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Tribune - Philippe Aghion et David Amiel : Le pouvoir d’achat des actifs des classes moyennes

4 avril 2017 - Programmes présidentiels : quel impact pour le pouvoir d’achat des actifs des classes moyennes et populaires ?

Programmes présidentiels : quel impact pour le pouvoir d’achat des actifs des classes moyennes et populaires ?

Alors que les thématiques du travail et du pouvoir d’achat font partie des principales préoccupations des Français. A un mois du premier tour de l’élection présidentielle, nous nous sommes penchés sur les programmes des différents candidats.

Nous avons en particulier cherché à savoir quel impact ils auraient pour le pouvoir d’achat des salariés aujourd’hui au SMIC et pour une famille gagnant 5000 euros bruts par mois. Cet article complète celui qui décrivait l’effet du programme d’Emmanuel Macron sur la réduction du chômage.

Nous écartons Jean-Luc Mélenchon car le bouclage macroéconomique de son programme nous paraît soumis à trop d’aléas. Nous ne mentionnons Marine Le Pen, pour les mêmes raisons, qu’à titre illustratif : la sortie de l’euro constituerait une perte aussi imprévisible qu’écrasante.

Les résultats sont éloquents.

Premier cas type : un salarié au SMIC

1/ Le programme d’Emmanuel Macron est le plus favorable aux salariés au SMIC

Le salarié au SMIC est particulièrement touché par les mesures suivantes :

  • La suppression des cotisations salariales (chômage et maladie), soit 3,1 points, compensée par une hausse de la CSG de 1,7 point : le gain serait de 21 euros par mois.
  • La revalorisation de la prime d’activité de 50 % : gain de 77 euros par mois. (1)
  • L’exonération de taxe d’habitation : gain d’au moins 29 euros par mois. (2)

Le salarié au SMIC verra son pouvoir d’achat augmenter de 127 à 174 euros par mois. (3)

Ces résultats sont cohérents avec les priorités du programme :

  • Les marges de manœuvre budgétaires consacrées à des baisses de prélèvement sur les ménages, sont mises au service des classes moyennes et populaires : exonération de la taxe d’habitation et rétablissement des exonérations sur les heures supplémentaires.
  • La réforme de la fiscalité du capital (ISF et prélèvement forfaitaire sur les revenus du capital) se fait sans allègement sensible de la fiscalité globale du capital.
  • Le transfert de l’assiette de la protection sociale vers la CSG favorise les actifs.
  • La prime d’activité est concentrée sur les salariés modestes.

Ces mesures sont financées :

  • La prime d’activité (2 Md€) est intégrée à la trajectoire de dépenses.
  • L’exonération de taxe d’habitation pour 80% des Français (10 Md€) et le rétablissement des exonérations sur les heures supplémentaires (3 Md€) contribuent à la baisse d’un point de PIB des prélèvements obligatoires et sont à ce titre financés par les économies sur les dépenses (sur les 60 milliards d’euros économisées, un tiers étant affecté à la réduction des prélèvements obligatoires et deux tiers à la réduction du déficit).

2/ Le programme de François Fillon avantage les ménages les plus favorisés

Chez François Fillon, le salarié au SMIC est particulièrement touché par les mesures suivantes :

  • Une baisse forfaitaire des cotisations salariales de 350 euros par an : le gain serait de 29 euros par mois.
  • Une hausse de 2 points du taux normal de TVA : la perte serait de 9 euros par mois, en tenant compte de la structure de consommation d’un salarié à ce niveau de revenus

Le salarié au SMIC gagnerait alors en moyenne 20 euros de plus par mois.

Ces résultats sont cohérents avec les priorités de son programme.

  • Les marges de manœuvre budgétaires, en ce qui concerne les prélèvements obligatoires, sont mises exclusivement au service des entreprises.
  • Si les ménages les plus aisés bénéficient indubitablement de mesures avantageuses (rehaussement du quotient familial, baisse de la fiscalité des plus-values immobilières, suppression de l’ISF quel que soit le choix d’investissement…), les ménages dans leur ensemble voient leurs gains de pouvoir d’achat compensés par la hausse de deux points du taux normal de TVA.

3/ Le programme de Benoît Hamon se révèle moins ambitieux qu’il n’en a l’air

Chez Benoît Hamon, le salarié au SMIC est particulièrement touché par les mesures suivantes :

  • La création d’un « revenu universel » : le gain serait de 82 euros nets par mois, car la prime d’activité est supprimée .(4)
  • L’augmentation du SMIC  (5): le gain serait de 30 euros par mois.

Ces résultats sont cohérents avec les priorités de son programme. Le coût du revenu universel est absorbé notamment par l’ouverture aux 18-24 ans ainsi que par la revalorisation du RSA.

4/ Le programme de Marine Le Pen reste décevant pour les salariés modestes

Chez Marine Le Pen, le salarié au SMIC est particulièrement touché par les mesures suivantes :

  • La revalorisation de 25 % des APL et une baisse des tarifs réglementés de l’énergie de 5 % : le gain serait de 17,5 euros par mois.(6)
  • Une dépréciation du franc : les pertes de pouvoir d’achat sont difficiles à estimer, mais peuvent s’avérer très élevées. (7)
  • Une « prime pour l’activité versée aux revenus jusqu’à 1 500 euros par mois ». Nous ne pouvons pas la retenir car on ne sait pas comment elle s’articule à la prime d’activité. Surtout, financée par une taxe sur les importations, elle nous semble indissociable d’un scénario de sortie de l’UE : la perte de pouvoir d’achat serait alors double, due aux taxes supplémentaires et à la dépréciation.

En conclusion, un salarié au SMIC gagnerait +127 € de pouvoir d’achat par mois avec Emmanuel Macron, +112 € avec Benoît Hamon, +20 € avec François Fillon et +17 € avec Marine Le Pen. Ces chiffrages sont en outre réalisés hors gains liés à l’exonération de cotisations sur les heures supplémentaires (+ 47 € avec Emmanuel Macron), en excluant à nouveau les effets d’une sortie de l’UE dans le cas de Marine Le Pen.

Second cas type : un couple à 5000 euros bruts

Nous choisissons ensuite de remonter légèrement dans l’échelle des revenus, en prenant le cas d’une famille de la classe moyenne, avec deux enfants, dont les revenus du foyer s’élèvent à 5000 euros bruts (soit un revenu déclaré à l’impôt sur le revenu de 24178 € par an par conjoint)

L’écart est encore plus frappant : ce couple ne touche aujourd’hui aucune prestation autre que les allocations familiales (pas d’APL, pas de prime d’activité).

Avec le projet d’Emmanuel Macron, il gagnera 125 euros par mois au total, dont 70 euros du fait de la bascule des cotisations salariales vers la CSG (1,4 % * 5 000 €), 40 euros avec l’exonération de taxe d’habitation (pour une hypothèse de 480 € de taxe annuelle), et 15 € grâce à l’option pour l’individualisation de l’IR (le couple avec deux enfants paye 1 285 € d’IR par an actuellement, tandis que chaque célibataire avec 1 enfant payerait 552 € une fois pris en compte l’effet de l’ensemble de nos mesures)

Avec le programme de Benoît Hamon, il ne bénéficiera ni du « revenu universel » ni de la hausse du SMIC. En revanche, le simulateur mis en ligne par Benoît Hamon le 3 avril semble afficher 112 euros de gains (2 fois 56 euros), sans que la mesure correspondante ne soit clairement expliquée, notamment son articulation avec l’impôt sur le revenu. Nous la retenons cependant désormais dans le chiffrage.

Il ne bénéficiera pas du relèvement du quotient familial proposé par François Fillon et Marine Le Pen (+ 0 €).

Il verrait seulement son impôt sur le revenu baisser de 10 euros par mois avec la baisse de 10 % proposée par Marine Le Pen (il paye aujourd’hui 1 285 €) et pourra bénéficier de la baisse des tarifs réglementés de l’énergie (10 euros).

Il verra son pouvoir d’achat augmenter de 22 euros avec François Fillon : le forfait cotisations donnera 58 € de pouvoir d’achat supplémentaire par mois, mais en augmentant le revenu déclaré, il donnera lieu à un surcroît d’imposition à l’IR de 10 € par mois. Par ailleurs, la hausse de TVA pesant, à 0,7 % sur le salaire net, se traduira par une baisse de pouvoir d’achat de 26 € par mois.

En conclusion, un couple avec 5 000 € et deux enfants gagnerait +125 € de pouvoir d’achat par mois avec Emmanuel Macron, +112 € avec Benoît Hamon, +22 € avec François Fillon et une dizaine (entre 10 € et 20 €) avec Marine Le Pen, en excluant à nouveau les effets d’une sortie de l’UE.

Le programme d’Emmanuel Macron se révèle donc être, de loin, celui qui permet les gains de pouvoir d’achat les plus élevés pour les salariés modestes et les classes moyennes.


Philippe Aghion et David Amiel

Notes :

  1. La revalorisation de 10 € du montant forfaitaire et le doublement de la bonification individuelle conduisent à une prime d’activité de 174 euros par mois (PA = 524,68 + 10 de montant forfaitaire + 67,06 * 2 de bonus individuel + 1 150 de SMIC net * 62 % de pente - 1 150 de SMIC net - 58 de forfait logement = 174 €), soit un gain de 77 € par rapport à la situation actuelle (PA = 524,68 + 67,06 + 1 150 * 62 % - 1 150 - 58 = 97 €).
  2. Le calcul est réalisé pour une taxe d’habitation de 350 euros, assez faible (proche par exemple de ce quelle que l’on paye à Paris) par rapport à la moyenne nationale.
  3. L’exonération de cotisations sociales et de CSG sur les heures supplémentaires constituerait en effet un gain supplémentaire de 47 euros par mois pour un salarié réalisant en moyenne 4 heures supplémentaires par semaine.
  4. Le revenu universel si longtemps promis n’est ni universel, ni même un réel complément de revenu. Il consiste, certes, en une revalorisation du RSA (+10 %), mais les gains annoncés pour les travailleurs modestes (« 200 euros ») s’avèrent illusoires. Prenons un exemple, et suivons la méthode Hamon pour le même salarié au SMIC. Il est juste qu’au premier abord, ce sont bien 195 euros supplémentaires qui seraient perçus : soit 600 – 1 480 * 27,4 % = 194 € de revenu universel. Mais lisons les notes de bas de page dévoilées par l’équipe du candidat. Si l’on intègre les APL au calcul des ressources donnant droit au revenu universel on perd déjà 27,4 % * 58, soit 16 euros. Si l’on soustrait la prime d’activité aujourd’hui perçue et demain supprimée, on perd cette fois 97 euros. On se rend compte que le salarié célibataire au SMIC ne gagne en réalité que 82 euros supplémentaires grâce au revenu universel d’existence.
  5. Il n’est pas fait mention dans le programme officiel du candidat du montant, mais il a évoqué dans sa conférence de presse « 4 à 5% ». Il y a donc un effet mécanique : le SMIC brut augmenterait de 59 € et le SMIC net augmenterait donc de 46 €. Mais la hausse du SMIC brut entraîne aussi une réduction du revenu universel d’existence, de 27,4% x 59 = 16. Le gain net est donc de 46-16 = 30 euros. Par ailleurs, il est probable que cette revalorisation du SMIC entraîne des destructions d’emplois peu qualifiés.
  6. Dans le cas du célibataire précédant, la revalorisation de 25 % des APL induirait un gain de 14,5 € (soit 25 % * 58 €), et la baisse 5 % sur ses dépenses d’énergie qui représentent en moyenne 4,9 % du budget des ménages induirait un gain de 3 € (5 % * 4,9 % * 1 150 €).
  7. Selon les travaux du think tank Terra Nova, la facture pourrait se situer entre 1 500 et 1 800 euros par ménage et par an, soit entre 125 et 150 euros par mois.