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Il nous faut une dynamique franco-allemande pour l’Europe du numérique !

30 mars 2018 - Pour peser face aux GAFA et BATX, pour offrir un grand marché à nos entreprises et saisir toutes les opportunités de la transformation digitale, nous avons besoin d’une Europe du numérique.

« Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que de changer le pansement ». Si cette formule de Francis Blanche prête à sourire, il n’en reste pas moins qu’en matière numérique, la question du changement demeure très sérieuse.

Alors que les Etats-Unis et la Chine donnent le tempo de l’innovation et assoient de façon implacable leur hégémonie technologique et commerciale, le vieux continent, l’Europe, semble impuissante à rivaliser.

Un chiffre illustre parfaitement notre retard en la matière : parmi les 10 premières capitalisations des géants de l’Internet, six sont américaines et quatre sont chinoises.

L’Europe du numérique, une nécessité pour peser sur le cours de la mondialisation

La valeur de ces entreprises ne se résument à leur valeur économique : elles ont une valeur stratégique pour les Etats. Les GAFA ou les BATX, pour ne citer qu’elles, ne sauraient être regardées comme de simples sources de revenus ; elles constituent également des outils de puissance politique, culturelle et économique.

Si l’Europe veut être mesure, ne serait-ce que d’exister, et continuer à diffuser ses valeurs empreintes de modernité et d’humanisme, elle devra se doter, elle-aussi, de géants du numérique, aptes à concurrencer ses rivaux.

Fort heureusement, ses atouts sont nombreux. Formations d’excellence, infrastructures techniques, logistiques et financières nous permettent encore d’innover à haut niveau et dans la quasi-totalité des domaines.

Reste qu’isolées la France et l’Allemagne ne semblent pas en mesure de faire mûrir en leur sein des géants du net. Ainsi que Sigmar Gabriel le disait en 2016, alors ministre allemand de l’Economie : « en Allemagne comme en France, nous sommes bons pour créer des start-ups. Mais il nous manque le capital de croissance, quand elles veulent croître et partir à l’international. Il faut donc les aider à passer ces moments délicats. »

Une nouvelle alliance forte de nos deux pays est nécessaire pour faire émerger un marché commun du numérique. Lequel, fort de 150 millions de consommateurs, serait propice à l’émergence de « scale-up » (les sociétés à forte croissance) européennes.

Comment ? D’abord en réfléchissant à la mise en place de standards réglementaires franco-allemands autour des questions de fiscalité, de financement et de protection des données. Ensuite en s’unissant pour innover de manière compétitive et pertinente. Une telle alliance doit désormais s’imposer comme une priorité pour nos dirigeants si l’Europe veut remettre la main sur les données et algorithmes critiques de ses institutions et de ses citoyens et conserver un rôle moteur en matière de progrès social, de croissance et d’innovation technologique.

Créer une dynamique franco-allemande pour amorcer l’Europe du numérique

L’idée d’une alliance franco-allemande n’est pas nouvelle. De longue date, nos chefs d’Etat ont, pierre après pierre, contribué à la mise en place de coopérations renforcées dans des domaines variés mais toujours stratégiques. C’est à une impulsion donnée par le couple Konrad Adenauer – Robert Schuman que l’on doit par exemple le Traité instituant la communauté européenne du charbon et de l’acier (Traité de Paris signé le 18 avril 1951). Depuis, les initiatives de rapprochement entre les deux pays ont toujours perdurées.

Aujourd’hui, et c’est heureux, le couple Merkel - Macron a largement exprimé le souhait de faire perdurer cette alliance. Reste à espérer qu’ils aient tous deux pris la pleine mesure du caractère éminemment prioritaire de la question numérique.

Depuis la première conférence franco-allemande sur l’économie numérique qui s’est tenue à Paris en 2015, nos dirigeants ont annoncé la création d’un fonds d’un milliard d’euros destiné à soutenir la croissance de nos start-up. Une Académie franco-allemande de l’industrie du futur a même été lancée par l’institut Mines-Télécom et l’Université Technique de Munich.

Mais l’essentiel n’est pas encore réglé. Il faut poursuivre avec :

  • La réduction des freins à l’émergence de scale-up européennes,
  • Le développement de lieux d’innovation locale (fablabs, makerspace et hackerspace),
  • D’intenses investissement en capital-risque via la Bpifrance et KfW, mais aussi et surtout via des fonds privés,
  • Sans oublier la création d’un label garantissant la sécurité des données stockées.

Lancer l’Europe du numérique, enfin !

Comment ne pas évoquer également le rôle de l’Union Européenne qui, elle aussi, se doit de participer à l’émergence d’un marché européen du numérique ?

Selon le Parlement européen,une telle avancée ferait croître le PIB de l’Union de 415 à 500 milliards d’euros par ans. La Commission de Bruxelles a donc dévoilé ses priorités. Elle préconise :

  • Le renforcement de la sécurité des objets connectés par certification ;
  • La libre circulation transfrontalière des données à caractère non personnel ;
  • La création d’une agence de cybersécurité européenne ; et
  • Le respect de règle de concurrence pour les plateformes en ligne.

Enfin, la question de la fiscalité numérique devra elle aussi être abordée au niveau européen. Emmanuel Macron a eu raison d’évoquer le sujet épineux de la taxation des géants du numérique au cours du premier sommet européen numérique de Tallin dès septembre 2017 car la fiscalité d’Etats comme l’Irlande ou le Luxembourg rend l’harmonisation européenne encore difficile… même si des progrès semblent se dessiner avec la taxation du chiffre d’affaires des GAFA à hauteur de 2 % à 6 % comme le proposent Paris, Rome, Madrid et Berlin.

Tribune de Luc Bretones, Président de l’Institut G9+, think-tank pluriel et apolitique, au service du développement du Numérique en France