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Le Handicap, l’innovation sociale et la société civile!

21 novembre 2017 - Tribune de Julie NEDELEC, Ancien avocat, ancien délégué général du syndicat France générosité, et aujourd’hui consultante auprès des acteurs de l’ESS.

A l’issue du débat de l’entre deux tours des élections présidentielles, Emmanuel Macron choisit de consacrer sa carte blanche aux personnes handicapées, en indiquant qu’il en fera une des priorités de son quinquennat.

1er signal encourageant donné au monde associatif mais également à tous les acteurs de la société civile qui oeuvrent pour l’inclusion sociale et citoyenne des personnes en situation de handicap, le ministère du handicap est rattaché au 1er Ministre et non au Ministère de la santé, comme il ’était d’usage dans les gouvernements précédents.

2nd signal fort, Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, le 7 juin 2017, en Conseil des Ministres, développe sa feuille de route en indiquant qu’il fallait partir des “besoins individuels et de l’expertise des personnes en situation de handicap, pour bâtir des solutions collectives”. la volonté du gouvernement est donc d’associer pleinement les acteurs de la société civile. Le pays compte aujourd’hui 500.000 chômeurs en situation de handicap. Ce taux représente plus du double de celui de la population active, tout autant que le plus haut niveau français jamais atteint selon l’Association des Paralysés de France (APF).

3ème signal déterminant, le 20 septembre 2017, le Premier Ministre Edouard Philippe et la Secrétaire d’Etat, Madame Sophie Cluzel, ont réuni le premier comité interministériel du Handicap : “Accéder à un emploi et travailler comme les autres, pour les personnes handicapées, constitue une des priorités du gouvernement.”

Aujourd’hui, malgré la loi de 1987, en faveur de l’emploi des travailleurs handicapés et la loi Handicap de 2005, qui imposent, pour les entreprises de plus de 20 salariés, une obligation d’emplois de 6% de personnes en situation de handicap parmi leurs employés, sous peine de sanctions pénales ; force est de constater que cela n’est pas suffisant. Selon Alain Rochon, président de l’APF, cette obligation a atteint ses limites.

En France, le regard porté sur le handicap change mais évolue très lentement.Outre Atlantique, l’opinion publique est sensibilisée à ses questions, grâce à l’émergence dans les années 80 d’études académiques disability studies. Le handicap est pensé non plus exclusivement sous le prisme du médical mais il intègre ses dimensions sociales.

Il n’est plus question d'accessibilité mais d’inclusivité. Dans un article sur la Tech et le Handicap, Clémentine Malgras analyse l’attitude des géants de la tech américaine face au handicap. L'accessibilité est intégrée dès les premières étapes de la conception et dans le coût de développement des produits. Ainsi s’impose le concept de “Design Universel”. Les contraintes physiques et cognitives sont prises en compte dans la conception du produit qui est de meilleur usage pour tous. L’Iphone d’Apple est développé dans cet esprit.

En France, la start up, COVER DRESSING a fait sien ce concept. La start up décide d’habiller nos concitoyens en situation de handicap ! Consciente qu’elle est de l’importance que revêt le vêtement. Il participe à l’image que l’on donne de soi. Une image déjà mise à mal par le corps « hors-normes » pour les personnes en situation de handicap. Le vêtement est aussi l’un des ingrédients de l’estime de soi, dont la personne handicapée est souvent déficitaire.

C’est un fait, la façon dont on s’habille permet d’affirmer que l’on appartient au même monde, à la même culture, au même « air du temps » que les autres. Elle est un outil incontournable de dé-stigmatisation du handicap, à condition de pouvoir faire son choix dans la même offre vestimentaire que quiconque.

COVER DRESSING a pour ambition de rendre accessible le vêtement qui nous inscrit dans notre monde et dans l’air du temps. Fini les vêtements difficile à enfiler par la tête ou par les pieds, les boutons à accrocher et les fermetures éclairs à remonter pour qui ne peut!

La start up a repéré 4 profils de personnes en situation de handicap : celle qui s’habille « d’une main » (type hémiplégique), celle qui s’habille « assise » (type paraplégique), celle qui le fait « avec un aidant », et enfin non des moindres les personnes âgées en perte d’autonomie. 3 à 8 % des vêtements des collections qui sortent chaque saison sont potentiellement « Bien à Porter », selon la terminologie de la start up. Mais l’industrie du prêt-à-porter n’en a pas réellement conscience. A quoi sert-il d’entreprendre de grands travaux d’accessibilité si nos concitoyen.ne.s ne peuvent se vetir comme ils/elles le souhaitent. Sans parler du coût rédhibitoire de la mode adaptée qui freinent 80% des personnes à mobilité réduite.

Fort de ce constat, la strat up a pour ambition de donner de la liberté, voir même de l’autonomie et surtout déstigmatiser toutes ces personnes! Cover DRESSING développe donc son label “Bien à Porter”, qui permet aux personnes à mobilité réduite de reconnaître les vêtements éligibles dans les rayons de prêt-à-porter.

COVER DRESSING s’appuie sur une démarche inclusive, les premiers concernés, bénévoles de l’association, le plus souvent des personnes en situation de handicap, oeuvrent au côté des marques de prêt à porter partenaires. Ensemble ils étudient avec ergothérapeutes et des spécialistes du textile, les collection en amont ou au moment de leur distribution. Ils ont à leur disposition des outils, logiciels uniques à même d’analyser les retours d’expérience et générer des alertes, … Chaque vêtement étudié donne lieu à un rapport d’expertise remis à la marque partenaire, contenant notamment des préconisations.

Les obstacles culturels au développement du Bien à Porter restent cependant nombreux et cette innovation « sociale »nécessite une prise de conscience des pouvoirs publics.

Ce label peut améliorer la vie de 2 à 8 millions d’individus en fonction du handicap considéré. Cette collaboration unique de la société civile avec les marques partenaires donnent lieu à des améliorations de produits qui répondent au défi qu’est le “design universel” ! Cette expertise peut également être génératrice d’emplois à destination des personnes en situation de handicap, voir la création d’une filière. Aujourd’hui on parle des nouveaux métiers de demain que l’on ne connaît pas encore aujourd’hui...

C’est peut-être aussi l’occasion de créer ces futurs métiers à destination des personnes à mobilité réduite…

COVER DRESSING souhaite aujourd’hui que les pouvoirs publics s’engagent en faveur de la création d’un label “Bien à Porter” dans le secteur de la mode. Cet engagement traduira enfin ce changement culturel dont on a besoin sur la vision du handicap aujourd'hui. Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat, déclarait récemment dans la presse qu’elle souhaitait “créer les conditions d’une société inclusive” et modifier “le rapport des français au handicap au quotidien”, le label “Bien à Porter” pourrait apporter une pierre à cet édifice!

Aujourd’hui l'association COVER DRESSING recherche des financements privées et des subventions pour pouvoir salarier son équipe, quasi-intégralement bénévole depuis le début du projet.

Elle a récemment remporté le 1er Prix Femme en Choeur en Octobre 2017 et le prix de l’innovation sociale de la Mutualité Française de Normandie en Novembre 2017