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Nous pourrons compter sur les Allemands pour remettre l'Europe en marche

24 janvier 2018 - Tribune de LaRem Belgique

Les sociaux-démocrates allemands (SPD) ont approuvé ce dimanche l'accord de principe conclu entre Angela Merkel et Martin Schulz le 12 janvier dernier qui fixe le cadre et permet l'ouverture des négociations pour la formation d'un nouveau gouvernement de coalition.

Cette approbation ne préjuge pas de l'accord final qui devra être ratifié par les militants du SPD, mais permet de franchir une étape importante en direction d'un gouvernement de coalition. Malgré la réticence initiale du SPD à former une troisième coalition avec les chrétiens-démocrates (CDU/CSU), Martin Schulz, europhile convaincu, Président du Parlement européen de 2012 à 2017 et député européen pendant 20 ans, a réussi à convaincre les délégués de son parti de saisir l'opportunité que représente pour l'Allemagne et pour l'Europe la participation du SPD à un nouveau gouvernement.

  • "Un nouveau départ pour l'Europe", socle de l'accord entre Angela Merkel et Martin Schulz

Le document approuvé lors du congrès extraordinaire du SPD ce dimanche a ceci de remarquable qu'il commence par traiter de l'avenir de l'Europe. Bien que ne présentant encore à ce stade que les grandes lignes d'un futur accord de coalition, il propose un programme bien plus concret que ce qui avait pu être évoqué dans les précédentes négociations. Alors que les questions européennes sont bien souvent reléguées au dernier chapitre des programmes électoraux et gouvernementaux, voire traitées au milieu des autres « questions internationales », Angela Merkel et Martin Schulz, au contraire, en ont fait le chapitre d’ouverture de leur programme pour l’Allemagne, le socle de leur accord et un élément à part entière de l’avenir du pays.

Elément notable également, l'accord de principe entre la CDU/CSU et le SPD affirme avec force son adhésion au modèle de société européen fondé sur la liberté et la solidarité, autour duquel se retrouvent tous les Européens et qui les distinguent du reste du monde. Il fait ainsi écho à la vision du futur de l'Europe d'Emmanuel Macron qui affirmait lors du discours de la Sorbonne que "ce qui constitue, ce qui forge notre identité profonde, cet équilibre de valeur, ce rapport à la liberté, aux Droits de l’Homme, à la justice est inédit sur la Planète. Cet attachement à une économie de marché, mais à la justice sociale l’est tout autant. Ce que l’Europe représente, nous ne pouvons pas le confier aveuglement, ni de l’autre côté de l’Atlantique, ni aux confins de l’Asie."

Chaque européen ne peut que se réjouir que les valeurs et le modèle de société qu’il partage avec les autres citoyens de l’Union Européenne et que le monde entier lui envie soient enfin mis en avant avec tant de clarté. Il est essentiel de reconnaître l’existence d’une véritable identité européenne et les aspirations d’un peuple européen pour pouvoir réussir la refondation, la « renaissance » de l’Europe souhaitée par Angela Merkel, Martin Schulz et Emmanuel Macron. La jeunesse européenne, tout en reconnaissant les réussites du passé, ne s’en satisfait plus et aspire à un véritable sursaut démocratique : il faut maintenant aller plus loin, plus vite et être plus ambitieux. C’est aussi et surtout apporter des bénéfices tangibles dans la vie quotidienne des Européens et inventer des solutions nouvelles pour répondre à leur désir de renouveau.

  • Un futur gouvernement allemand engagé aux côtés de ses partenaires européens et en particulier de la France

L'Europe ne pourra notablement avancer que si la France et l'Allemagne joignent leurs forces et "développent des positions communes sur toutes les questions politiques européennes et internationales possibles", souligne le projet d'accord. La bonne marche du couple franco-allemand est en effet une condition nécessaire – et non-exclusive – à la mobilisation de tous les Etats Membres prêts à refonder l’Europe. C’est ce travail commun et inclusif qu’Emmanuel Macron a appelé de ses vœux encore récemment lors de sa rencontre avec Paolo Gentiloni le 11 janvier dernier.

L'ambition des dirigeants allemands pour l'Europe est également en adéquation avec la plupart des propositions d'Emmanuel Macron. Les questions sociales et fiscales notamment prennent une grande place dans le projet d’Angela Merkel et de Martin Schulz. Ainsi, l’affirmation d’un socle de droits sociaux incluant un salaire minimum, le principe d'un salaire égal à travail égal pour un même lieu de travail, réitérés dans le projet, font écho à la révision en cours de la directive sur les travailleurs détachés souhaitée par la France et soutenue par l’Allemagne. Angela Merkel et Martin Schulz veulent également une meilleure coordination des politiques d’emploi, faire de la lutte contre le chômage des jeunes Européens une priorité, s’attaquer au dumping fiscal dont bénéficient notamment les géants du numérique et prendre des mesures concrètes de convergence fiscale (introduction d'un impôt minimal sur les sociétés, finalisation des discussions sur la taxe sur les transactions financières, etc.). Ces positions appellent un approfondissement du travail réalisé ces dernières années par la Commission européenne, le Président Juncker et plusieurs Commissaires européens (notamment Margrethe Vestager (Concurrence), Pierre Moscovici (Affaires économiques et financières) et Marianne Thyssen (Emploi et affaires sociales) en faveur d’une plus grande justice fiscale en Europe et d’un « socle européen des droits sociaux » approuvé par les Etats Membres en novembre dernier.

Droite et gauche allemandes proposent en outre plusieurs avancées en matière budgétaire et monétaire : des moyens spécifiques pour la stabilité économique et la convergence sociale, la transformation du mécanisme européen de stabilité (qui permet d'assurer la stabilité financière de la zone euro) en un fonds monétaire européen sous contrôle non plus des Etats Membres mais du Parlement européen et l’augmentation des contributions de l'Allemagne au budget européen. Le projet d’accord évoque enfin le renforcement de la politique extérieure et de sécurité de l’UE, la nécessité d’un leadership européen en matière climatique et la mise en œuvre de la COP 21. Autant de pas en direction de la France et d’une Europe plus forte, plus souveraine et plus démocratique.

  • Européens, prenons notre destin en mains !

L’élection d’Emmanuel Macron et son ambition pour l’Union Européenne ont suscité l’espoir de très nombreux citoyens dans toute l’Europe. Ses propositions pour transformer l’Europe connaissent depuis un écho favorable auprès de nombre d’Etats Membres. Elles pourraient commencer à devenir réalité grâce à l’accord trouvé par la CDU/CSU et le SPD qui ouvre la porte à des négociations approfondies entre les deux partis et à la formation d'un gouvernement commun. Il est grand temps que l’Europe, à l’image des sociaux-démocrates allemands dimanche dernier, « prenne son destin en mains », pour citer la chancelière allemande. Face aux défis du XXIème siècle qui ne connaissent aucune frontière, les Français et les Européens n’attendent rien de moins.

A nous, citoyens européens, de saisir l’opportunité inédite d’affirmer notre identité et d’inventer notre avenir. Les prochaines étapes démocratiques sont à portée de main : consultations citoyennes en 2018, construction d’un plan de transformation pour l’Europe et élections européennes en 2019. La méthode est proposée, il nous revient d’écrire la solution !