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Tribune - Dossier de presse : Présentation de la stratégie économique et budgétaire

24 février 2017 - Vers un nouveau modèle de croissance : Transformer, investir, dépenser moins - La stratégie macroéconomique d’Emmanuel Macron

Dossier de presse : Présentation de la stratégie économique et budgétaire

Vers un nouveau modèle de croissance : Transformer, investir, dépenser moins - La stratégie macroéconomique d’Emmanuel Macron

I. Diagnostic et priorités

Si la croissance française a été faible au cours des dernières années, et si le chômage perdure, c’est pour deux raisons à la fois :

  • Parce que nous sommes restés à mi-chemin dans la transition entre le développement économique d’hier – quantitatif, fondé sur la mécanisation et destructeur de l’environnement – et celui de demain – qualitatif, fondé sur les compétences et écologiquement soutenable.
  • Parce que la France et l’Europe ont commis, avant et aux lendemains de la crise financière, de sérieuses erreurs de pilotage économique qui ont conduit à l’accumulation de déséquilibres internes et à une croissance globalement insuffisante au sein de la zone euro.

Face à des obstacles récurrents, la France a trop souvent tenté de résoudre les difficultés à coup de dépense publique et d’endettement. Cette logique n’est pas soutenable.

L’enjeu des cinq ans qui viennent est de mener à bien la transition vers un nouveau modèle de croissance qui développe et valorise les compétences des Français, qui prenne appui sur l’innovation et qui favorise la généralisation de nouveaux modes de vie plus économes en ressources.

Ce modèle ne se construira pas contre le travail mais avec le travail. Il ne se construira pas sur l’opposition entre croissance et sobriété mais sur leur alliance. Il ne se construira pas grâce à la dépense publique mais grâce à l’investissement public et privé. Il ne se construira pas contre l’Europe mais avec l’Europe telle que nous la réformerons. Il ne se construira pas par la désunion et le repli mais par la coopération et l’échange.

II. Les piliers de la stratégie

Notre stratégie économique repose sur quatre piliers. Nous voulons :

  • Transformer l’économie française pour forger un nouveau modèle de croissance, pour abaisser durablement le chômage, se saisir des opportunités ouvertes par le numérique, accroître la croissance potentielle et réduire notre empreinte écologique.
  • Investir pour accompagner et accélérer cette transformation - dans les compétences, la transition écologique et le reengineering de l’économie et des services publics.
  • Dépenser moins par une organisation plus efficace des services publics.
  • Construire les régulations économiques dont la zone euro a besoin pour faire face aux chocs économiques et faire de sa monnaie un outil de prospérité.

III. Le plan d’investissement

Les transformations sont d’autant plus efficaces qu’elles sont conduites dans un contexte de croissance. Elles sont d’autant plus porteuses qu’elles s’accompagnent d’investissements humains et institutionnels. Or nous bénéficions de conditions exceptionnellement favorables pour investir, avec des taux d’intérêt qui restent historiquement bas. L’État peut aujourd’hui emprunter à un taux sensiblement inférieur au taux de croissance de l’économie (1% pour les dettes à 10 ans), ce qui signifie que nous ne risquons pas le cercle vicieux de l’endettement. Il est de notre devoir de tirer parti de cette opportunité.

Les investissements financés dans le cadre du plan devront avoir un caractère temporaire – aucune mesure pérenne ne sera financée dans ce cadre. Ils devront répondre à au moins un des trois objectifs suivants :

  • Augmenter le potentiel d’emploi et de production : former les Français tout au long de la vie, favoriser l’accès à l’emploi et augmenter le taux de participation sur le marché du travail ; stimuler l’innovation et accélérer la montée en gamme pour améliorer notre compétitivité hors- coût, notamment dans l’agriculture et l’industrie.
  • Réduire notre empreinte écologique : accélérer la transition énergétique et forger de nouveaux modes de mobilité.
  • Favoriser une baisse pérenne des dépenses publiques : investissements pour réorganiser nos services publics et notre système de santé.

Le plan d’investissement

  • 15 milliards d’euros pour la transition écologique

Notamment : nous diviserons par deux le nombre de passoires thermiques d’ici à 2022 et les éliminerons en dix ans ; nous éliminerons les véhicules les plus polluants, produits avant 2001, d’ici à 2022 ; nous rénoverons les bâtiments publics. Par ailleurs, nous contractualiserons avec les collectivités sur la base d’objectifs de développement durable (empreinte écologie positive et création nette d’emplois).

  • 15 milliards d’euros pour les compétences

Notamment : nous formerons 1 million de jeunes peu qualifiés éloignés de l’emploi et 1 million de chômeurs de longue durée faiblement qualifiés

  • 5 milliards d’euros pour l’agriculture

« Plan de Transformation Agricole » pour accompagner la montée en gamme de notre agriculture

  • 5 milliards d’euros aux transports et équipements collectifs locaux

Rénovation (rail & route), investissements ciblés sur les connexions entre modes et la lutte contre la congestion en agglomérations.

  • 5 milliards d’euros pour la santé

Notamment: nous doublerons le nombre de maisons de santé d’ici à 2022; plan digital pour l’hôpital; accompagnement de la restructuration d’hôpitaux

  • 5 milliards d’euros à la modernisation des administrations publiques.

Notamment : justice numérique ; soutien à la performance des collectivités locales et appui à leur modernisation.

Total : 50 milliards d’euros

Sur ces 50 Milliards d’euros, 10 environ seront accessibles aux collectivités territoriales pour des actions de transformation

Gouvernance

La gouvernance sera organisée de manière très rigoureuse. Les projets seront étudiés au cas par cas selon les objectifs fixés. Chacun d’entre eux devra servir effectivement les finalités définies (potentiel productif, qualité de la croissance, modernisation de l’administration publique) en vue de la croissance durable et d’une baisse pérenne des dépenses publiques.

Pour bien marquer que ce plan se veut une contribution au redressement européen et vise à s’inscrire dans le cadre d’une stratégie commune, la supervision en sera confiée à une personnalité européenne indépendante.


IV. Hypothèses de projection

Nos hypothèses de travail pour les cinq prochaines années sont prudentes :

  • La France connaît un régime de croissance modeste inférieur à la moyenne de la zone euro et nous ne tablons pas sur une accélération rapide de celle-ci. C’est seulement progressivement que le potentiel pourra être relevé sous l’effet des transformations et des actions de formation. C’est pourquoi nous nous fondons sur un scénario de croissance prudent à court terme (1,4% en 2017 et 1,8% en 2022) et sur un relèvement graduel de notre potentiel.
  • La France connaît toujours un problème de compétitivité illustré par le déficit de son compte courant. La compétitivité-coût a été améliorée par le CICE mais l’amélioration de la compétitivité hors-coût sera plus lente car elle dépend de réformes de long terme (formation, enseignement, réorganisation des entreprises, innovation).
  • La configuration de taux d’intérêt n’est pas amenée à se renverser immédiatement mais elle n’est pas figée. L’augmentation à venir devrait suivre la remontée de l’inflation (de 1,1 % en 2017 à 1,7 % en 2022) et de la croissance et devrait donc être presque neutre sur les taux réels. La maturité moyenne de la dette étant de 7 ans, une remontée des taux aura un impact assez lent sur les finances publiques.
  • L’Unioneuropéenneconnaîtunereprisemodesteetbienancrée(1,7%et1,6%en2016et 2017) mais avec des incertitudes (Brexit, politique de l’administration Trump, taux de change et prix de pétrole).

V. Une stratégie macroéconomique ambitieuse

  • La France n’a ni le besoin ni les moyens d’un plan de relance mais la croissance est encore fragile et une réduction à marche forcée des déficits serait dangereuse. Ceux qui appellent à une relance majeure confondent la situation actuelle avec celle de 2010. Ceux qui appellent à un ajustement fiscal immédiat ne prennent pas en compte les cicatrices laissées par la crise.
  • La mise en œuvre du programme d’investissement accompagnera les transformations structurelles de début de quinquennat. Il soutiendra ainsi la demande en même temps qu’il contribuera au redressement de l’offre. Progressivement la dynamique de l’offre prendra le relais.
  • Nous respecterons dès le début du quinquennat la limite des 3% de déficit public parce que c’est la condition d’une restauration de notre capacité à agir lors de la prochaine récession. C’est aussi la condition de notre crédibilité européenne.
  • La part de la dépense publique dans le PIB baissera de trois points entre 2017 et 2022 (à 52% en 2022). Le ratio dette publique baissera de près de 5 points (à 93,2 % en 2022)

Cette stratégie macroéconomique allie la prudence budgétaire et l’ambition de la réforme. Ces deux éléments nous différencient des annonces faites par les autres candidats.

VI. Les initiatives européennes

Nous proposerons des réformes ambitieuses pour la zone euro, mais celles-ci ne peuvent être une réponse opportuniste à des problèmes de court terme. Ces réformes devront remédier aux défauts qui mettent en danger la pérennité de la zone. Pour cela nous proposerons :

  • Un budget de la zone euro pour contrer les chocs affectant la zone dans son ensemble
  • Une révision du pilotage macroéconomique de la zone euro. L’excédent du compte courant de l’Allemagne (9% du PIB) crée un déséquilibre macroéconomique plus grave pour la zone que le déficit budgétaire français.
  • De nouvelles règles budgétaires de la zone euro. Elles devraient :
  1. être simples et transparentes
  2. contribuer à stabiliser l’économie (rôle contra-cyclique)
  3. assurer la soutenabilité de la dette publique de chaque pays

VII. Ce qui nous distingue

Contrairement aux malthusiens, nous considérons qu’une France sans croissance serait avare en progrès social et figera les inégalités. Ce serait une société où le capital hérité compterait plus et où les revenus acquis par son travail pèseraient moins. Ce serait une société écrasée sous le poids des dépenses de solidarité et incapable d’investir pour préparer son avenir, qui finirait par sacrifier les jeunes. Ce serait, même, une société impuissante face aux défis de la transition écologique. Car ce n’est pas en étouffant la croissance que nous sauverons le climat, c’est en changeant sa nature.

Contrairement aux productivistes aveugles, nous ne pensons pas que l’objectif de croissance soit purement quantitatif. Croitre ne doit pas être synonyme de produire plus de biens matériels, mais de mieux répondre aux besoins en étant plus économe en ressources. Cela suppose de mettre l’accent sur l’offre de services et de biens de haute qualité. Cet objectif est cohérent avec une approche renouvelée de la compétitivité qui place l’innovation, les compétences et la sobriété énergétique au cœur de la transformation de nos processus productifs.

Contrairement à ceux qui tiennent l’État pour la cause de toutes nos difficultés, nous faisons de la qualité des services publics un des piliers de la nouvelle croissance. Mais contrairement aux avocats de la dépense publique, nous considérons aussi qu’un excès de de dette et de prélèvements obligatoires fait obstacle au développement économique. Relever les défis de la nouvelle croissance suppose de réformer la sphère publique pour plus d’efficacité et plus de dépenses d’avenir.

Contrairement aux tenants du repli national, nous regardons l’Europe comme un élément clef de notre prospérité future. Le protectionnisme économique, monétaire et financier engendrerait le chaos économique. L’affrontement avec nos partenaires. L’ouverture et la coopération avec nos partenaires sont la clef du redressement collectif.


Annexe technique sur le scénario macroéconomique

  • Le scénario tendanciel (point de départ) est une croissance à 1,2% l’an.
  • Les réformes (investissement, politique fiscale, politiques structurelles) permettent de la remonter à 1,4%, avec en conséquence un relèvement du niveau du PIB 2022 de 0,8 point.
  • La formation des jeunes et des chômeurs (2 fois 1 million) accroît en plus le niveau du PIB 2022 d’1 point (hypothèse prudente). Au total le potentiel de production s’accroît donc de 1,8 points.
  • La croissance en volume démarre à 1,4%. En 2018 elle est à 1,8% du fait de l'effet demande du début du plan d'investissement et de la bascule CICE puis progressivement les effets positifs d’offre prennent le dessus sur les effets de demande. La croissance atteint 1,8% en 2022.
  • L'output gap (2 points environ en 2017) ne se ferme pas complètement en 2022. L’inflation reste donc inférieure à 2%.

Responsabilité budgétaire et préparation de l’avenir

Le cadrage de finances publiques d’Emmanuel Macron

L’économie française est pénalisée par le poids trop important des dépenses publiques. Celles-ci représentent 55% du PIB quand la moyenne de la zone euro se situe à 48,5%.

Cela se traduit par un niveau élevé de taxes, impôts et cotisations sur les entreprises comme sur les ménages que n’atteint aucun autre pays européen : 44,5% du PIB.

Le niveau élevé de la dépense publique s’explique en partie par nos choix collectifs (notamment, un système de retraites presque totalement par répartition) mais aussi par un manque d’efficacité de la dépense.

C’est parce que nous voulons sortir de cette spirale qui progressivement fait reculer la France que nous souhaitons réduire la dépense publique de 3 points de PIB d’ici 2022. Ceci implique un effort en dépenses de 60 milliards d’euros.

I. Une trajectoire responsable

Pourquoi réduire le déficit ou les dépenses publiques ? Ce n’est ni un projet politique, ni une fin en soi. Notre approche est guidée par 4 objectifs :

  • une dépense publique plus efficace : Dans un modèle de solidarité forte, de services publics développés, auquel nous tenons, l’exigence indispensable c’est l’efficacité de la dépense. Nous réduirons donc la part des dépenses dans la richesse nationale à 52% en 2022 : l’écart entre le niveau de dépenses en France et le niveau moyen de la zone euro (48,5%) sera ainsi réduit de moitié.
  • la stimulation de l’activité économique et le renforcement de la compétitivité des entreprises par une baisse ciblée des prélèvements obligatoires de 1 point environ (de 44,5 % du PIB en 2017 à 43,6 % fin 2022), engagée dès le début de mandat et répartie par moitié entre ménages et entreprises.
  • la préparation de l’avenir : ne pas réduire nos dépenses courantes et notre dette serait irresponsable pour les générations à venir ; ne pas investir pour leur futur le serait tout autant. Dans un contexte de taux bas, de sortie de crise et pour sortir de la logique purement comptable du coup de rabot, nous devons investir.
  • le rétablissement de la confiance avec nos partenaires européens: en tenant nos engagements (déficit ne dépassant pas 3 % dès 2017 et atteinte, en 2022, de l’objectif à moyen terme de solde structurel soit - 0,5 point de PIB). C’est la condition d’une discussion constructive sur nos priorités pour l’Europe.

Ces hypothèses sont prudentes, contrairement à celles de la quasi-totalité des autres candidats. Nous n’affichons que ce que nous estimons pouvoir atteindre.

II. Une baisse des dépenses crédibles

Pour réaliser cette trajectoire, un plan d’économies de 60 Md€ sera mis en œuvre au cours du quinquennat. L’effort d’économies sera réparti entre les différents acteurs publics : administrations sociales, État et ses agences, collectivités locales.

Partout il s’agira de moderniser le système pour le rendre plus performant, et non de couper de manière aveugle dans la dépense.

Trois outils seront mobilisés à cette fin :

  • l’investissement – tous les gestionnaires savent que c’est comme cela qu’on fait les meilleures économies ;
  • l’autonomie – davantage de latitude pour les différents types d’administrations et les différents services ;
  • la responsabilité – les dirigeants et les responsables politiques seront comptables de leur capacité à maîtriser la dépense.

A. Administrations sociales : une modernisation intelligente

En ce qui concerne l’assurance-maladie, nous maintiendrons l’ONDAM à 2,3% sur 2018-2022 (après 2,1 % prévus pour 2017 et surtout après 1,75 % en 2016). L’investissement en santé (5Mds) permettra de financer une accélération du développement des techniques numériques et des réorganisations génératrices d’économies pérennes. La tarification hospitalière réduira le rôle de la tarification à l’acte au profit de tarifications qui encouragent le développement de parcours de soins.

En ce qui concerne l’assurance chômage, nous économiserons 10 milliards d’euros. Le redressement cyclique et l’impact des mesures de transformation économique permettront de baisser le chômage de près d’1/3 en fin de période (7 %) sans retour des menaces inflationnistes. Le renforcement du contrôle de l’effectivité de la recherche d’emploi et quelques autres ajustements permettront de couvrir le coût de la mesure d’accès généralisé à l’assurance chômage (en cas de démission notamment).

Aucune mesure d’économie n’est proposée sur la politique familiale, qui a été fortement mise à contribution depuis 2013.

Aucune mesure d’économie n’est programmée sur les retraites. Les enjeux principaux touchent aujourd’hui à la confiance des Français en leur régime de retraite et à l’équité. Notre approche de la réforme des retraites ne sera pas fondée sur la recherche d’un rendement budgétaire. Les réformes purement paramétriques, se succédant à chaque mandat, ont ruiné la confiance des Français dans le régime de retraites : c’est cela qu’il faut restaurer.

B. Collectivités locales : le choix de la confiance grâce à un pacte quinquennal

Nous devons changer de logique dans la maîtrise de la dépense locale et faire le pari de la confiance plutôt que de miser, comme par le passé, sur une approche unilatérale et la baisse des dotations. Un pacte quinquennal sera conclu dès l’automne 2017 entre l’Etat et les associations représentant les collectivités.

L’Etat fera sa part.

En investissant dans les territoires : sur les 50 milliards du plan d’investissement, 10 milliards iront aux collectivités (pour la modernisation des services publics locaux, la transformation écologique des territoires, etc.). En donnant plus de leviers aux collectivités. Par exemple, à l’avenir, nous délierons les collectivités territoriales de l’obligation de suivre l’évolution des rémunérations décidée par l’Etat.

En contrepartie, les collectivités devront faire leur part : elles seront amenées à contenir l’augmentation de leurs dépenses, pour une économie annuelle de 2 milliards par an ; cette trajectoire sera fixée dès le début de la législature. Elles en ont les moyens :

  • Gestion de leurs effectifs : les gains d’efficacité et d’autonomie permettront une économie proche de 2 milliards, pour une baisse des effectifs de 70 à 75 000 sur 5 ans. La durée légale du travail devra être respectée.
  • L’adoption des meilleures pratiques sera encouragée

Les collectivités consacrent 11 milliards par an à la gestion des déchets ; l’alignement sur les meilleures pratiques (modernisation des centres de tri, regroupement des collectes...) permettra une économie supérieure à 1 milliard ; les achats publics, qui représentent plus de 40 milliards par an pour les collectivités : une mission d’évaluation a estimé les gains entre 1,4 et 2,7 milliards (augmentation de l'achat groupé, adhésion à des centrales d’achat, coordination intercommunale et régionale de l'achat...).

Tous les 6 mois, sera réunie autour du Premier ministre une conférence nationale des territoires, rassemblant les associations d’élus pour faire le point sur les objectifs et les résultats en matière d’économies, de réduction des coûts imposés (normes...), de mesures d’accompagnement.

C. Etat : changer les incitations, transformer le management

  • La fonction publique doit être profondément modernisée :

Deux grandes évolutions doivent être l’occasion d’un réexamen en profondeur des missions et de l’organisation de l’État.

  • le passage au numérique : dans toutes les institutions, il est l’occasion de gains de productivité considérables et plus largement d’une restructuration des organisations. Ce doit aussi être le cas de l’État. Les experts chiffrent les économies potentielles à 5 à 10 milliards.
  • la nouvelle répartition des compétences : l’Etat doit tenir compte des compétences économiques confiées aux régions et supprimer progressivement les effectifs qui gèrent ces missions localement. En matière de développement économique et d’emploi, 1 000 emplois pourraient ainsi être supprimés en 5 ans.
  • Il faut revenir sur des pratiques injustifiées :
  • Nous devons laisser des leviers aux ministres, aux managers publics pour récompenser la performance : rien de plus démotivant pour un fonctionnaire que de constater que, quel que soit son investissement personnel, il gagnera la même somme. Nous récompenserons davantage les équipes et les personnes, par des rémunérations plus individualisées, plutôt que par une gestion uniforme du point d’indice.
  • Il faudra revenir sur la suppression du jour de carence, qui avait fait chuter l’absentéisme en 2012 et 2013, avant qu’il ne reparte à la hausse (économie annuelle de 170 millions € par an pour les 3 fonctions publiques) ;
  • Nous pouvons réduire les effectifs, de manière différenciée : la suppression de 50 000 postes en 5 ans est un objectif réaliste, en tentant des priorités en matière de sécurité et d’éducation ; cela représente une économie d’environ 1,5 milliard. Avec les efforts dans les collectivités locales, cela aboutira à une baisse des effectifs publics d’environ 120 000 à la fin du quinquennat, pour une économie totale de plus de 3 milliards.
  • La méthode budgétaire doit être fondamentalement revue, pour sortir du jeu de la défiance et des économies de court terme :
  • responsabilité : chaque ministre se verra assigner une cible de réduction de ses dépenses, rappelée chaque année mais fixée dans la durée ; il sera tenu de la respecter mais libre de choisir les moyens de l’atteindre (et devra donc arbitrer entre baisse d’effectifs, réduction des dépenses de fonctionnement, réforme des dépenses d’intervention…) D’ici la fin 2017, les ministres nommeront ou renommeront l’ensemble des cadres dirigeants publics (directeurs d’administration centrale, directeurs d’agences ou d’opérateurs) qui auront à mettre en œuvre le programme de réformes, au terme d’une procédure transparente, après revue de compétences et entretien : une centaine sera concernée.

  • visibilité : le cadre pluriannuel clair sera revu et réhabilité (« 5 et 2 ») : une loi de programmation des finances publiques pour 5 ans fixant les objectifs et trajectoires pour chaque secteur (Etat et agences, sécurité sociale, collectivités locales) ; pour les ministères, un budget ferme pour 2 ans (avec une réserve de crédits non affectés en cas d’imprévu majeur).

  • incitations : les ministères se verront reverser une partie des gains (financement d’un nouveau dispositif, d’un programme de numérisation, de primes exceptionnelles pour les agents…) à mesure que les réformes engendrent effectivement des économies ;

  • contrôle parlementaire : chaque trimestre, le ministre des Finances rendra compte au Parlement de la situation budgétaires (recettes, dépenses / économies) ; toutes les revues de dépense associeront des parlementaires ; des équipes de parlementaires, thème par thème, seront associées à l’identification et à la mise en œuvre des économies.

  • transparence : les résultats des revues et les actions mises en place par les ministères seront mis en ligne.

La difficulté actuelle à réaliser des économies provient souvent d’une incapacité à investir au départ pour assurer la transformation qui réduit ensuite les dépenses courantes. C’est notamment le cas en matière d’énergie : ainsi, par exemple la rénovation de 50 millions de m² de bâtiments publics (environ 25 % du parc total) en 5 ans, pour un coût de 5 milliards au total, permettrait de réduire les factures d’énergie de 500 millions par an en fin de période. Une enveloppe de 5 milliards sur le plan d’investissement est réservée par ailleurs pour le financement de la transformation de l’État. Elle permettra de financer des actions de réorganisation et d’investissement matériel.

III. Une politique fiscale équilibrée

Nos baisses de prélèvement (1 point de PIB au total) seront réparties équitablement entre ménages et entreprises, si on fait abstraction des mesures fiscales mixtes ménages-entreprises (fiscalité écologique).


Comparaison avec les autres candidats

Emmanuel Macron présente le seul programme avec une trajectoire honnête.

Avec une croissance annuelle moyenne de 1,7% (qui passe de 1,4% en 2017 à 1,8%) en 2022, Emmanuel Macron souhaite présenter un programme crédible aux Français : ses prévisions sont conformes à celles des organismes internationaux. Il préfère avoir des bonnes surprises, qui permettront de réduire davantage les prélèvements et les déficits, que des mauvaises, qui obligeront à renier des engagements de campagne.

  • Ce n’est pas le cas de François Fillon : c’est le candidat des prévisions erratiques. Il a soudainement révisé sa trajectoire de croissance. Jusqu’à hier, il prévoyait 2,3% en 2022. Il prévoit désormais 1,8% - soit 0,5 points de PIB en moins ! C’est très déstabilisant qu’en période de campagne de telles révisions aient lieu : les acteurs économiques ont besoin avant tout d’avoir une perspective claire pour ancrer leurs anticipations. Cela signifie aussi que le diagnostic de François Fillon sur l’économie française est particulièrement fragile et que les politiques recommandées ne sont pas donc pas correctement pensées.

  • Ce n’est pas le cas de Marine Le Pen : c’est la candidate de la sortie de l’euro. Le programme de la candidate du Front National affiche des chiffres totalement irréalistes, en matière de déficit et de croissance. Surtout, l’ensemble du projet est hypothéqué par l’hypothèse d’une sortie de l’euro. Elle provoquerait une crise au moins de l’ampleur de celle de 2008-2009, probablement plus forte : panique bancaire (anticipation de dévaluation monétaire chez les épargnants), panique financière (redénomination des actifs), dislocation de l’UE. Tout chiffrage est vain ! On voit déjà l’effet : les sondages qui favorisent Le Pen se traduisent dès aujourd’hui par une hausse du coût de financement de la dette publique. Marine Le Pen est la seule candidate qui coûte aux Français avant même l’élection.

  • Ce n’est pas le cas de Jean-Luc Mélenchon : c’est le candidat de l’inflation. Le projet de M. Mélenchon est basé sur des hypothèses d’inflation fantaisistes qui permettent de donner l’illusion d’une réduction rapide de la dette publique, grâce en réalité à une taxe lourde et cachée sur les ménages (inflation de 3,2% en moyenne par an, qui dépasserait 4% à la fin du quinquennat). La croissance nominale (croissance réelle plus inflation) est supérieure à celle de la Chine ! Mais cette trajectoire n’est pas soutenable. La forte hausse de l’inflation sur le quinquennat devrait dégrader la compétitivité de plus de 8% et détériorer profondément notre balance commerciale. Le multiplicateur utilisé pour calculer l’effet de l’investissement sur la croissance est excessif et l’effet de la « relance » serait bien inférieur.

  • Ce n’est pas le cas de Benoît Hamon, dont nous attendons la trajectoire.

Emmanuel Macron présente le seul programme qui prépare l’avenir de la France et des Français.

Pour ne pas hériter d’une dette insoutenable, Emmanuel Macron s’engage à une trajectoire responsable : il est le seul candidat qui s’engage à respecter les 3% de déficit public sur tout son quinquennat en réduisant les dépenses courantes (60 milliards).

Pour préparer l’avenir de notre économie, Emmanuel Macron s’engage en parallèle à lancer un plan d’investissement public de 50 milliards d’euros dans les grands domaines où notre pays a des lacunes : les compétences, notamment des jeunes et des chômeurs (15 milliards), sans laquelle on ne peut plus trouver d’emploi durable ; la transition écologique et énergétique (15 milliards d’euros), pour laquelle nous ne pouvons plus attendre ; la transformation de notre agriculture et de notre système de santé, la modernisation de nos transports et de nos équipements collectifs, la transformation de l’Etat (notamment la digitalisation).

  • Ce n’est pas le cas de François Fillon. François Fillon opère des économies brutales, coupant aveuglement dans les dépenses. 500 000 emplois dans le public, c’est autant de jeunes qui ne pourront devenir ni professeurs, ni infirmiers ou infirmières. C’est abîmer définitivement nos services publics. A qui cela sert-il ? Dans sa trajectoire initiale, les choses étaient au moins claires. Non pas à réduire le déficit : il était très élevé en début de mandat (il ne passe sous la barre des 3% qu’en 2020, au prix d’hypothèses de croissance hasardeuses). Non pas à investir : François Fillon opérait une redistribution massive à destination des entreprises (40 milliards d’euros) et des ménages aisés (10 milliards d’euros), au détriment de tous les Français (hausse de la TVA de deux points). Dans la nouvelle trajectoire (et dans celle qui suivra), qui sait ce qu’il en sera ?

  • Ce n’est pas le cas de Marine Le Pen. Marine Le Pen ne propose aucune réforme ni investissement susceptible de mettre notre économie dans le bon sentier de long terme. La sortie de l’euro serait inéluctable pour payer le prix de cette fuite en avant. Ce serait finalement la dévaluation du franc, et donc la baisse des prix et des salaires français, qui solderait cette course.

  • Ce n’est pas le cas de Jean-Luc Mélenchon. Le détail des mesures de hausse des dépenses et d’investissement sont bien étayées, mais les recettes le sont beaucoup moins hormis l’annulation du CICE pour 21 milliards d’euros et la lutte contre la fraude fiscale pour 30 milliards d’euros. La véritable lutte contre la fraude fiscale efficace est la lutte contre la compétition fiscale et les paradis fiscaux européens. Mais pour cela, il faudrait négocier un accord européen à 27 qui est absolument nécessaire, et donc une crédibilité sur les autres sujets. A défaut, c’est donc en faisant gonfler la dette et en taxant les ménages (hausse de l’inflation) que Jean-Luc Mélenchon financera son programme.

  • Ce n’est pas le cas de Benoît Hamon. Le revenu universel, s’il était ouvert seulement aux jeunes coûterait déjà 49 milliards d’euros. Ouvert à toute la population, il irait jusqu’à 300 à 400 milliards d’euros. Emmanuel Macron ne croit pas au revenu minimum universel car il est en réalité insuffisant pour ceux qui sont dans le réel besoin et qui ont besoin de soutiens et de protections bien plus grands que ce qu’offrirait ce revenu modeste. Et à l’inverse, il est injustifié pour ceux qui ont les capacités de rebondir ou de se lancer dans la vie active sans assistance publique. En promettant de distribuer à tous aujourd’hui plutôt qu’à ceux qui en ont le plus besoin, en faisant gonfler la dette, le programme de Benoît Hamon ne prépare pas l’avenir de la France.