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La glyphosophie ou la philosophie au secours de l’environnement ?

3 novembre 2017 - Tribune de Philippe Grange.

La glyphosophie ? Faire irruption dans le débat sur le glyphosate sous une perspective philosophique, en n’étant ni philosophe, ni onco-toxicologue, ni éco-toxicologue, ni juriste est prétentieux. Nous acceptons d’avance cette critique. Nous n’abordons pas dans cette tribune le rôle des lobbys.

Ne pas avoir déjà interdit, ou bien encore prolonger l’usage du glyphosate pose un sérieux problème moral, quand on sait que l’OMS a classé celui-ci dans les produits cancérigènes chez la souris, et cancérigène probable pour l’homme.

En même temps, interdire le glyphosate, reviendrait en toute connaissance de cause à plonger des milliers d’agriculteurs dans une situation de désespérance telle que l’irréparable pourrait être commis par nombre d’entre eux.

Qui mieux que le philosophe peut nous éclairer sur la moralité d’un acte ou d’une décision ?

Retournons-nous vers le philosophe américain Michael Sandel dans une démonstration à ses étudiants en droit de Harvard, sur ‘le coté moral du meurtre’.

Sandel, exemples à l’appui, explique que dans certaines circonstances la majorité d’entre nous choisirait de sacrifier une seule personne si cela pouvait en sauver cinq autres.

Prévaut ici le raisonnement moral conséquentialiste du philosophe anglais Jeremy Bentham. Celui-ci place la moralité d’un acte dans les conséquences qui résultent d’une action. C’est selon ce principe de raisonnement moral conséquentialiste, qu’en prolongeant pour une certaine période le glyphosate on pourrait éviter de pousser avec certitude des milliers de nos agriculteurs à la faillite et des centaines au suicide.

Voilà la position de notre ministre de l’agriculture et de la FNSEA.

Dans ce scénario, quelques malchanceux pourraient toutefois mourir de cancer.

Sandel, exemples à l’appui, explique aussi comment dans d’autres circonstances la majorité d’entre nous laisserait mourir cinq personnes alors que le sacrifice d’une seule aurait pu les sauver toutes.

C’est ici le raisonnement moral catégorique d’Emmanuel Kant, qui prévaut. Celui-ci place la moralité d’un acte ou d’une décision dans le caractère intrinsèque de certains droits et devoirs.

C’est pourquoi, nous avons le devoir d’interdire sans attendre le glyphosate. Nous n’avons tout simplement pas le droit d’exposer ou de continuer à exposer sciemment des humains (en première ligne nos agriculteurs) à ce produit.

Ces deux approches du raisonnement moral n’entrent qu’apparemment en contradiction.

Les circonstances l’exigent : il faut suivre Kant et catégoriquement interdire le glyphosate dès maintenant, avec une période de transition aussi courte que le permettra la préparation d’un plan de protection d’urgence du monde agricole contre le choc qui en résultera inévitablement, ce en quoi nous suivrons Bentham.

Le lien qui rend convergents ces deux eclairages divergents est le mot d'urgence.

Urgence à protéger les citoyens européens, ce dont notre Europe escargot a bien du mal à s’accommoder ; la même Europe qui mènera d’ici 30 ans le procès des actuels futurs responsables-non-coupables Et en même temps urgence à protéger nos agriculteurs, en créant un véritable bouclier agricole.

Cette urgence décrédibilise tous ceux qui parlent d’une nouvelle période de 7 à 10 ans. C’est bien au-dessous des 3 ans que se situe la raison, issue du raisonnement moral.

La création dans l’urgence d’un fond de garantie agricole n’est pas une utopie.

Rappelons-nous! Quand les fous furieux de la dérégulation financière Anglo-saxonne dont la cupidité a plongé, en toute impunité, le monde dans le chaos de la crise des subprimes, nous n’avons pas reçu de préavis. Nous avons pourtant déployé, certes avec retard, les moyens de sauvetage imparfaits mais nécessaires.

Pour le glyphosate, nous avons ce temps court de préavis pour préparer un fond financé par l’Europe, l’industrie agrochimique et une taxe exceptionnelle sur les transactions financières… À moins que la finance et l’agro-chimie ne s’opposassent au bien-être physique des citoyens européens, dont ils ont déjà perdu la confiance, mais alors quelle surprise ! N’est-ce pas ?

Si nous voulons d’une Europe respectée par les états continents, et par les géants de la mondialisation (y compris ces groupes obèses toxiques pour la planète), commençons par leur faire aimer ses citoyens, tous ses citoyens et dès maintenant.