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La réforme de la formation professionnelle, clef de voûte d’une révolution sociétale majeure

26 mars 2018 - Tribune d'Ilana Cicurel, Déléguée nationale à la société de la connaissance au sein du Bureau exécutif de LaREM.

« Un coup à droite, un coup à gauche ne font pas une politique », critiquent les uns.
« Emmanuel Macron, Président des riches », caricaturent les autres.

Pour comprendre la vision qui inspire le volontarisme politique en cours, il faut avoir à l’esprit que le programme économique et social porté par Emmanuel Macron vise prioritairement à mettre fin au chômage de masse dont les plus fragiles - les moins qualifiés et les jeunes - payent le plus lourd tribut : 1,3 millions de jeunes sont sans emploi et sans aucune formation ! Toutes les études comparatives montrent que seul un investissement massif dans l’éducation et la formation tout au long de la vie permet de renouer avec le plein emploi.

Pour permettre à ceux qui sont exclus du marché du travail d’y accéder et aux autres de s’y maintenir, dans une économie de l’innovation marquée par la transformation technologique permanente - 60% des métiers qui seront exercés en 2030 n’existent pas encore et 50% de nos emplois seront structurellement impactés par la transition numérique - les réformes conduisant à une formation efficace et équitable sont devenues un enjeu crucial.

Malheureusement, et malgré 30 milliards d’euros investis chaque année, fonds publics et privés confondus, le diagnostic partagé est sans appel : notre système de formation est inefficace, illisible, injuste. Comment tolérer un système qui aggrave l’inégalité des chances ? Comment admettre que seuls 10% des demandeurs d’emploi aient accès à une formation ? Qu’un ouvrier ait deux fois moins de chance d’être formé qu’un cadre ? Que les salariés des petites entreprises soient deux fois moins nombreux sur les bancs de la formation que ceux des entreprises de plus de 250 salariés ? Que des secteurs porteurs ne puissent pas recruter faute de candidats formés ? Qu’aucun mécanisme efficace de planification des besoins et d’évaluation de la qualité des formations ne soit en place ?

La réforme que porte le Gouvernement relève le triple défi de la lisibilité, de l’efficacité et de l’équité.


La formation sera plus accessible et plus efficace

La création d’une application mobile, accessible sur smartphone, pour le Compte Personnel de Formation (CPF) est une véritable révolution. Chaque candidat aura désormais accès aux informations sur l’ensemble des formations, le taux d’insertion lié, les salaires prévisionnels à l’embauche, les commentaires des usagers, etc. Le Compte Personnel de Formation (CPF) sera crédité de 500€ par an (sous un plafond de 5 000€) et permettra à chacun de choisir sa formation en toute liberté, les entreprises pouvant abonder au-delà.

Les candidats seront également mieux accompagnés. L’agence nationale France Compétences est créée pour évaluer et réguler la qualité des formations et leur coût. Les actifs pourront également solliciter le conseil en évolution professionnelle (CEP) de leur région pour leur accompagnement.

Le système sera aussi plus simple pour les entreprises. Désormais, ils n’auront plus qu’une seule cotisation à verser, au lieu de deux aujourd’hui, et directement auprès de l’URSSAF. Les OPCA (Organismes Paritaires Collecteurs Agrées), supprimés et remplacés par des « Opérateurs de compétences », verront leurs missions recentrées vers le financement des centres de formation d’apprentis et l’accompagnement des TPE/PME dans l’élaboration de leurs plans de formation.


Le retour à l’équité s’articule autour de cinq axes majeurs :

  • un Plan d'investissement dans les Compétences, doté de 15 milliards d’euros, sur 5 ans, pour former un million de demandeurs d’emplois peu qualifiés et un million de jeunes éloignés de l’emploi ;
  • un droit de formation majoré de 800 euros par an (sous un plafond de 8000€) pour les salariés peu qualifiés auxquels on offre ainsi l’opportunité de changer de catégorie professionnelle, soit 300 euros de plus par an que pour les salariés qualifiés ;
  • les droits à la formation sont désormais exprimés en euros et non en heures pour tenir compte du fait que l’heure de formation d’un cadre est plus coûteuse que celle d’un employé ;
  • les mêmes droits pour les salariés à temps partiel et les salariés à temps plein, mesure de justice pour les femmes qui représentent 80 % des salariés à temps partiel ;
  • un mécanisme de contribution des grandes entreprises à la formation professionnelle dans les TPE et les PME.

Il s’agit d’une révolution copernicienne qui place au coeur du système la personne candidate à la formation en lui garantissant l’accès à la compétence, garante de la sécurité, et permet de concilier économie de l’innovation et progrès social. Permettre à l’emploi de se redresser aura aussi pour effet de réduire de manière significative notre déficit public, en induisant une baisse mécanique sur une partie des transferts sociaux qui représentent plus de 30% de notre PIB, l’un des taux les plus élevés du monde.


Mais allons plus loin. L’enjeu de cette réforme n’est pas seulement économique. Il est aussi sociétal. Porter l’ambition d’une « société du travail » n’implique-t-il pas de transformer notre rapport au travail auquel nous consacrons le plus clair de nos vies ? Former, c’est donner une deuxième chance, permettre au salarié de changer de voie quand la lassitude le gagne ou quand son potentiel peut le conduire vers un autre horizon, inciter tout salarié à sortir de sa routine, l’amener à se demander, quel que soit son rôle dans l’entreprise, comment faire mieux autrement, l’aider à reprendre confiance en soi, retrouver sa fierté professionnelle, progresser, redécouvrir sa créativité.

La formation a la capacité de réveiller ce potentiel de transformation… à condition que les entreprises sachent la valoriser collectivement au moment du retour du salarié et acceptent, elles aussi, de se remettre en cause et d’avancer.

« C’est dans ces années d’apprentissage que s’est forgée en moi cette conviction que rien n’est plus précieux que la libre disposition de soi-même, la poursuite du projet que l’on se fixe, la réalisation de son talent quel qu’il soit. Cette conviction, par la suite, a déterminé mon engagement politique, en me rendant sensible à l’injustice d’une société d’ordres, de statuts de castes, de mépris social où tout conspire – et pour quel résultat ! – à empêcher l’épanouissement personnel », écrit Emmanuel Macron dans Révolution.

Prenons la mesure de la dimension émancipatrice dont cette refonte de la formation professionnelle peut être porteuse. Pour la faire advenir.


Ilana Cicurel
Déléguée nationale à la société de la connaissance au sein du Bureau exécutif de LaREM