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Europe : 6 mois après, on fait le bilan

24 janvier 2018 - Tribune du Groupe de Travail - Europe

Inouï ! Nous n’étions plus habitués à voir le drapeau européen brandi fièrement lors des campagnes présidentielles ni, non plus, à entendre applaudir le projet européen dans des réunions publiques. Nous nous étions plutôt résignés à assister à sa prise en otage par les mouvements populistes eurosceptiques comme par les partis traditionnels qui, les premiers par leurs vociférations à l’emporte-pièce, et les seconds par leur discrétion cynique voire leur silence complice, en dénigrent les failles réelles ou fantasmées, et en ont fait le principal bouc-émissaire des incuries du passé.
Certes, particulièrement depuis la crise économique et financière, les institutions européennes dont les Etats eux-mêmes constituent deux branches aujourd’hui les plus puissantes (Conseil européen et conseil des ministres de l’Union européenne), semblaient parfois s’être fourvoyées dans ce qui leur est le plus fréquemment reproché : les interminables débats d’experts anonymes et sans vision ; les décisions éloignées des préoccupations concrètes des citoyens ; la passion pour un juridisme exacerbé dont les raffinements successifs, de traité en traité, ne serviraient qu’à avancer masqué, à l’abri de la volonté populaire ; les acronymes nébuleux comme autant de marqueurs d’une gouvernance devenue inintelligible, et les décevantes déclarations de sommets de la dernière chance dont les consensus faibles ne débouchent sur aucune mesure à la hauteur des défis du nouveau siècle. Cette décennie d’errements et de doutes a atteint son acmé avec la regrettable décision des Britanniques de quitter l’Union européenne.

Et pourtant, par son choix historique de mai dernier, le peuple français a repoussé la cohorte des passions tristes du souverainisme de repli et du nationalisme, en donnant une impulsion démocratique puissante pour la refondation du projet européen. A la tâche, depuis six mois et le soir de son élection au cours duquel l’hymne européen résonna dans la cour du Louvre et fit irruption sur les écrans des Françaises et des Français, le Président de la République française installe une géographie politique nouvelle qui surmonte le clivage classique entre europhiles et europhobes au bénéfice d’une Europe démocratique et pragmatique qui agit mieux là où les citoyens attendent des résultats. C’est le défi des réformistes de déjouer la peur et la défiance et de retrouver un esprit pionnier, pour faire du projet européen un plébiscite de tous les jours. L’Europe, encore jeune, est en construction et doit être consolidée et modernisée sans naïveté, ni angélisme.

Dans cette optique, Emmanuel Macron mène une action déterminée avec le Gouvernement pour une Europe souveraine, protectrice, unie qui témoigne chaque jour de son utilité et défende ses valeurs dans la mondialisation contemporaine.

Concrètement, le Président de la République s’est immédiatement attelé avec le Gouvernement à améliorer des dispositifs imparfaits sur lequel nos concitoyens attendent des résultats rapides, visibles, tangibles comme en matière d’encadrement du travail détaché. Il fallait réformer ces règles urgemment pour éviter que les citoyens européens ne se fassent concurrence entre eux au détriment de tous. Le résultat au terme d’un exercice de conviction sans précédent auprès de tous nos partenaires, c’est une amélioration importante de la directive avec un alignement des rémunérations des travailleurs détachés sur celles des salariés nationaux et l’augmentation des contrôles pour éviter les fraudes.

L’autre sujet sur lequel la France a fait entendre sa voix et obtenu des résultats depuis six mois, c’est celui de la protection des consommateurs et de la préservation de l’environnement. Le Gouvernement français s’est clairement opposé à la proposition de la Commission européenne de reconduire l’autorisation du glyphosate pour 10 ans. Grâce à son action avec l’appui de nos alliés, la reconduction de l’autorisation a été réduite à 5 ans ce qui est une nette amélioration, même si, à cause du revirement du représentant allemand lors du vote, elle est plus longue que la période de 3 ans que choisira la France au plan national. Au-delà, et ce malgré le retrait américain, Emmanuel Macron a affirmé le leadership européen sur le changement climatique et le respect des engagements de la COP 21.

Par ailleurs, face au double défi associé au désengagement des Etats-Unis et au risque terroriste, l’Europe a enfin pris conscience de la nécessité d’agir collectivement pour notre sécurité. Elle doit être notre bouclier. L’initiative prise en juin 2017, à l’instigation de la France en particulier, de lancer une initiative de défense commune est historique, il faut lui donner corps le plus vite possible.

Enfin, dans le domaine de la coopération de l’UE avec le continent africain, le Président a fait preuve d’une réactivité sans précédent en mettant toutes les parties prenantes autour de la table pour organiser le retour de migrants piégés en Libye et menacés par la résurgence dramatique de nouvelles formes d’esclavage.

Au-delà de ces avancées concrètes et rapides pour une Europe qui protège dans toutes ses dimensions, le Président de la République a dessiné dans son discours de la Sorbonne du 26 septembre 2017 la perspective d’une Europe profondément rénovée, unie et démocratique. Au cœur de cette volonté, il y a la conviction que l’Europe est le bon échelon pour assurer notre souveraineté réelle, c'est-à-dire notre capacité à peser sur le cours des choses face aux grandes transformations (écologique, numérique, énergétique, etc.) dans le monde d'aujourd'hui et d'y défendre cet équilibre spécifique dans la mondialisation fondé sur la liberté individuelle, la protection collective et la diversité culturelle.

Pour tirer les enseignements de la dernière crise des dettes souveraines, Emmanuel Macron a aussi proposé de renforcer les liens entre les États membres qui partagent la même monnaie, l’Euro, en créant un poste de ministre des finances de la zone euro et en la dotant d’un budget propre. L’Europe doit aussi repenser ses politiques traditionnelles, comme par exemple la politique agricole commune qui ne donne pas entière satisfaction à ses premiers bénéficiaires, les agriculteurs.

Ce programme ambitieux ne se fera pas sans nos partenaires, en particulier l’Allemagne ; il ne se fera pas en un jour ni au même rythme pour l’ensemble des 27 ; mais surtout, il ne se fera pas sans les citoyens européens tant les forces centrifuges – pensons à la présence des forces populistes ou nationalistes au pouvoir dans plusieurs Etats européens – sont loin d’être émoussées. C’est la raison pour laquelle Emmanuel Macron a souhaité lancer des consultations citoyennes européennes au cours de l’année 2018 et que le mouvement y participera en lançant une Grande Marche pour l’Europe, qui permettra d’entendre l’avis de tous pour définir ensemble la société européenne que nous voulons pour demain.

2017 fut l’année du basculement et celle de la pose des premières pierres des chantiers à mener en France et en Europe au cours des prochaines années. Nous avons maintenant un cap, une Europe qui protège plus efficace, nous avons une méthode, l’élaboration conjointe démocratique et inclusive, il ne reste plus qu’à nous en emparer, à la République en Marche et partout dans le pays, pour faire entendre nos voix et rendre ces propositions réelles afin d’améliorer la vie de tous nos concitoyens européens.