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L’Europe est responsable de la sécurité de ses habitants

2 février 2018 - Tribune de Guillaume Delabrosse, Quentin Gutierres et Marianne Escurat - Europe en Marche

Alors que le contexte géopolitique évolue, l’Union européenne doit se doter d’une doctrine et de forces communes pour mieux répondre aux menaces qui pèsent sur les Européens.

Au premier rang des protections, celle qui permet le plein exercice de nos libertés et la portée réelle de nos valeurs : la sécurité et la défense.



  • Le monde se réarme et les menaces sont lourdes

Le monde se réarme, c’est sans doute regrettable. Pour autant devrions-nous rester spectateurs de l’action de nos voisins quand nous entendons peser dans le concert des Nations et oeuvrer à la Paix ?

Durant la dernière décennie, la Chine a presque triplé son budget militaire tandis que la Russie doublait le sien. Pour 2018, les Etats-Unis ont voté une augmentation annuelle de 9% de leur budget de la défense, déjà le premier du monde.

Pendant ce temps, l'Union européenne, elle, continue son déclassement militaire. Avec nos partenaires européens, nous ne représentons que 15% de l'effort de défense mondial, contre plus de 20% il y a 10 ans. Après le retrait du Royaume-Uni, nous passerons collectivement au troisième rang des puissances militaires, derrière la Chine.

Ces tendances s’installent alors que les menaces - terroristes, électroniques (cyber-attaques), manoeuvres aux frontières - n'ont jamais autant pesé sur la France et sur l’espace européen ; alors que l’Union entend porter un message dans le Golfe ou co-construire l’avenir méditerranéen avec le Continent africain... Ainsi se doter d’une politique étrangère exige-t-il que nous opérions un rapprochement militaire en matière de défense et de renseignement.

  • La défense de l’Europe est la responsabilité des Européens
La défense de notre continent nous appartient. Le temps du parapluie américain est révolu. Depuis l’accession à la présidence de Trump confirme la réorientation stratégique amorcée par l’administration Obama : l’alliance transatlantique ne garantit plus la sécurité des Européens en toutes circonstances. Il y a urgence à agir.

Investir

Une véritable souveraineté européenne passera nécessairement par une capacité autonome de défense commune. Pour y parvenir, il est nécessaire que chaque Etat membre respecte - enfin - ses engagements budgétaires, pris de concert avec nos alliés, en portant à au moins 2 % du PIB ses dépenses en matière de défense.

Aligner

Dans le même temps, il est urgent que le couple franco-allemand prenne l’initiative d’un effort d'intégration sans précédent. Dans l’Europe post-Brexit, Paris et Berlin représenteront 50% de l'effort de défense européen. Dans ces conditions, il faut désormais établir une feuille de route franco-allemande permettant de définir un niveau d'ambition militaire et des intérêts stratégiques convergents.

Mutualiser

A terme, il nous faut intégrer plusieurs fonctions et commandements nationaux et faire en sorte que nos troupes puissent être engagées plus systématiquement ensemble sur le terrain. L’Union européenne compte 1,5 millions de soldats mais seulement 5.000 d’entre eux sont engagés sur des opérations menées conjointement, sous drapeau européen.

Investir dans le domaine de la défense reste coûteux et s’inscrit nécessairement dans le temps long. Si la hausse des budgets de défense est nécessaire, elle reste insuffisante. Nous dépensons collectivement 200 milliards d'euros par an pour la défense mais restons dépendants de pays tiers pour nos engagements extérieurs du fait d’un manque de mutualisation des investissements et de nos capacités militaires, source de doublons coûteux (estimés à 35 milliards d’euros).

L’Union souffre de la multiplicité de ses Etats-majors nationaux, quand ses troupes manquent souvent de moyens de projection et d’entraînement et que le matériel n’est pas suffisamment renouvelé

Allons-nous encore longtemps nous permettre le luxe d’employer nos soldats à réaliser, pour certains d’entre eux, les mêmes tâches que leurs homologues d’un autre Etat membre ?

  • Pour une Europe plus ambitieuse, pas besoin de changer les Traités

L’objectif à poursuivre est la mise en place d'une Union de la défense capable de protéger nos citoyens contre des menaces de plus en plus intrusives, et faire de l'Europe une puissance sur la scène internationale, disposant d’une capacité de projection et d’intervention sur les théâtres extérieurs. Le Traité de Lisbonne offre déjà les instruments juridiques permettant de mettre en mouvement cette ambition politique, à nous de les saisir !

La France n’est pas en mesure d’assurer et d’assumer à elle seule la défense de l’Union en dépit de ses indéniables atouts (siège permanent au Conseil de Sécurité, dissuasion nucléaire, une armée de métier rompue aux opérations extérieures et de lutte anti-terroriste).

Toutefois elle entend être moteur dans la mise en place de cette Union de la défense, en vue d'améliorer la sécurisation de notre voisinage immédiat et de prévenir plus efficacement les crises. Et la France a de nombreux atouts pour cela grâce à :

  • Des atouts budgétaires. Son budget annuel de défense atteint 40 milliards d’euros de dépenses (hors pensions) chaque année, soit plus de 100 fois le budget de l’Agence européenne de défense. La France consacre 1,82 % de son PIB à l’effort de défense, loin devant la moyenne européenne en valeur relative (1,41 % dans l’UE à 28) et surtout en valeur absolue.
  • Des atouts en matière d’équipement. La France pilote un certain nombre de programmes de pointe très attendus au niveau européen, comme les drones d’observation ou de combat.
  • Des atouts politiques. La France participe activement aux opérations extérieures menées par l’Union européenne : elle est notamment l’un des principaux contributeurs en matériels, hommes et financements à l’opération anti-piraterie Atalante menée au large de la Somalie.

Pour suivre le mouvement, la commission des Affaires étrangères du Parlement européen vient salutairement de valider un “programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense”, à la suite du récent accord trouvé au Conseil européen de décembre sur le lancement d’une coopération structurée permanente dans le domaine de la défense. C’est un signe encourageant, mais ce ne peut être qu’un début.

L’impulsion donnée par la France et l’Allemagne dans ce domaine permettra d’avancer collectivement sur la mise en place d’un Fonds européen de défense, une promesse d’Emmanuel Macron pour mettre en commun des financements pour des projets européens en matière de recherche et d’équipement. La recherche d’un accord au Conseil européen permettra aux premiers projets d’être très concrètement financés dès 2019.