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Tribune - Richard Ferrand : La France est un Etat de droit.

1 mars 2017 - Déclaration de Richard Ferrand, Secrétaire Général d’En Marche !

La France est un Etat de droit.

Cela veut dire que chaque Française et chaque Français bénéficie à tout instant des droits et des protections garantis par la Constitution, par la loi et par ceux qui les mettent en œuvre.

Nous vivons dans un pays où la liberté prime, où l’arbitraire est banni, où l’ordre public est assuré par des fonctionnaires investis de la puissance publique. C’est une conquête historique. C’est notre fierté.

Chaque jour, des fonctionnaires oeuvrent pour que cette belle idée de l’Etat de droit soit une réalité pour nos concitoyens. Ce sont les magistrats, dont le métier est de dire la loi, de sanctionner les fautes, de faire exécuter les peines. Ce sont les policiers, qui préviennent, interviennent et sanctionnent, souvent au péril de leur vie. Ce sont les agents de l’Etat travaillant au service de l’intérêt général dans le respect de la neutralité et des règles de la République.

L’Etat de droit, c’est une fonction publique au service du seul intérêt général. Les fonctionnaires sont tenus au devoir de réserve. Ils bénéficient en retour de la garantie d’exercer leur métier sans intimidation ni pression. Les magistrats doivent pouvoir rendre la justice sans ingérence politique. La Constitution assigne au Président de la République la responsabilité de garantir l’indépendance de l’autorité judiciaire.

L’Etat de droit, ce sont aussi des contre-pouvoirs. C’est le droit, devant un tribunal, d’être défendu par un avocat. C’est la garantie du pluralisme des opinions et donc de la liberté de la presse. La vie démocratique est faite de débat et de controverses. C’est l’héritage de l’agora, toujours préférable à l’uniformité sinistre des dictatures.

Depuis plusieurs jours, l’Etat de droit est remis en cause par des candidats à l’élection présidentielle.

C’est tel candidat qui incrimine les magistrats en leur prêtant un agenda politique quand ils font simplement leur travail devant des situations qui posent question.

C’est telle candidate qui refuse de se rendre à une convocation de police judiciaire comme si elle était au-dessus des lois. Cette même candidate qui clamait qu’elle était par principe du côté de la police mais n’eut pas un mot pour les forces de l’ordre lorsque par deux fois ses affidés les chargèrent avec la dernière brutalité pour empêcher les sympathisants d’En Marche d’assister à la réunion publique de Toulon.

C’est ce même candidat qui fait siffler la presse à ses meetings et laisse certains de ses militants les plus radicaux se livrer à l’intimidation des journalistes.

C’est cette même candidate qui, à mots à peine couverts, menace de représailles si elle était élue les fonctionnaires accomplissant aujourd’hui leur devoir dans un sens qui lui déplaît, promettant ainsi de réintroduire le bon plaisir et l’arbitraire dans notre vie publique.

C’est ce candidat qui, vantant lui-même ses qualités de sang-froid qui le qualifieraient pour tenir tête à Monsieur Trump ou Monsieur Poutine, perd son calme et emploie des mots outranciers dès qu’il est mis en cause : « coup d’Etat institutionnel », « quasi-guerre civile », « assassinat politique ». Quand les mots perdent leur sens, c’est qu’on perd ses nerfs.

Ce sont ces deux candidats, réunis soudain par leurs ennuis judiciaires, qui inventent la notion de « trêve judiciaire » et intiment à la justice l’ordre de cesser son action en période électorale. Cette notion, bien entendu, est conçue pour ne s’appliquer qu’à eux-mêmes. Au même moment, le candidat de la droite n’a pas de mots assez durs pour demander qu’on emprisonne des mineurs pour leurs forfaits ordinaires…

N’importe, nos deux candidats réclament une immunité lorsqu’ils sont aux responsabilités et une trêve lorsqu’ils sont en campagne. Quand exactement sont-ils assujettis à la justice ordinaire ? Non contents de conspuer la Justice, ils en inventent une à leur image : abusive, déviante, arbitraire.

Quelle est cette campagne où les candidats remettent en cause l’Etat de droit pour sauver leurs intérêts particuliers ? Qui sont ces candidats qui se font les zélateurs d’une police à deux vitesses et d’une justice à géométrie variable ? De quelle exemplarité feront preuve ces présidents une fois élus, si toute leur énergie sert à défaire l’édifice républicain ?

Dans une société française déjà fragilisée par de profonds blocages et grevée de doute, ces candidats ajoutent leur part de cynisme insupportable et de calcul personnel. Dans un monde où l’Etat de droit est devenu un bien précieux qu’il faut chaque jour garantir, ils s’aventurent à en contester les piliers. Dans une démocratie que les affaires affaiblissent et que les pratiques abusives ébranlent, ils ajoutent l’impudence à l’irresponsabilité. Ils perdent leurs nerfs et sont prêts, pour sauver leur tête, à ruiner les fondements notre République.

Ce n’est pas cela, la République que je souhaite. Ce n’est pas l’idée que nous nous faisons de la Présidence de la République. Le manque de solidité, de réserve, de contenance qu’ils démontrent est inquiétant de la part de deux candidats par ailleurs peu avares de rodomontades et de protestations de force. Mais dès que l’on touche à leurs intérêts, plus rien ne compte que leur sort personnel. Leur seul recours est de diligenter leurs

agents pour salir leurs rivaux et faire oublier leurs turpitudes.

Cette campagne n’est pas à la hauteur de ce à quoi les Français ont droit. Nous avons plus que jamais besoin de revenir aux sources de notre République, aux principes de justice qui la fondent. Nous avons besoin de rénover en profondeur la vie politique française pour ne plus permettre que le système profite à ceux qui le détournent.

Ce n’est pas cela non plus que méritent les 600 000 élus qui chaque jour se dévouent pour nos concitoyens sans en tirer aucun profit indu et sont pourtant victimes du mépris que provoquent les comportements et les propos inadmissibles d’une minorité. Ce dévouement, je veux ici le saluer.

Les propos et l’attitude de Monsieur Fillon et de Madame Le Pen appartiennent à une autre époque, celle où l’intérêt des clans primait l’intérêt des Français. Il est grand temps de sortir de cette époque et de proposer une offre politique nouvelle, faites de droits et de devoir, de liberté et de protection, faite surtout de justice et d’équité – ces principes aujourd’hui bafoués par ceux qui aspirent paradoxalement à en être les premiers garants.

Richard Ferrand