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Climat... et si l’Europe changeait d’échelle ?

25 avril 2018 - Alors que notre mouvement consulte les citoyens sur l’Europe, les questions environnementales et climatiques sont récurrentes. Comment avancer alors que certains pensent que beaucoup a déjà été fait ?

« Lorsqu’il s’agit du climat, il y a une responsabilité absolue qui incombe aux dirigeants politiques, c’est de dire la vérité. (…) d’abord, parce que cela nous engage non seulement nous-mêmes, mais toutes celles et tous ceux qui auront à nous suivre, et ensuite parce que nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas. » déclarait le président Emmanuel Macron, à Bruxelles le 22 mars, devant la Commission européenne. Les dernières études publiées fin 2017 montrent que la planète est sur une trajectoire de réchauffement à + 3,5°C, bien au-dessus de l’objectif fixé par l’Accord de Paris en 2015 de limitation à + 2°C, voire + 1.5°C. C’est un scénario très menaçant pour nos écosystèmes, notre santé et nos équilibres géopolitiques (du fait notamment d’importantes vagues de déplacés climatiques).

Si beaucoup a déjà été fait au niveau européen en matière de lutte contre le changement climatique, nous ne pouvons pas détourner le regard et nous contenter de prolonger les mesures déjà prises.

Nous renoncerions alors à notre promesse de bâtir « une Europe qui protège ». Il convient donc, sur ce sujet, de « changer d’échelle », comme nous y enjoignait le Président le 22 mars et dans son discours au Parlement européen le 17 avril. Même si les Européens souhaitent une intervention accrue de l’UE sur les questions climatiques, l’Europe reste pourtant divisée sur ces sujets. Comment avancer alors ?

Fixer le cap à long terme

Pour éviter que les Vingt Huit rejouent à chaque négociation sur le climat leurs divisions, il convient d’abord de doter l’UE d’une vision de long terme structurante en matière de transition écologique.

Cette vision du monde que nous voulons léguer aux générations futures est indispensable pour mettre l’ensemble des acteurs économiques en ordre de marche. Et seuls des objectifs ambitieux peuvent permettre de créer les ruptures technologiques et économiques nécessaires pour assurer la transition écologique.

Les Etats membres devraient se doter d’une nouvelle feuille de route climat à horizon 2050 pour établir des scénarios de neutralité carbone. De ce point de vue, les résultats obtenus au dernier Conseil européen permettent de franchir une étape importante.

Cet objectif de long terme devra être mis en cohérence avec toutes les autres politiques de l’UE et notamment en matière d’énergie et de transport à horizon 2030, ses financements et sa politique commerciale afin de maintenir la compétitivité des entreprises européennes.

En matière de transition énergétique, le Gouvernement français porte déjà des objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique et l’une des propositions phares du président de la République : le relèvement significatif du prix du carbone, notamment dans le secteur de l’électricité, afin de créer une incitation à la fermeture des centrales les plus polluantes, comme les centrales à charbon.

Tout ceci doit nous permettre de rendre possible une révision à la hausse de l’engagement de l’Union européenne de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre pour 2030 pris à la COP 21 et créer un effet d’entraînement au niveau mondial.

Nous voulons une économie verte en Europe

Ce qui freine certains Etats européens, c’est également la perception que « plus d’ambition climatique » signifie « plus de contraintes » pour leurs entreprises et donc leur développement économique. Il convient donc d’intégrer la politique environnementale dans une politique industrielle digne de ce nom.

Pour ce faire l’UE pourrait choisir 2 ou 3 secteurs stratégiques sur lesquels renforcer la compétitivité européenne et investir massivement dans l’innovation technologique pour la croissance verte, la transformation des territoires et du tissu économique. Pour mettre l’Europe sur la trajectoire + 2°C maximum, ce sont en effet plus de 180 milliards d’euros d’investissements supplémentaires qui sont nécessaires chaque année jusqu’en 2030. Cette masse d’investissements pourrait créer des millions d’emplois partout en Europe.

Dans le domaine des financements publics, au-delà du « verdissement » du budget européen, un fonds « vert », sur le même modèle que le fonds Juncker, alimenté par une part du budget européen et des financements publics nationaux pourrait permettre de mobiliser des garanties nécessaires au financement de ce type de projets, qui ne sont rentables qu’à long terme.

Dans le domaine des financements privés, les outils permettant de réorienter les capitaux privés vers l’économie bas carbone et redonner ainsi du sens à la finance pour les épargnants européens, sont désormais connus. Il s’agit, avant tout, de faire la transparence sur l’exposition aux risques climatiques des portefeuilles financiers pour que les investisseurs fassent leur choix en connaissance de cause. Il s’agit également d’alléger la contrainte prudentielle des institutions financières qui intègrent le risque climatique et s’engagent à réduire leurs investissements dans les secteurs très émetteurs de CO2. Si la Commission est convaincue du bien-fondé de ces propositions, il lui revient désormais de convaincre tous nos partenaires européens.

Enfin, pour éviter que les objectifs environnementaux ne pèsent sur la compétitivité des producteurs européens, conformément au message du président Macron à Davos, le 26 janvier 2018 et encore à Bruxelles le 22 mars, il faut intégrer de façon plus volontariste le développement durable dans les accords commerciaux de l’Union européenne avec des pays tiers.

Pour réellement éviter le « dumping environnemental », nous devons remettre sur le métier la proposition de taxe carbone aux frontières, en expliquant à nos partenaires européens que le contexte commercial a changé, que les effets de rétorsion peuvent être contournés si cette taxe est ciblée uniquement sur les pays qui n’ont pas le même niveau d’exigence climatique que l’UE et en commençant par les secteurs les plus exposés (comme le ciment, l’acier ou l’aluminium). Les revenus de la mise aux enchères des permis d’émissions de CO2 pourraient également être utilisés pour financer des projets de reconversion industrielle bas carbone.

Qui dit stratégie environnementale dit participation citoyenne

Enfin si l’on veut recréer l’unité européenne sur les questions environnementales, nous avons besoin de remettre les citoyens au cœur de l’élaboration de cette feuille de route.

Le manque de lisibilité des politiques communes en matière de climat, d’énergie, la qualité de l’air, ou le peu de prise en compte des questions climatiques dans les accords commerciaux ont suscité une méfiance vis-à-vis des institutions européennes.

Pour assurer une meilleure implication de l’ensemble des parties prenantes, des conventions sociales et environnementales de branche réunissant syndicats, fédérations professionnelles, entreprises, ONG environnementales et régulateurs européens pourraient être constituées.

Ces conventions auraient pour objectif d’élaborer des feuilles de route stratégiques pour chaque secteur. Celles-ci intégreraient enjeux industriels et commerciaux, convergence sociale et réglementation environnementale afin de proposer une stratégie industrielle pour l’Europe d’ici 2020. Les comités d’experts de branche, qui existent déjà, pourraient être renforcés et l’action du Comité économique et social européen, rénovée.

Sur tous ces axes, le gouvernement est fortement mobilisé et l’ambition française crée une nouvelle dynamique en Europe.

Les consultations citoyennes qui se sont ouvertes le 17 avril en France et dans 26 autres Etats membres, ainsi que la Grande Marche pour l’Europe, fournissent de ce point de vue une formidable occasion pour entrer en profondeur dans ce débat.

Tribune de Nathalie LHAYANI - Marcheuse (92)