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Résister ensemble hommes et femmes

28 novembre 2017 - Tribune de Clémence Rouvier.

  • Pour prendre de la hauteur

Avant-hier, j’assistais à la projection d’un film à destination des jeunes des collèges : « Résister en Eure-et-Loir ». On y voit comment des femmes téméraires ont risqué leur vie dans les maquis locaux et y ont eu parfois un rôle éminent. On y voit comment ces femmes de l’ombre ont combattu pour la liberté au même titre que les hommes. On comprend mieux qu’une conscience féminine de résistance se soit révélée.

On aurait pu penser qu’avec de telles figures héroïques - qui en imposent - la place des femmes dans la société allait être désormais respectée. Il n’en fut rien, nous le savons tous : les chiffres sont accablants, les femmes restent encore et toujours les victimes quotidiennes de leur père, de leur compagnon, de leurs époux, de leur frère, de leur patron, de leur supérieur… Un peu plus de 50 ans plus tard, saluons l’audace du président de la République qui fait de la cause égalité homme-femme la grande cause de son quinquennat en dénonçant sans ambages l’empreinte d’une culture sexiste dans notre société française. Sa parole hautement symbolique a rempli hier tout notre espace social. Impossible désormais de passer à côté, de laisser passer la moindre expression d’inégalité.

  • #NeRienLaisserPasser

#NeRienLaisserPasser : ce hashtag résonne comme un nouveau cri de résistance, celui de femmes et d’hommes, bien conscients de la gravité du moment et de son enjeu pour construire un monde viable pour nos enfants.

Qu’avons-nous donc fait ? Ou plutôt, qu’avons-nous donc laisser faire ? La honte des victimes s’étend sur nous comme une grande ombre qui vient assombrir nos sociétés modernes. Contre cette implacable réalité, seule la parole libère. Tel un « tsunami », elle a commencé à se délier depuis l’affaire Weinstein. Donnons-lui encore plus de place pour déferler. Aménageons-lui un espace viable pour irriguer tous nos territoires. Il reste encore des espaces à atteindre.

A Dreux, dans la rue, des femmes avouent « qu’il vaut mieux se débrouiller toutes seules », tant certains services publics peinent à prendre en charge les victimes. Les plus jeunes dénoncent la chape de plomb qui entoure la vie scolaire. D’autres, plus âgées, revendiquent une autonomie qu’elles n’ont pas encore totalement acquise. Des femmes seules disent leur résignation à porter la charge quotidienne, plutôt que de subir le joug masculin.

  • Non au harcèlement

La question est de savoir si oui ou non il faut éradiquer la violence sexuelle. Allons-nous enfin réussir à bannir tous ces comportements quotidiens qui permettent au harcèlement de s’installer insidieusement ?

C’est le commentaire de votre collègue de travail sur la longueur de votre jupe quand vous montez dans l’ascenseur, c’est à la fin d’une présentation le type qui vous dit, c’est pas mal pour une blonde, ou quand vous donnez votre numéro à quelqu’un pour travailler - mais « elle te drague », c’est à la cantine le lundi les réflexions désobligeantes sur votre activité du weekend et votre potentielle vie sexuelle. On pourrait continuer longtemps avec de tels exemples. Je suis sûre que là maintenant vous en avez en tête, vous aussi. Parce que c’est la somme de toutes ces blessures qui détruit peu à peu la personnalité et l’estime de soi et qui empêche la femme de faire valoir ses talents au travail ou au sein même de la famille. Cela participe au maintien du plafond de verre.

Depuis 1992 toutes ces petites phrases, si elles s’avèrent répétées et intentionnelles constituaient un délit pénal. Aujourd’hui, le délit d’outrage sexiste sera immédiatement applicable et passible d’une amende dissuasive.

  • Un pacte « sexuel » ?

Depuis Rousseau, nos démocraties reposent sur l’idée d’un pacte social pour éviter la violence. Je souscris à la proposition du philosophe Emmanuel Tourpe d’inventer « un « pacte sexuel » : « un pacte dans lequel le jeu du désir (séduction-pulsion) est subordonné à celui du Respect. » Ce sera notre socle pour résister à la violence inacceptable et construire demain.