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Pour une Europe sociale qui protège

25 janvier 2018 - Tribune de Schams El Ghoneimi, Marianne Escurat, Thomas Buttin et Gabrielle Sallé pour Europe En Marche

Depuis le sommet social européen de novembre dernier à Göteborg, l’Europe sociale est de retour: l’UE vient d’adopter un socle européen de droits sociaux.

  • 20 principes clés pour poser un socle européen des droits sociaux

Le 17 novembre, les chefs d’Etats et gouvernement de l’Union européenne se sont réunis à Göteborg avec les partenaires sociaux européens pour proclamer un “Socle européen des droits sociaux” : la preuve que, de la Suède à l’Italie, nos sociétés européennes se ressemblent souvent plus que nous le pensons.

Ce socle reconnaît 20 droits et principes nécessaires à l'égalité des chances et à l'accès au marché́ du travail, à l'obtention de conditions de travail équitables, ainsi que l’accès à une véritable protection sociale et insertion sociale.

Le socle approfondit des questions jusqu'alors négligées par les autorités européennes comme :

  • La reconnaissance du droit à l'enseignement et à l'orientation professionnelle ;
  • l'égalité des chances et de traitement ;
  • le droit à une allocation de chômage ;
  • l'accès à l'hébergement et aux biens de première nécessité.

Cette première étape nous permettra d'accompagner la construction d'un pacte social entre les nations européennes et les citoyens.

  • Ce socle est nécessaire pour défendre notre modèle de société

Ces droits sociaux fondamentaux, comme le droit syndical ou le droit à la sécurité sociale, sont protégés par la Charte européenne des droits fondamentaux et par quantité de lois européennes, du droit au logement au droit de grève.

Malgré ces protections, l’Europe connaît pourtant une crise profonde : concurrence effrénée en son sein et depuis l’Asie, vieillissement de la population, évasion fiscale qui affaiblit les pouvoirs publics… Les menaces sur notre modèle sont nombreuses.

Alors comment défendre ce modèle social - si spécifique - que nous avons en Europe ?

  • Pour défendre notre modèle social, le repli national ne marche pas

Face au Brexit les syndicats britanniques sont désemparés et découvrent l’étendue des droits sociaux européens au moment où ils s’apprêtent à les perdre. Exit les aides européennes aux agriculteurs gallois, Exit les subventions européennes aux artistes du festival d'Edimbourg, Bonjour au risque réel de s’aligner sur le modèle américain, beaucoup plus libéral !…

Seule face à la mondialisation, la France ne pourrait défendre les droits sociaux de ses citoyens qu’au prix de sacrifices immenses, aux marchés, à d’autres puissances étrangères.

L’Union européenne, grâce au travail conjoint des puissances qui la composent, défend et promeut nos acquis à l’Organisation Mondiale du Commerce, à l’Organisation Internationale du Travail et dans toutes les négociations commerciales avec d’autres puissances.

  • A nous de nous battre pour une Europe plus sociale

Se battre pour l’Europe sociale, c’est en comprendre la valeur.

Aujourd’hui plus que jamais, il nous appartient de faire en sorte que l’Europe soit au rendez-vous.

Pour aller plus loin sur l’Europe sociale :

  • Nous devons soutenir le futur plan Juncker mais nous devons aussi l’accompagner d’un volet sur les compétences : il ne suffit pas d’investir dans un secteur d’avenir, il faut que nous investissions dans les compétences nécessaires à la nouvelle industrie européenne. .
  • Nous devons regarder les défauts de nos instruments financiers pour mieux orienter les personnes les plus fragiles vers les bons plans de formation.
  • Nous devons utiliser le fond social européen pour accompagner les populations les plus fragiles, les décrocheurs, tous ceux qui s’éloignent durablement du marché du travail.
  • Nous devons mobiliser le Fonds européen d’adaptation à la mondialisation comme il le devrait afin d’éviter des drames personnels s’installer dans nos régions. Par exemple, ce critère minimal de 500 emplois supprimés au moins pour en bénéficier est injuste.
  • Nous devons nous battre pour faire converger les politiques nationales et accepter de revenir maintenant sur des modèles de dumping fiscal et social que nous avons trop longtemps tolérés et encouragés.

La transition de nos économies, de nos systèmes productifs et de nos emplois, doit être accompagnée par l’UE, partout où cela est souhaitable, et pas seulement partout où les critères sont réunis.

  • Mais attention : les Etats-membres sont les premiers dépositaires de cette Europe sociale

Cette transformation que nous devons accompagner, c’est aussi celle de la formation de notre jeunesse, et de l’apprentissage. Se féliciter de la réussite d’Erasmus ne suffit plus, et surtout ne peut se satisfaire du minimum. Chaque Etat doit investir dans sa jeunesse, et si nos ambitions pour l’Erasmus de l’apprentissage sont sincères, alors chaque Etat doit aussi investir pour que les jeunes intègrent le marché du travail.

Faire le choix d’une Europe qui protège, c’est faire le choix d’une plus grande solidarité entre les Nations, de plus de convergence, d’une stratégie commune d’inclusion à 10 ans avec l’ensemble de nos partenaires.

Conformément aux traités, ce sont les Etats-membres qui sont les premiers responsables des politiques sociales.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron de nombreux jalons ont été posés par la France pour une Europe plus sociale, une Europe qui protège. Par exemple, le Socle européen des droits sociaux a posé - avec le soutien actif de la France - le principe d’un salaire minimum européen, en le fixant à 60% du revenu médian.

Au-delà de ces avancées, les prochains défis que nous relèverons porteront sur la fondation d’une Union plus forte, plus démocratique et plus progressiste.