’engager, d'être là, aujourd'hui et pour demain. Et je veux vraiment cet après-midi avant tout vous remercier, vous élus, vous délégué(e)s généraux, toi secrétaire général, vous référent(e)s, animateur(trice)s de comités locaux, engagé(e)s de la première heure ou engagé(e)s plus récent(e)s ; parce que ce que vous donnez, c’est du temps, de l’énergie, de la conviction, ça n’a pas de prix, ça s’appelle la démocratie et vous êtes en train de la faire.

Alors, ce que nous sommes en train de vivre, je veux avec vous le prendre très au sérieux. Parce que, oui, nous sommes entrés à un moment tragique de notre histoire. Ce moment tragique, notre le pays le vit depuis plusieurs mois, mais je dirais même depuis plusieurs années quand on voit la violence de la crise sociale et des transformations qui sont à l’œuvre. Et dans ce contexte, beaucoup ont décidé de s'habituer, d'accepter, de transiger, de laisser faire, en expliquant aux Français que des choses invraisemblables pourraient être possibles, que des solutions miracles qui sont parfois mortifères seraient les promesses, et d’autres qu’on pourrait continuer à faire comme avant. Et la responsabilité qui est la nôtre dans ce contexte, c’est de porter une autre voix exigeante et forte, celle justement, face aux défis gigantesques qui nous attendent, de dire que l’heure n’est plus au statu quo, elle n’est plus à l’immobilisme, elle n’est plus aux alternances molles parce qu’il n’y aura pas de retour à la normale, parce que les combats d'arrière-garde n’ont plus aucun sens, que les replis tactiques sont devenus des replis dangereux, et que le moment historique démocratique que nous vivons impose en effet de prendre tous les risques, de prendre le risque principal : celui d’un engagement démocratique véritable, le nôtre.

Parce que l’heure que nous vivons est aux grandes transformations, nous vivons une grande transformation et je pense très profondément que nos pays n’ont pas vécu cela depuis le 15e siècle, pas à ce point parce que la révolution technologique qui est à l'œuvre bouleverse à la fois l’organisation productive, l'organisation sociale, les imaginaires de chacun, et est en train de totalement bouleverser notre vie au quotidien. Parce que la transformation environnementale que nous vivons et cette nouvelle conscience mondiale sont aussi en train de transformer le modèle productif et industriel qui est le nôtre. Parce que l’Europe que nous avons créée en sortant de la Deuxième Guerre mondiale est qui est cette invention historiquement unique, d’un équilibre sans hégémonie entre 28 pays aujourd’hui, est en train de s’effriter, de se déliter sous les coups de boutoir des égoïsmes nationaux qu’ils soient économiques, moraux ou sociétaux. Parce que notre modèle social est en train aussi lui aussi de se fissurer après 35 ans de chômage de masse, alors qu’au moment où nous nous parlons un quart de nos jeunes n’ont pas d’emploi, la moitié dans certains quartiers, parce que nous sommes en train de vivre une grande transformation démocratique dont vous êtes le témoignage positif, mais qui est cette lassitude qui s'est installée, cette fatigue qui se traduit parfois par la colère, celle qui conduit à aller vers certains extrêmes ; et d'autres fois par l’engagement citoyen positif, le vôtre qui consiste à essayer de changer en faisant différemment, en agissant, en donnant l'exemple, en s’engageant.

Alors pour affronter ce moment, pour relever ces grandes transformations, il faut l'optimisme de la volonté, et c’est cela qui doit nous caractériser, et non pas un optimisme béat, pas une forme de naïveté qui n’aurait pas court. Mais il ne faut pas considérer que les seuls lucides seraient les brutaux, seraient les agressifs, seraient celles et ceux qui ne répondent qu’en divisant le pays ou qu’en proposant moins de droits sociaux, plus de fermeture. La lucidité, nous devons l’avoir en regardant le réel en nommant la réalité de cette transformation à l’œuvre, leur violence, ce qu’elles impliquent de refondation profonde. Mais en même temps avec une volonté chevillée au corps, celle de relever ce défi ensemble, dans notre diversité, avec tous les visages que je vois dans cette salle avec des voix différentes, des convictions parfois différentes mais une même volonté à l'œuvre, la nôtre ! Celle de notre pays, celle qui l’a toujours fait, c’est ça l’optimisme de la volonté que nous devons porter.

Parce que je le disais, le moment que nous sommes en train de vivre est historique et unique, s’il n’y avait que ces grandes transformations à l’œuvre nous n’aurions, de manière pacifique et sereine, qu’une nouvelle Renaissance à inventer, ce n'est déjà pas rien, mais en plus de tout cela il y a la peur qui rôde, il y a le risque démocratique qui nous tenaille. Catherine l'évoquait dans son propos tout à l’heure, pour beaucoup d’entre vous dans cette salle le dernier choc démocratique, ce fut le 21 avril 2002. Moi je m’en souviens, je m’en souviens très bien, je me souviens de celles et ceux qui sont allés voter encore groggys, résignés, pour la République, pas pour un choix, pas pour un candidat qui était le leur, mais pour éviter un drame qu’ils n’avaient pas vu venir, une vague que personne n’avait anticipée, le visage de la haine qui progressivement en hologramme commençait à figurer sur le drapeau français. Vous vous rappelez de ce cauchemar. Moi je m’en souviens très bien. Mais qu’est-ce qu’il s’est passé depuis ?

Rien. Rien.

On a fait comme avant. On a continué à s’organiser comme avant. Alors oui, on a beaucoup utilisé le FN pour faire peur. On a beaucoup condamné les électeurs du Front national en leur faisant la morale. Et chaque jour que les dirigeants politiques ont fait cela, ils ont fait grandir le Front national, ne comprenant pas que celles et ceux qui se tournaient vers ce parti, se tournaient par colère, par ressentiment, par volonté de voir autre chose pour leur pays, parce qu’ils avaient le sentiment que les partis politiques ne leur parlaient plus, n'agissaient plus pour eux, étaient tournés vers une comédie humaine, un entre soi, mais plus vers leur quotidien.

Nous n’avons rien fait depuis le 21 avril 2002. Nous avons donné des leçons de morale au pays, nous n’avons tiré aucune leçon pour nous-mêmes. C’est cela le défi qui est le nôtre aujourd’hui. Et moi je ne veux pas, je ne peux pas accepter que dans mon pays les symboles de notre histoire commune puissent diviser notre société parce qu’on les a laissés en quelque sorte se faire prendre par le Front national. Je ne veux pas que certaines idées de bon sens, que certains territoires entiers qui sont les nôtres, parfois ceux où nous avons grandi, nous les laissions prendre par une forme de discours de bon sens qui est aujourd’hui parfois celui du Front national, je ne veux pas dans mon pays, qu’une colère qui est parfois justifiée devienne le monopole d’un parti qui salit la République et qui est le Front national.

Parce qu’est-ce qu'il se passe depuis le 21 avril 2002 ? Nous avons d’une part les somnambules ; celles et ceux qui continuent à marcher dans la nuit, qui parlent dans le vide, ne voient rien de ce qu’il se passe autour d’eux, et puis de l’autre les cyniques, qui savent et qui s'accommodent de cette vilaine affaire, qui cherchent à qui saura le mieux en tirer parti, qui se disent : “Au fond, ces élections présidentielles, ce n’est pas si compliqué, il suffit d’arriver second au deuxième tour, et puis la messe est dite.” Et ce faisant, chaque jour est nourrit un peu plus le Front national, et puis dans cette bataille, maintenant, il y a les engagé(e)s, celles et ceux qui doivent prendre la relève, qui ne doivent rien accepter ni des cyniques, ni des somnambules, et les engagé(e)s c’est vous !

Mais qu’est ce que cela veut dire ? Que nous nous n’avons pas le droit à l'ambiguïté, aux trahisons, aux fausses promesses. Si nous voulons être les engagé(e)s il faut d’abord partir du réel, de ce que vivent nos concitoyens, et pas de ce qu'on se représente de leur vie. C’est ce que vous avez fait depuis le 6 avril dernier, c’est ce qui a construit ce mouvement, cet engagement de femmes et d’hommes qui ont décidé de donner leur temps pour faire, pour changer les choses. C’est cet engagement qui nous a conduit à frapper aux portes pour entendre, ce qu’on ne faisait plus, pour comprendre, pour écouter parfois la colère et le ressentiment, mais pour partir du réel. C’est ce qui nous a ensuite conduits pendant de longs mois à construire notre socle, notre base commune, cette base idéologique. Oui, osons ce gros mot que plus personne ne manie. C’est-à-dire nos valeurs, nos idées communes, ce qui fait que dans cette salle aujourd’hui tout le monde partage ces mêmes valeurs. Nous avons des différences, c’est notre richesse, il faut la protéger. Nous avons des désaccords c’est sûr, si vous ne les voyez pas nous les découvrirons avec le temps. Mais au moins, sur les grands sujets qui font le pays aujourd'hui le rapport à la production, et une société de l’innovation numérique et environnementale, le rapport aux inégalités contemporaines, qu’elles soient géographiques ou sociales, le rapport à l'école et à sa transmission. Le rapport à la culture, le rapport à un Etat de droit, à une société ouverte dans le risque absolu et sécuritaire dans lequel nous vivons, le rapport à l’Europe. Sur tous ces sujets nous sommes clairs, nous avons un même socle de valeurs, nous avons au fond ce qui fait un engagement politique, c’est-à-dire le même regard, c'est cela notre force parce que lorsque je regarde de part et d’autre de l'échiquier politique, qui a cette cohérence ? Alors oui, on me dit il y a des propositions, c’est formidable il y a des programmes. Mais il y a des propositions de qui ? De quoi ? D’où ? Des propositions de femmes et d’hommes qui dans un même parti ne partagent rien de de la vision sur l'État de droit, ou le rapport à l’islam et la laïcité. Rien sur le rapport à la transformation économique et sociale. Rien sur l’Europe ; des socialistes aux républicains en allant jusqu’au Front national. Cette incohérence idéologique, cette profonde divergence de regard sur ce qu’est le pays, c’est cela aujourd'hui ce qui est en train de faire effondrer notre vie démocratique, c’est cela qui nourrit chaque jour ce sentiment de trahison pour nos concitoyens, et qui fait que demain, un républicain d’un camp se sentira trahi par le républicain d’un autre, immanquablement, comme le socialiste d’hier s’est parfois senti trahi par le gouvernement actuel. Parce que ce système est devenu fou, parce que les partis n’ont plus renouvelé leur idéologie, leur organisation, leur vision du monde, et ce faisant se sont perdus dans des jeux d'appareil dont les primaires sont devenues la quintessence. Se mettre d‘accord pour préserver le parti, les intérêts, la capacité de gagner, mais ce faisant, trahissant chaque jour, rendant impossible l’exercice du gouvernement le lendemain. C’est ce qu’il s’est passé là, pendant dix ans sous nos yeux. Alors oui, nous ne devons rien céder à cela, rien céder à ces manœuvres à ce cynisme à l’œuvre et défendre cet optimisme de la volonté dont je parlais, parce que depuis deux ans maintenant, tous les pronostics placent Madame LE PEN en tête du premier tour de l’élection présidentielle, et tout le monde s'en est accommodé, en considérant qu’on allait jouer dans ce jeu, qu’on allait avancer avec cela. Il y aurait donc demain, si nous nous résignons à ce scénario, des millions de femmes et d’hommes qui sont aujourd'hui dans des partis politiques ou qui n’y sont pas, qui iront se résigner, subir une espèce de choix qui n’est qu’un choix du refus, qui n'est qu'un choix du moindre mal, qui n'est qu’un choix, déjà, de renonciation. Mais quand tant de défis sont à l’œuvre, quand une transformation de cette force est entrain de toucher notre pays, vous imaginez une seconde la responsabilité qui est la nôtre ? Vous imaginez une seconde le rôle historique qui est le nôtre de ne pas laisser faire ça ? C’est-à-dire de considérer que oui, aujourd'hui, parce que la France c’est une volonté, parce que la France c’est un projet, parce que la France ce n’est ni un repli sur soi, ni une identité fantasmée ni une idée vague, parce que la France c’est une espérance, nous devons nous battre, nous devons la défendre !

Aucun démocrate ne peut accepter d’être pris en otage d’une élection tronquée, amputée d’un tour. Aucun démocrate ne peut accepter de voir ainsi son consentement contraint, sa liberté de choix anéantie. Aucun républicain ne peut accepter, encore moins s'habituer à la présence d’un candidat d'extrême droite au deuxième tour à chaque élection présidentielle. Et oui je vous le dis, nous ne devons pas considérer comme une fatalité la présence du Front national au deuxième tour de l'élection présidentielle, nous devons considérer comme un devoir, une exigence, une volonté pour nous d’être là, de nous battre, de proposer et d’avancer.

Alors, pour gagner ce combat, depuis sept mois, nous avons avancé. Vous avez travaillé, nous avons travaillé et maintenant, vous en êtes la preuve vivante, le témoignage ici, ces engagé(e)s que vous êtes, sont là et peuvent livrer ce combat de l'espérance. L’armée, elle est partout dans les territoires, et elle est là aujourd’hui dans cette salle, prête à y aller. Parce que, depuis tant de mois qu’avons-nous fait ? Nous avons convaincu, nous avons recruté, nous avons grandi, nous sommes aujourd'hui plus de 92 000. Cette force de la vraie alternative qui ne veut pas se résoudre à l’alternance. Vous êtes ces délégués ; ce secrétaire général que je remercie encore, ces référents départementaux et ces plus de 1800 comités locaux qui sont l'armature, la nef de ces trois mâts que nous avons maintenant mis à la mer, prêts à partir la conquête. Cela, nous l’avons fait en un peu plus de sept mois. Alors j’en ai beaucoup entendu durant ces sept mois. Beaucoup entendu. Tout cela était une aventure solitaire. Je veux solennellement cet après-midi vous remercier d’accompagner ma solitude. Au fond, ce n'était qu’une espèce de mouvement caché, numérique, je vous remercie d'être des hologrammes si enthousiastes. Parce que vous êtes aujourd'hui les visages, les présences de cette France silencieuse, de cette France qui ne se retrouve plus dans les faux clivages, dans les jeux d’appareil, dans les approximations. Vous êtes, avec la diversité infinie que je vois dans la salle, d’âges, de visages, de couleurs, de sexes. Vous êtes la France. Ce n’est pas un concept la France : c’est là. Et je vous en remercie. Et cette organisation, cette force politique, ces 1800 comités locaux que nous avons voulu libres, partant du territoire et s’organisant eux-mêmes, prenant les initiatives, montrant l’exemple, c’est cela notre force. Parce que oui, la vie politique française s’était habituée au caporalisme. Parce que quand on n’a plus d’idées, on caporalise. Eh bien je vais vous rassurer, parce que nous avons des valeurs, des idées communes, une vision commune pour le pays. Moi je demande que vous ayez la plus grande liberté, liberté de ton, la plus grande divergence, parce que nous allons faire ensemble, nous prendrons des choix, mais nous avons besoin de cette variété extrême, de cette liberté extrême, parce qu’elle nous nourrit chaque jour. Ces référents départementaux que vous êtes, ces 1800 comités locaux, les 92 000 engagés que nous sommes, c’est cela cette force indispensable pour répondre à notre défi. Alors j’entends encore ces derniers jours certains dire : “En Marche, c’est une coquille vide. Il n’y a personne.” Êtes-vous prêts à les faire mentir ?

“Oui” dans la salle

Êtes-vous prêts à leur prouver chaque jour que cela n’est pas vrai ? “Oui” dans la salle

Alors ce que j’attends de vous c’est qu’à partir de maintenant, chaque jour, parce que c’est aujourd’hui le moment du sursaut, le moment de ce défi, que chaque jour, dans vos territoires, vous alliez convaincre, vous alliez conquérir, vous alliez gagner un homme, une femme, une conviction, une énergie sur cette vision, cet optimisme de la volonté pour le pays, parce que cela commence maintenant et cela ne s’arrêtera plus !

Parce que ce que nous sommes, ce que nous sommes c’est une même génération, c’est une génération qui recouvre tous les âges. Mais cette génération, c’est celle qui traverse le pays aujourd’hui, celle qui vit de tous âges et dans ses différences, les mêmes difficultés héritées du passé.

Et notre deuxième force, ça n’est pas simplement ces visages, cette énergie. C’est notre sincérité et notre cohérence. Celle-là personne ne nous l'enlèvera. Parce que de cette sincérité et de cette cohérence, procède notre capacité à porter un projet pour notre pays. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Face à ces défis, dans cette société devenue une société de statut, nous, nous croyons à la société du choix, à la société de la mobilité, à celle qui permet à chacune et chacun de choisir sa vie, c’est-à-dire cette société où nous redonnerons de l’agilité dans l’entreprise, mais en même temps plus de justice sociale. Un dialogue social au bon niveau, une société où les grands risques seront couverts pour toutes et tous, quels que soient leur statut, leur situation, qui cassera avec ce passé, avec cette situation actuelle de notre pays où selon, votre statut, votre entreprise, votre catégorie vous n'êtes pas protégés des mêmes risques, vous n’avez pas les mêmes chances, le même destin. Parce nous nous croyons, non pas à la brutalité des inégalités contemporaines, mais pas plus à un égalitarisme qui étouffe l'initiative, mais à une égalité des choix, une égalité des opportunités, à un projet d'émancipation qui remet l'école et la formation tout au long de la vie au cœur de notre défi. Parce que nous croyons dans un pays où le risque et l'innovation permettent de transformer profondément les choses, où l'initiative locale, sur le terrain, l’exemple donné par celles et ceux qui sont maires, présidents de région ou de département, d’entreprises, d’associations. Il y a sur le territoire des réponses à tous nos problèmes. Elles sont dans cette énergie, dans cette initiative, dans cette volonté de faire, qu’il faut aussi savoir libérer parce qu’elle est celle qui réinventera le contenu contemporain de nos services publics, c’est-à-dire la véritable initiative au service de tous, de l'intérêt général, celle qui permettra de donner dans ce monde d'accélération une place à chacun, celle qui peut être la sienne et celle que nous lui devons. Parce que nous croyons à une nation ouverte qui peut surmonter les défis historiques qu’elle a à vivre, la brutalité de nos temps, la violence terroriste en se défendant de manière intraitable grâce à ses forces de l'ordre et ses forces de sécurité. Et je veux avoir ici, avec vous une pensée pour notre soldat mort au Mali parce qu’il est tombé en portant les couleurs de la France, parce qu’il est tombé en portant les valeurs de la France. Ce soldat, c’est la France.

Mais face à ces risques nous croyons en une nation ouverte, qui réconcilie avec exigence, au nom même de ces valeurs, qui réconcilient l'ensemble de ces Français autour des mêmes projets, autour des mêmes perspectives. Parce que oui, c’est bien quand on a quelque chose à proposer ; lorsque l’on est au rendez-vous de la mobilité sociale, de l'éducation de la justice territoriale, de l'égalité entre les quartiers, que l’on peut prétendre demander à chacune et chacun de porter ce même projet : une nation exigeante mais en même temps ouverte et généreuse. Parce que cette nation ne se redressera pas à coups simplement d’interdits. Elle ne se redressera pas à coups de division. Elle ne se redressera pas à coups de guerres civiles.

Parce que nous croyons enfin que la place de la France c’est de réussir dans l’Europe, de réussir sa transformation écologique et environnementale avec les territoires, grâce à l’innovation sur le terrain, et les transformations de comportement, de production, une économie circulaire qui va profondément transformer, elle aussi, nos modes d’organisation mais parce que notre transition se fera aussi et surtout au niveau européen et parce que c’est dans l’Europe que nous nous protégerons vraiment des grands risques, des grandes transformations, c’est au niveau européen que nous porterons notre souveraineté numérique, environnementale et commerciale mais aussi de sécurité de nos territoires, c’est cela aussi notre vision pour la France.

Alors oui, c'est cela notre vision, et c’est sur cette vision, ce projet de société, ce projet d’une nation ouverte, que nous allons construire ce contrat de transformation avec le pays. Parce que ce que nous devons faire c'est bien transformer en profondeur la France avec les Français, non pas discuter d’une proposition, d’un énième ajustement de telle ou telle chose. Le sujet n’est plus là, le sujet n’est pas de savoir si la loi doit faire passer de 35 à 39h les heures de travail. Bon courage à celles et ceux qui veulent faire passer ces idées. Et s’ils pensent une seule seconde que dans une société en transformation radicale où le travail lui-même est en train de changer de nature, où les bouleversements sont profonds, où des pans entiers de notre économie vont être amenés à se structurer quand d'autres se créeront. Si on pense qu’on est encore à défendre dans la loi le temps de travail, c’est qu’on n’a rien compris à ce qu’il se passait. Alors moi je ne rentrerai pas, n’en déplaise à certaines et certains, dans le cirque de la proposition changeable, ou plutôt de la proposition hebdomadaire, parce que vous avez compris que quand on proposait en politique maintenant, on devait alimenter le moloch chaque semaine, donc il faut chaque semaine proposer de nouvelles choses y compris sur ce qu’on a déjà proposé, y compris pour proposer le contraire, y compris lorsque qu’il y a un accident la semaine pour proposer l’inverse. Et bien le cirque de la proposition ça donne ensuite le gouvernement de l'anecdote ; ça ne permet pas de répondre aux défis du pays.

Donc nous allons ensemble, avec méthode, à partir de la deuxième partie du mois de novembre, décliner ce contrat de transformation avec quelques solutions claires et fortes qui permettront de refonder notre organisation collective, ce sera cela ce contrat de transformation. Quand je parle de contrat, c’est qu’au cœur du travail qu’est le nôtre, l’une de nos tâches et peut-être la plus importante, c’est de savoir assigner la responsabilité. Le temps où l’on pouvait penser qu’un homme ou une femme pouvait être responsable de tout, les bonnes comme les mauvaises choses, il faut enfin dire que c'était un mensonge ou un mirage, c'est fini, ça n’existe pas. Pas plus qu’un homme ne peut soudainement inverser la courbe du chômage, de la même façon ce n'est pas sa faute si elle ne s’inverse pas. Mais, le vrai problème, c’est de pouvoir considérer un instant que c'est la responsabilité d’un homme politique de le faire, c'est cela le vrai problème. Et donc le contrat de transformation que nous devons passer pour le pays consiste à définir les responsabilités véritables : qui doit faire quoi à chaque niveau, chacune et chacun dans son rôle, quelle est la place de l'Etat, la place des collectivités territoriales qui est fondamentale, la place des acteurs de la transformation du pays, que sont aussi les fonctionnaires sur le territoire et à qui il faut refaire confiance, à qui il faut redonner des marges de manœuvre. La place des entreprises, la places des associations, la place des citoyens. Cette transformation ne se fera que dans un grand contrat de dévolution de notre propre force. C’est cela aussi que nous devons penser ensemble. C’est cela notre responsabilité.

Alors enfin, vous l’avez compris, ce que j’attends de vous dans cette période c’est beaucoup. C’est beaucoup. Et c'est l’essentiel. C’est d’abord cette mobilisation de chaque jour, qui va consister à convaincre, à aller chercher les plus lointains, ceux que vous estimez parfois les plus perdus, à les entendre toujours, à écouter leur colère parce qu’elle dit quelque chose, et à expliquer notre vision, notre ambition, notre volonté. Ensuite, c’est de continuer à vous organiser partout sur le terrain pour faire ce contrat de transformation, faire remonter des idées, des propositions, mais aussi le faire vraiment en tant qu’acteur pour montrer que quelque chose est possible. C’est à dire aussi agir. Faire de la politique aujourd'hui, ce n'est pas venir dans une salle voter une motion déjà décidée, c'est terminé. C’est faire. C’est transformer les choses et c’est donc à vous sur le terrain, dans vos territoires, avec vos proches, d’essayer, d'expérimenter, de déjà commencer à transformer pour montrer que ça marche et ne pas seulement proposer des idées. Ce que j’attends ensuite de vous c’est de continuer à ramener des talents, des énergies, des volontés comme vous. Des talents qui prendront à leur tour des responsabilités, qui viendront à vos côtés monter des comité, qui peut-être demain voudront prendre des responsabilités politiques et être à leur tour élus. Car oui ce que nous voulons toutes et tous, c’est renouveler cette vie démocratique et cette vie politique, mais là aussi, il ne s’agit pas simplement de faire des lois avec des interdits qui barrent la route à certains qui faisaient bien leur métier sans jamais proposer des gens meilleurs parce qu’on propose finalement toujours les mêmes, ou des gens parfois un peu moins bons. La clé du renouvellement politique, elle est chez nous, elle n’est pas dans une réforme constitutionnelle. Elle n'est pas dans une réforme législative, elle est dans la capacité des mouvements politiques à proposer d’autres visages, à renouveler les engagements. Elle est là aussi positive, et c'est donc aussi votre travail dans les prochains mois d’aller chercher ces talents, ces énergies. Et moi j'ai un conseil, une recommandation pour vous : partout cherchez des gens plus intelligents, plus motivés, plus convaincants que vous. Parce que ce qui a tué la vie démocratique française ce n'est pas les lois, les règles : avec les mêmes règles, elle a su avoir une vraie vitalité. Ce sont les pratiques, et ce sont les pratiques de celles et ceux, qui pendant si longtemps ont mis tout leur talent à eux, à chasser celles et ceux qui pouvaient apparaître et leur prendre leur place. Donc je vous le dis, si nous croyons au renouvellement, à cette transformation, nous devons installer le mouvement dans la durée mais en considérant que notre engagement, à chacune et chacun d’entre nous, a toujours sa part d'éphémère. C'est l’humilité qui doit aller avec notre exigence. Donc si nous croyons vraiment à nos idées, si nous avons vraiment de l'ambition pour ce mouvement dans la durée et pour notre pays, nous avons un devoir moral, c’est qu’il vive mieux demain sans nous. Et donc chaque jour pensez aussi à cela.

Et puis enfin, j’attends de vous l'insolence et l’insoumission ! De toujours dire, de toujours essayer, de tenter et parfois de rater, parce que la contrepartie c’est qu’il y a ensuite des décisions qui sont prises. De toujours porter cette voix, de toujours porter une forme d'indignation, parce que c’est cela qui tient la démocratie, c’est cela qui tient la politique, c'est cela qui tient notre pays. De ne jamais accepter ce qu’on vous présente comme une fatalité, de ne jamais céder aux arguments de celles et ceux qui vous disent, arrange-toi avec ça, on le fera dans cinq ans, les autres ont attendu, c'est maintenant à nous d’attendre, mais on va se partager ce qui reste entre nous, c’est pas si grave, le pays verra. Ne vous accommodez de rien, ne vous habituez jamais à la médiocrité, ne perdez rien de votre enthousiasme, et de cette saine insoumission qui fait que vous êtes là aujourd’hui, cet après-midi, dans cette salle, parce que c’est notre vitalité.

Alors vous l’avez compris, maintenant que l'organisation est installée que vous vous êtes rassemblés, que vous vous êtes parlé, connu, rencontré les unes et les autres. Maintenant à vous de faire partout sans relâche. Les prochaines semaines, les prochains mois seront intenses. Ce seront ceux d‘une bataille, pas une bataille contre l’un ou l’autre mais d’une bataille pour notre projet partout, d’une bataille contre la peur et la fatalité. Ce seront des semaines et des mois éreintants, des mois de combats, et pour cela j’ai besoin de vous.

C’est ce que je voulais vous dire cet après-midi. C’est le sursaut, aujourd’hui, le vrai sursaut démocratique que nous devons porter partout sur notre territoire, pour faire mentir les cyniques, pour réveiller les somnambules, et pour barrer le passage à celles et ceux qui portent la haine et la honte de la France !

Alors oui, à partir d'aujourd'hui je compte sur vous, vous l’avez compris, parce que vous toutes et tous qui êtes là, vous êtes les engagés, celles et ceux dont le pays a besoin, et vous pouvez compter sur moi, parce qu'à vos côtés dans les prochaines semaines et les prochains mois, je serai aussi pleinement engagé.

Vive la République et vive la France !