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Versement social unique : faire mieux pour ceux qui ont moins

22 juin 2018 - Une tribune de Guy Lavocat et Sarah Robin, délégués nationaux à l’inclusion et l’égalité des chances, pour un versement social unique, pour que notre pays se montre à la hauteur de la dignité de chacun de ses citoyens.

Un modèle social unique au monde ?

Sur le papier, l’étendue des droits et prestations auxquels il est possible de prétendre dans notre pays est presque sans équivalent. Ainsi, sur le papier, une famille modeste peut bénéficier d’un logement social si elle ne peut accéder au parc privé. Sur le papier, l’un de ses membres peut solliciter une formation s’il doit changer de secteur après un licenciement. Sur le papier, cette famille peut aussi recevoir un revenu de solidarité si ses ressources sont insuffisantes.

Pourtant, la réalité est toute autre.

La réalité, ce sont des inégalités qui se cristallisent dès la naissance et des écarts qui s’accentuent au sein même de notre le système scolaire. La réalité, c’est qu’il y a 2,5 millions de chômeurs et 9 millions de pauvres en France. La réalité, c’est que près d’un jeune actif sur quatre est au chômage (et près d’un sur deux dans certaines zones urbaines ou rurales) avec souvent plusieurs mois d’attente avant qu’une formation ne lui soit proposée. La réalité, c’est qu’une personne sur trois ne demande pas le RSA alors qu’elle y a droit, souvent par méconnaissance voire par crainte du regard de l’autre.

Si le modèle social de la 5e puissance économique mondiale fonctionnait comme nous le croyons, nous n’en serions pas là.

Alors que fait-on ?

Depuis un an, nous faisons « plus pour ceux qui ont moins ». Les économistes appellent cela l’investissement social : développer les capacités des individus, parier sur leur potentiel humain et leur permettre de s’émanciper. Nous n’en verrons le résultat que dans plusieurs années mais c’est là que se joue le destin des générations à venir.

C’est pourquoi nous investissons massivement dans l’école, par exemple en dédoublant les classes de CP et de CE1 dans les zones prioritaires.

C’est pourquoi nous investissons dans la formation de 2 millions de chômeurs de longue durée et de jeunes décrocheurs sans emploi et sans formation, et que nous rendons la formation professionnelle plus lisible, plus simple et plus accessible.

C’est pourquoi nous revalorisons aussi la prime d’activité pour 3 millions de travailleurs pauvres conformément aux engagements du président de la République. Le travail est en effet la première source d’émancipation individuelle et un moyen puissant de se libérer du déterminisme social.

Il nous faut maintenant « faire mieux pour ceux qui ont moins ». Il est vrai qu’il existe un nombre important d’aides sociales pour celui ou celle qui vit la précarité. Non pas que les montants des aides distribuées soit trop élevés, mais il y a trop de dispositifs qui s’enchevêtrent, trop de guichets, trop de procédures, trop d’attente.

Osons simplifier l’accès à ces droits pour qu’il ne soit plus un parcours du combattant. Pour cela, il y a une méthode simple : rendre automatique le calcul et le versement des aides sociales. Les droits formels deviendront enfin une réalité pour tous ceux qui y ont droit – qu’ils le sachent ou non. Le coût de ce « versement social unique » se chiffrera à plusieurs milliards d’euros, et il faudra naturellement avancer pas à pas et s’assurer du financement de cette proposition. Outre le fait qu’une partie sera financée par la simplification et la plus grande efficacité des multiples dispositifs, posons-nous la bonne question : pouvons-nous admettre que notre système social économise autant d’argent et depuis tant d’années sur les plus citoyens les plus vulnérables de notre société ?

Aussi, nous souhaitons que le « Plan Pauvreté », qui sera détaillé dans les prochaines semaines, pose les premières briques de ce versement social unique. Notre pays doit se montrer à la hauteur de la dignité de chacun de ses citoyens.

Guy Lavocat et Sarah Robin, délégués nationaux à l’inclusion et l’égalité des chances