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Tribune - Eric Rochant : Pourquoi je vote Macron

2 avril 2017 - Eric Rochant, réalisateur, vote Emmanuel Macron.

C’est étonnant d’entendre dire que les français sont mécontents de l’offre politique actuelle. Le spectre politique n’a jamais été mieux représenté. De l’extrême droite (en plusieurs versions : débile, dangereuse, sournoise), à la droite (libérale) en passant par le centre (ni gauche ni droite pour une fois), la vraie gauche (tendance frondeurs) à l’extrême gauche (en plusieurs versions : puissante, dangereuse, débile), que manque-t-il ?

Les écologistes ? Ils sont un peu partout et plutôt bien représentés. Cette année est l’année des clarifications.

Le Parti Socialiste paie son obstination à dénier ses contradictions. Une obstination incarnée par François Hollande. Il faut se rappeler la déloyauté extraordinaire d’un Laurent Fabius au moment du référendum sur le traité européen. Le PS aurait du éclater. Il faut se rappeler le déchirement entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Il faut se rappeler l’opposition frontale du PS à François Hollande.

Je persiste à penser que son échec est dû à son manque de majorité. La gauche – par radicalité - a refusé de le suivre. Il n’a pas su s’imposer à elle. Il n’a su que composer, tergiverser. Résultat : cinq ans pour rien. Dommage. J ’y ai cru quand il a nommé Valls premier ministre. Au moins, il clarifiait son positionnement politique. Mais ça n’a rien donné. Pas de majorité pour voter les réformes. Alors les réformes ont été imposées ou votés sous une forme édulcorée, émoussée, inefficace. Après les deux ans d’impôts ridicules, la colère est montée. Impuissance et faiblesse ont toujours provoqué la violence.

Cette année, on clarifie : la gauche est éclatée parce qu’elle est encore dans l’ancien monde. Un monde qui ne se divise plus entre étatisation et privatisation, entre intervention de l’Etat et puissance du privé, entre droite libérale et gauche sociale, entre puissances de l’argent et puissance du travail. La France n’a jamais été libérale ! La France a toujours été gouvernée au centre gauche dans un soucis permanent de la défense des acquis sociaux. Le modèle social français n’a jamais été remis en cause, ni par la droite ni par la gauche.

Qu’a-t-il donné ce modèle social ? Chômage de masse, pauvreté, repli industriel. La seule réforme de gauche depuis 1997, ce sont les 35 heures. C’est une blague ? Où sont les résultats ? Et on propose 32 ?

Le déni de l’échec, voilà ce dont crève la gauche.

Quant à la droite, elle n’a cessé de donner des coups de mentons mais n’a jamais réussi à réformer non plus. Chirac et sa fracture sociale (slogan de gauche), Sarkozy et son « travailler plus pour gagner plus » qui n’a finalement rien fait pour changer la structure, ils n’ont jamais été libéraux.

Alors Fillon a été cette promesse. Enfin le grand soir libéral ! Plébiscité par les électeurs de droites. Outre qu’à ce ce grand soir j’ai bien peur que les français préfèrent le grand soir national (pas moi, je le dis, au second tour je voterais Fillon s’il était présent contre Le Pen, comme je voterais Hamon ou Mélenchon d'ailleurs), Fillon, l’homme, va peut-être simplement tuer la droite. C’est l’homme qui la fait perdre. Pas le programme. Au point que l’homme veut à tout prix s’effacer derrière le programme. Mais non, François Fillon, on élit un homme ! C’est ça la présidentielle.

Alors l’extrême droite va-t-elle prendre le pouvoir, pour la première fois depuis 1939 ??!!! Les nervis du GUD vont-ils réellement entrer au ministère de l’Intérieur ? à la DGSE ? La DGSI ? Les gens en ont-ils tellement marre qu’ils vont réellement leur permettre de saisir tous les leviers ? Ceux de nous écouter, de nous surveiller, de nous contrôler ? De décider si on est français ou non ? De décider des films, des musiques, des spectacles, des livres avec lesquels on veut vivre ? De décider qui doit aimer qui, comment aimer ? Vraiment ? Va-t-on vraiment les laisser nous faire quitter l’Europe et obliger tout l’Europe à revenir à un système de nations qui contractent les unes avec les autres ? Va-t-on réellement les laisser nous faire revenir dans un monde qui a été celui de la guerre ? C’est possible. C’est triste à mourir, mais c’est possible. Ceux qui n’y croient pas se cachent la tête dans la terre pour éviter un choix douloureux.

Ça n’est pas pour ça que je vote Macron.

Je vote Macron parce que dans la nouvelle division politique qui se correspond au monde numérisé, globalisé qui est le nôtre aujourd’hui, je suis de son bord. Les anciennes structures politiques pensent un monde qui a trop changé pour leur correspondre. Leurs outils ne sont plus les bons. Ils peuvent le redevenir, quand le monde actuel aura été stabilisé, s’il doit l’être un jour, et quand le débat ne sera plus d’accompagner ou refuser les transformations. Aujourd’hui le débat est celui-là : ouverture contre fermeture, pari de la paix contre risque de la guerre, travailler le monde tel qu’il est ou revenir à celui qui n’est plus. A droite on reproche à Macron d’être la continuation de Hollande. C’est stupide. Hollande a échoué de n’avoir pas suivi Macron. Macron s’est présenté de n’avoir pas été écouté par Hollande. A gauche, on accuse Macron d’être de droite.

Il est pour l’Europe (malgré tout), je le suis aussi, il est pour libérer le travail, je le suis aussi car, le modèle social français n’est plus qu’une machine à produire du chômage et de la précarité. Mais surtout, il n’accuse pas ceux qui ont et ne les oppose pas à ceux qui n’ont pas, il n’a pas cette idée stupide de vouloir prendre aux riches, de les faire payer, de leur faire rendre leur argent. Ça n’a jamais marché dans l’histoire, jamais, nulle part. Et c’est pourtant ce qu’on nous ressort aujourd’hui à gauche. Non, en revanche, être pour les règles, les lois qui empêchent la triche, qui impose l’honnêteté (économique), de jouer le jeu social, ça c’est le libéralisme de gauche.

Ça signifie : libérer le travail (et tout le reste d’ailleurs, au nouveau sociétal, c’est là aussi que pourraient se reconnaître les gens de gauche) tout en se souciant des effets néfastes. Mais la somme des effets positifs sera supérieure à celle des effets négatifs, pris en charge par l’Etat. Le libéralisme de gauche, c’est le libéralisme avec le soucis des effets négatifs. Le libéralisme de droite, c’est le libéralisme qui mise sur la réduction naturelle des effets négatifs (ce qui n’arrive jamais). J’ai toujours voté à gauche. Mitterrand, Jospin, Royal, Hollande. Aujourd’hui la gauche s’éloigne de moi, s’éloigne du monde dans lequel je vis, du monde dans lequel vont vivre mes enfants. Et puisqu’il faudra choisir, et non s’en laver les mains, puisqu’il faudra prendre ses responsabilités, je voterai pour la révolution libérale de Macron contre la révolution nationale de Le Pen, contre les pétainistes, les munichois, les poutinistes, ceux qui feront de notre société un monde sombre, triste, laid, honteux, ceux qui vont dégrader la France et en faire un anti-modèle.

Oui je préfère Macron à l’extrême droite, et ceux qui pensent que c’est le même mal, ceux-là se mentent à eux-mêmes et nous précipiteront dans l’abîme. Je le dis à mes amis de gauche qui ne veulent pas de ce monde où les plus pauvres vont encore payer pour les plus riches. Ça n’est plus cette analyse qui doit guider nos actes politiques car elle n’a jamais rien produit depuis quarante ans. Elle a toujours échoué et il faut en faire le constat. La justice sociale passe par d’autres chemins que ni Hamon ni Mélenchon ne savent emprunter. Ils la veulent, ils la souhaitent. Mais ils ne savent plus comment y arriver. Ils appartiennent à un monde qui est derrière nous. Que la gauche et la droite accusent Macron de défauts qui se contredisent révèle leur erreur ou leur calcul. Ils s’annulent, se neutralisent et montrent leur impuissance à penser le nouveau monde.

Je ne connais pas Macron et j’espère que l’homme saura être à la hauteur de ce qu’il défend. Tout choix comporte un risque. Révolution libérale (de droite ou de gauche) contre révolution nationale (d’extrême droite), c’est la vérité de notre situation politique en France.

Et dans cette opposition de révolutions, j’ai fait mon choix.